Le Parti Conservateur veut maintenant mettre son nez dans l’Histoire nationale canadienne. Outre le fait que le gouvernement fédéral n’a aucune compétence constitutionnelle dans ce domaine, c’est aussi la concrétisation par un comité d’une volonté rampante conservatrice de redéfinir le Canada par tous les moyens possibles. Exit la Charte, l’héritage libéral sur la scène internationale; il faut remplacer tout cela par du bleu.  Il ne suffit qu’à penser à l’utilisation dudit bleu plutôt que du rouge, traditionnellement associé au PLC, sur les sites internet gouvernementaux pour des raisons « d’efficacité » selon Joe Oliver, et non pas pour des raisons partisanes.

Ce n’est évidemment pas la première tentative du gouvernement Harper de réorienter le Canada vers ses propres fins. Il est pertinent de se rappeler du feu Musée des civilisations du Canada qui a été renommé dans la foulée des célébrations du 150e anniversaire de la Confédération (sic) canadienne. Il portera maintenant le nom de Musée canadien de l’histoire. James Moore, ministre du Patrimoine et des Langues officielles, en faisait l’annonce au mois d’octobre 2012. L’idée semble anodine de prime abord, mais il faut voir cet évènement comme s’inscrivant dans une lignée beaucoup plus large de manipulation et de construction d’un discours de vérité et de l’institutionnalisation de la subjugation des sciences à la volonté politique d’un gouvernement qui n’hésite pas à mêler idéologie et « objectivité scientifique » quand cela lui chante. Alors que Michel Foucault disait déjà dans Les mots et les choses que : « Les sciences humaines d’aujourd’hui sont plus que du domaine du savoir : déjà des pratiques, déjà des institutions. », l’utilisation de l’histoire afin de parfaire un discours politique n’a rien d’étonnant. Tous les moyens seraient-ils bons pour arriver à faire croire à la population que le Canada a toujours été un pays comme les Conservateurs sont en train de le définir, plutôt que l’usurpation libérale des 50 dernières années?

Après de nombreuses frasques impliquant la mise à l’abandon de toute information « scientifique » (que ce soit la destruction de la collection des données pour le recensement long, de la médisance et de l’écartement des groupes écologistes des évaluations environnementales nationales — comme concrétisé dans le projet C-38 du printemps 2012 — le rouleau compresseur accélère son mouvement), le gouvernement s’attaque maintenant à la portée de l’histoire. La volonté de s’ingérer dans l’Histoire nationale canadienne, tout comme le changement de nom du musée des civilisations, cachent un travail de sape qui passe presque inaperçu dans la population. Malgré le jugement de la Cour suprême du Canada de 1998, le débat n’est pas clos tant qu’à savoir qui a fondé le Canada. Est-ce l’union de deux peuples fondateurs (ou même trois), l’un francophone et l’autre anglophone? Ou est-ce l’union de quatre colonies? Étant donné que la Cour considère que ce fut l’union de la volonté de quatre colonies, cela a comme effet de priver le Québec d’un véto constitutionnel sur toutes les décisions qui sont prises dans la fédération. Sa voix se perd alors dans le brouhaha du reste du Canada.

Changer le nom du musée cimente cette décision dans le discours gouvernemental officiel. L’histoire du Canada ne devrait plus passer par l’étude de l’histoire d’un certain nombre de civilisations — francophones, anglophones et amérindiennes —, mais seulement de celle du Canada. Il est donc présenté comme un peuple uni, n’ayant pas de différences communautaires ou culturelles. Les particularités des peuples québécois et amérindiens se perdent alors dans un tout assimilable : guerrier, conservateur, monarchiste, etc. Le gouvernement fait ainsi tout son possible pour niveler les différences et les faire disparaître de notre mémoire collective. On assiste à la construction en temps réel d’un nouveau discours explicatif de ce qu’est la nation canadienne, qu’il veut maintenant enseigner aux générations futures. C’est socialiser les jeunes le plus tôt possible dans un monde simplifié, sous le couvert de l’objectivité de la science.

On se rappellera l’insistance qui a été mise à la promotion de la « glorieuse guerre » de 1812. C’était d’un ridicule grotesque. Ce moment fondateur devrait remplacer celui de la guerre de Sept ans et de la bataille des plaines d’Abraham à Québec? C’est une excellente tentative de vouloir noyer le poisson québécois dans le reste de la « fraternité canadienne ». Le retour d’une volonté monarchisante et d’un lien particulier avec une dictatrice de droit divin et de naissance refait son apparition dans les politiques gouvernementales et découle d’une même pensée anachronique.

Cet écran de fumée n’est rien d’autre que ce qu’il est : de la fumée. Il est intenable d’accepter, encore une fois, que le gouvernement Harper fasse tout en son pouvoir pour écraser le poids de la science, sinon pour la déformer et la mettre à son service. Il est impératif d’avoir des instruments objectifs qui nous permettent de mieux comprendre le monde qui nous entoure. Cela vaut autant pour la science climatique que pour l’interprétation de l’histoire. Ces instruments doivent rester à l’abri des manigances politiques et d’intérêts idéologiques.

C’est en réécoutant le merveilleux film The Dark Knight avec comme principal antagoniste le Joker, joué d’une façon impeccable par Heath Ledger, que je me suis rendu compte que ce personnage allait toucher un point précis de notre tolérance à géométrie variable de l’horreur.

ImagePour ceux qui n’ont pas encore vu le film, le Joker est ce personnage anarchiste maquillé, sans identité et sans motivation rationnelle qui décide de s’en prendre à la ville de Gotham pour lutter contre Batman – plutôt par plaisir que par obligation. Alors que la ville est déjà au prise avec une mafia et des gangs de rue assez violents et puissants, c’est avec des moyens assez simple qu’il réussit à semer le chaos – quelques armes à feu, des couteaux et de l’essence; rien de particulièrement difficile à obtenir aux États-Unis.

Alors que tout semble aller mal pour notre protagoniste masqué (Batman), le Joker réussit à rendre fou de rage le procureur général de la ville et à l’inciter à la violence et à l’anarchie (voici le lien pour la scène qui nous intéresse : https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=pfmkRi_tr9c#t=98s ). Rapidement, le Joker réussit à nous faire comprendre que l’humanité à une tendance à tolérer des atrocités, tant que celles-ci font parties « d’un plan ». Si un proxénète se fait abattre, ou si une explosion fait 53 morts en Irak, personne ne s’inquiète. Car, tout cela fait parti du plan plus général de notre existence. On peut bien s’en attrister, mais au jour le jour ce n’est pas cela qui va venir perturber notre existence. Tant que nous sommes encore capables d’établir une forme de contrôle de ce qui nous entoure, la vie peut continuer. Tant qu’il y a une possibilité de rationalisation des évènements, tant qu’il y a une forme linéarité, tout va bien. C’est au moment où quelque chose dévie de ce plan, du moment où un évènement sort de notre sphère de contrôle : c’est à ce moment précis que la panique s’établit et prend racine.

Boston

ImageL’attentat au marathon de Boston est un exemple très concret de cette conception. Un évènement arrivé subitement, sans prévenir. Trois morts, quelques blessés graves, pour un total d’environ 170 blessés. Cet attentat est injustifiable et est le symbole d’une atrocité qui ne doit pas être tolérée. Unanimement, la population s’est mise derrière Boston à la suite de cet évènement. Il en fut de même lors de la chasse à l’homme qui a débuté jeudi soir et qui s’est terminée vendredi. Les gens ont été captivés, la ville a été littéralement fermée, les gens ne pouvaient pas sortir de leur domicile et les autorités fouillaient les maisons une à une sans mandat de perquisition. Bref, cet évènement fut aussi violent qu’inattendu.

Sans tomber dans un relativisme absolu, il est possible de remettre cet épisode en perspective. Chaque jour aux États-Unis, il y a 85 morts causés par une arme à feu. Il y aurait environ 300 millions d’armes en circulation dans le pays. Pourtant, les gens ne sont pas inquiets outre-mesure. À l’occasion, une tuerie un peu plus grave que les autres attire l’attention (Colombine, CalTech, le ciména au Colorado, Newtown…), mais de façon générale les gens ne sont pas inquiets. L’absurde va même jusqu’à Madame Gifford (Représentante démocrate au Congrès) qui s’est fait sauvagement attaquée et tirée à la tête lors d’un rassemblement il y a 2 ans, mais qui se dit encore en faveur du maintien du Second amendement et qu’elle est encore une fière propriétaire d’armes à feu.

Ces 85 morts à tous les jours, c’est objectivement et numériquement plus grave que 3 morts lors d’une explosion? À quel point, un vol de dépanneur qui tourne mal où 2-3 personnes sont abattues est-il moins apeurant? Cela pourrait arriver au coin de la rue. Cependant, cette logique découle « d’un plan » et d’une habitude; d’une socialisation à cette violence qui s’imprègne dans notre société. Une petite bombe dans un marathon, une chasse à l’homme et tout le monde perd la tête.

Boston n’était pas farouchement différente de Gotham cette semaine. Des bombes dans des chaudrons à cuisson à pression avec de la poudre noire. Rien d’excessivement compliqué. Quelques armes à feu. Des hommes n’ayant apparemment pas un plan très développé. Qui braque un dépanneur et vole une voiture alors qu’il est l’une des personnes les plus recherchés de la ville? Des crimes qui ne sont pas anodins, mais qui ne sont pas si terribles comparativement à ce qui se passe à tous les jours. Les États-Uniens ont déployé près de 9 000 membres des forces de l’ordre pour tenter de traquer ces terroristes. Pendant ce temps, le Sénat américain rejetait le projet de loi le moins musclé jamais présenté dans le but de mieux contrôler les armes à feu aux États-Unis.

thatcher-12La dame de fer s’est éteinte le lundi 8 avril 2013. Comme il est coutume lors du décès d’une personnalité politique, des individus des deux côtés de l’axe politique se sont pliés aux traditionnels hommages. Toutefois, certains groupes se sont abstenus de vanter l’héritage de Margaret Thatcher, tandis que d’autres ont tout simplement applaudi sa disparition. Ensuivant le décès d’une personne aussi polarisante, ce fait n’est pas surprenant. Par contre, ce qui est étonnant, c’est de voir des féministes se lever contre ceux qui ne pleurent pas la disparition de la première et seule première ministre de la Grande-Bretagne. Il faut comprendre que l’atteinte du poste suprême politique par une femme n’est pas automatiquement synonyme d’un avancement des droits de celles-ci. Il y a deux éléments qui soutiennent cet état de fait : l’abolition de la notion de société au profit de celle de la famille et la destruction des acquis sociaux.

La famille comme noyau

Au-delà de sa gouvernance d’une main de fer du gouvernement anglais durant les années 1980, on se souviendra de Thatcher pour sa célèbre affirmation : « There is no such thing as society ». La portée de cette phrase n’est pas à confondre. Madame Thatcher n’était pas contre la société en tant que telle, mais plutôt contre la structure que celle-ci prenait. À la suite de la révolution hédoniste des années 1960, Thatcher souhaitait un retour à un ordre social et à des obligations sociales qui sont assez congruents avec la notion conservatrice de la tradition. Thatcher espérait un renforcement des liens qui unissent les gens proches entre eux, nommément ceux de la famille. Elle était opposée à l’idée que l’individu était une construction de la société dans laquelle il grandissait. Elle donnait crédit à la notion organique de la société où chaque famille est une des constituantes de cette société. Si les individus pouvaient adopter une conduite plus responsable en dépendant moins de l’État, la société dans son entièreté s’en tirerait mieux.

De prime abord, cette conception ontologique de la société n’est pas problématique, ça se corse lorsque son passage d’une société donnant une libre chance de réussite à toutes et à tous est substitué par une entité familiale typiquement patriarcale, avec l’homme au travail et la femme s’occupant des enfants à la maison. Cette substitution d’une conception de l’homme ou de la femme comme une conséquence environnementale de la société à une conception qui accepte la volonté personnelle comme seul moteur de la réussite ou de l’échec; a comme incidence principale de mener à une acceptation du statu quo. La révolution des années 60 que Thatcher avait si en exergue fut une période qui vit le dépassement des limites traditionnelles imposées aux femmes à l’intérieur d’un cadre familial toujours mené par un homme. Exit la société qui permet l’épanouissement du plus grand nombre, retour à une forme structurelle limitative. Quoiqu’il reste encore beaucoup à faire, c’était tout de même un pas dans la bonne direction. Madame Thatcher souhaitait un retour à l’ordre.

La dame de fer

Margaret Thatcher est principalement aimée, ou bien détestée, pour la lutte endiablée et sans concessions qu’elle a menée aux travailleurs et au mouvement syndical. À une époque où le mouvement conservateur se cherchait une âme pour répondre à l’hégémonie que le néolibéralisme commençait à imposer, sa réponse fut dans la lutte aux acquis sociaux. Les syndicats étaient considérés comme trop puissants et risquaient de mener l’Angleterre à un régime socialiste, qui en retour mènerait à la soviétisation de l’île. Pour contrer cette paranoïa, elle passa les acquis sociaux dans le tordeur : elle dérégula les marchés financiers, privatisa les monopoles d’État et mena une lutte sans merci aux syndicats. Elle percevait cette emprise socialisante comme la cause principale du déclin de la Grande-Bretagne.

Il va sans dire que les mouvements ouvriers et les emplois dans la fonction publique ne sont pas étrangers à l’atteinte d’objectifs féministes. Originellement, les propriétaires d’entreprises n’hésitaient pas à payer les femmes largement moins pour un travail équivalent aux hommes. La syndicalisation des travailleuses leur permit de lutter ensemble contre cette injustice, mais elle permit également d’obtenir des gains dans les conditions de travail — comme des congés de maternité — ou bien une tentative de limiter au maximum la discrimination à l’embauche. Au-delà des syndicats, les emplois de la fonction publique sont des moyens simples et efficaces de s’assurer que ces mesures sont en place. Raser ces instruments, quoi qu’imparfaits, ne peut qu’être une atteinte à une volonté de donner aux femmes leur juste place dans la société, en les privant des instruments nécessaires.

L’héritage

Sa façon de mener son parti, mais aussi son attitude sans compromis lui a valu son surnom de dame de fer. Alors que la faible présence de femmes en politique est un problème représentatif, mais aussi de justice, ce n’est pas n’importe quelle femme qui fera l’affaire. Il ne faut aduler Margaret Thatcher pour le simple fait que c’était une femme à la tête d’un État, mais plutôt juger sa contribution à l’aide d’une lunette permettant de cerner sa contribution. Objectivement, cette contribution n’est pas à l’avantage net d’un progrès pour le mouvement féministe, non plus du socialisme. Le thatchérisme a mené à une dégradation des conditions de vie de la classe moyenne, mais aussi à la quasi-extinction de celle-ci. Étant donné que les plus hauts postes sont déjà occupés majoritairement par des hommes, ceci a comme conséquence de jeter un nombre monstrueux de femmes dans la pauvreté et dans le cercle vicieux de celui-ci. Qu’il en déplaise à Thatcher, la société qui nous entoure est un déterminant de notre épanouissement.

2972363568_32db2708fc_zThatcher avait des caractéristiques plus proches d’une leader autoritaire, antidémocratique et antisociale que de quoi que ce soit d’autre. Ses politiques ont contribué au maintien au pouvoir d’une élite principalement masculine. Qu’elle ait été une femme, ou bien un homme, son idéologie et son application sont à dénoncer vertement. Pleurer la mort d’un humain, certes. Pleurer une grande femme, pas du tout.

En science politique, il n’est pas rare d’étudier le principe des portes tournantes. Les leaders du domaine économique vont souvent changer de poste pour évoluer dans le domaine politique, et vice-versa.

Voici un graphique intéressant qui veut interpréter ce principe, ainsi que les effets qu’ont les monopoles et la concentration du pouvoir économique, politique et de la communication entre quelques mains. C’est à bien y penser…

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À une dizaine de jours de la journée internationale de la femme du 8 mars, il est d’une considérable importance de réitérer le besoin d’être féministe aujourd’hui. Il y a de nombreux gains qui ont été effectués depuis le début du XXe siècle. Cependant, l’égalité est encore loin et semble parfois hors d’atteinte. Alors que jusque dans les années 1970 des gains ont été chaudement gagnés, depuis cette période c’est la disette. Un long élan d’aplanissement d’une société misogyne a éventuellement laissé place à une société où les différences basées sur le sexe sont un peu moins présentes, mais existe encore et toujours. Malgré tous les gains obtenus, et ici je traite de la question dans une perspective malheureusement occidento-centrée, il y a encore fort à faire. Quand la condition de la femme s’améliore ici, elle est stagnante ou elle dégringole dans les lieux où les religions et la pauvreté ont encore une emprise cruelle. De par ce fait, il demeure primordial de briser le mouvement rampant de remarginalisation de la femme et de son rôle dans la société.

La place des femmes dans la religion

Il n’est pas rare de constater une forte covariance entre le droit des femmes et l’absence de la pratique religieuse. Alors que certains avanceront que ce n’est pas la religion en tant que telle qui impose la soumission de la femme et son statut marginal comparativement à l’homme, et bien c’est le cas dans les Saintes Écritures. Le Christianisme et le Protestantisme, mais aussi une part de la culture musulmane, acceptent le précepte du péché originel tel que contenu chez Saint Paul ou Saint Augustin. Eve, cette personne subversive qui a convaincu Adam de croquer la pomme de l’arbre de la connaissance et d’acquérir l’orgueil est la souche et est à l’origine de tous les maux de l’humanité. Une seule consigne donnée par Dieu, brisée. Sa colère a toutefois été miséricordieuse, alors que nous ne brulons pas tous en enfer, nous sommes sur Terre pour souffrir et gagner notre paradis; il faut le remercier pour sa magnanimité. Par notre simple existence, nous sommes coupables de ce premier péché et nous devons nous en repentir.

Dans l’Islam, le rôle de la femme n’est pas particulièrement plus glorieux. Alors qu’il n’y a pas une prescription sociale directe dans le Coran, il y en a une qui concerne les relations de couple. En 4:34, la femme pieuse est dévouée et elle obéit à son mari, car Allah a donné une excellence supérieure à l’un d’eux. L’homme et la femme sont semblables, mais ne sont pas identiques. Ils ont les mêmes devoirs envers Allah, mais c’est l’homme qui occupe la place dominante dans le couple. Cette prescription est déjà empreinte d’une misogynie, il ne suffit que donner un rôle exclusivement masculin à l’interprétation de ces écritures pour que la Charia dérape.

Dans la religion juive, les femmes sont aussi subordonnées aux hommes dans les unions domestiques. Lorsque Yahvé a formé le pacte avec les Israélites au sommet du mont Sinaï, il y avait des hommes et des femmes, mais ce sont les hommes qui ont conclu le pacte et se sont engagés à ce que les membres de leurs ménages le respectent aussi.

Alors que plusieurs des obligations des femmes découlent plutôt de pratiques socialement et culturellement construites, il en reste qu’il n’est pas fait mention d’une notion d’égalité entre l’homme et la femme, mais que les deux ont des rôles et des devoirs différenciés compte tenu de leurs différences naturelles. Bref, ce n’est pas dans la religion que le féminisme a pris racine. Lorsqu’elle n’a pas encouragé leur réclusion dans des rôles purement privés, elle aura été un frein à leur émancipation. Que l’application d’une différenciation des sexes soit le résultat de radicaux religieusement zélés, cette différence est ancrée si fortement, que ce n’est pas demain la veille d’un réveil ecclésiastique.

La place sociale des femmes

Il y a encore une stigmatisation de la femme et de son rôle dans la société. À travail égal, les femmes ne reçoivent pas le même salaire que les hommes. Les taux varient en fonction des pays et des professions, mais il est loin d’être marginal. Le salaire n’est pas tout, en plus de ne pas être le même dans l’absolu, il ne prend même pas en considération les obligations biologiques de la réalité féminine. Il suffit de penser aux besoins particuliers qu’entraînent la maternité, mais aussi toute la sécurité d’emploi qui est souvent remise en question lors de celle-ci. Et là, nous n’abordons pas la discrimination ouverte qui est faite sur ce seul critère et les retards de carrière qui peuvent se poser comme un obstacle ou bien des arrérages presque irrattrapables en terme de conditions, de salaire et d’épargnes, etc.

Alors que le salaire moyen des femmes est souvent plus faible que celui des hommes, les mesures régressives qui se mettent en place de plus en plus durement depuis les années 1970 se font sentir plus fortement chez elles. Les femmes occupent encore un nombre infinitésimal de places dans les sphères du pouvoir économique, mais aussi politique. La parité des candidats aux élections n’est relevée par aucun grand parti, tandis que les circonscriptions sures sont les plus souvent offertes à des hommes. De par leur plus grande force physique, mais aussi de par leur monopole des institutions et du discours politique, les hommes dominent les femmes et celles-ci sont encore trop souvent victime de violences, autant physique, économique, que psychologique.

Ce fait est intolérable et beaucoup trop souvent minimisé. Mais au-delà de la femme comme victime physique, il y a aussi la femme comme victime d’un système misogyne de l’image. L’hypersexualisation des jeunes filles, mais aussi des femmes, est tellement bien construite et articulée dans notre société de consommation qu’elle est maintenant reconnue comme un fait libéral (au sens politique du terme). Alors qu’un nombre grandissant d’acteurs dénonce ce fait, personne ne fait rien concrètement. Il va de soi que le désir de se sentir belle n’est pas discutable et est une condition de possibilité d’un épanouissement complet, mais les critères conduisant à cedit épanouissement ne doivent pas être construits autour de dogme misogyne pour le seul bon plaisir de ces messieurs. Une femme libérée ne portant pas la soutane ou le voile ne devrait pas avoir à se cacher derrière une variété gargantuesque de produits masquant et maquillant vendus à des prix d’or.

Les femmes dans le discours

La pénétration de la misogynie dans le discours de tous les jours est encore plus forte que n’importe quel autre point traité jusqu’à maintenant. En science politique, la politique est la version partisane, folle et sans profondeur de la politique. C’est le politique qui est noble, qui a le mérite de la réflexion et d’une volonté idéalisée. Il en est de même pour une quantité incroyable de termes. La tendance généralisée à omettre le féminin dans les textes officiels, comme si quelques caractères de plus allaient nuire au message, n’est pas à négligé non plus en cet ère informatisé. Les libéraux deviennent prisonniers de leur propre discours de tolérance où l’incommensurabilité des valeurs devient un impératif. Il est alors inconcevable d’opposer le droit des femmes à d’autres libertés, la liberté de religion vient rapidement en tête. Sans prôner un féminisme revanchard, ce qu’il faut à tout prix éviter, il y a place pour des mesures permettant l’épanouissement de la femme, mais de l’homme, également! La volonté de castration ne doit pas prendre le pas sur une réelle égalité de condition.

Entre temps, une discrimination positive, mais aussi une revisite de l’interprétation sociale de la place de la femme sont de mise. Il faut à tout prix lutter contre tout recul, aussi petit soit-il. Les attaques répétées du Parti conservateur de Stephen Harper contre le droit des femmes à l’avortement ne sont qu’une des tentatives les plus visibles d’une volonté de retour à un ordre ancien.

Depuis un nombre grandissant d’années un projet grandit en moi. Depuis trop longtemps je suis déchiré : jusqu’à quel point la tolérance peut aller. Tout l’aspect social ne pose aucun problème. L’orientation sexuelle est un libre-choix, l’orientation politique se doit d’être fondamentalement respectée, et ce, peu importe le point de vue. Ce débat est généralement sain pour la société. La liberté de conscience et d’opinion, mais aussi la libre expression de ceux-ci, sont les jalons cardinaux de l’existence de notre société dite libérale — au sens social et non pas économique. Il y a cependant une expérience extrême qui est vécue lorsque deux droits sont en contradiction. Est-ce que la tolérance doit être de mise devant toutes les opinions? Y a-t-il une limite à la liberté d’expression? Ce sont deux questions qui excessivement difficile à réconcilier. La réconciliation devient plus problématique lorsque nous introduisons la variable religieuse. (Eh oui. Je vais m’aventurer sur cette question.) Dans notre société, est-il légitime de tolérer l’intolérable intolérance de la religion?

holly-land11Ce paradoxe est insaisissable, mais il est également couvert d’un puissant tabou. Alors que les grandes religions ont été les vectrices de l’intolérance à grande échelle durant toute l’histoire, le moindre son à leur encontre déclenche une levée de boucliers incommensurable. Ce texte se veut un plan pour une réflexion plus globale, mais aussi probablement plus longue, sur la question. Il n’y aura pas de solutions à la clef, probablement pas de proposition concrète; mais simplement une série de pistes qui permettra d’éclairer un nombre de lanternes. Il est temps de sortir de l’obscurantisme. Il est temps que ceux qui ne croient en aucune forme de divinité, qui se considère comme athée ou agnostique, sortent de leur placard. La répression dure depuis plusieurs millénaires et il est temps qu’elle prenne fin.

Existe-t-il?

Très peu de lignes seront perdues à la démonstration de l’inexistence de Dieu. Les preuves prouvant son existence sont si faibles qu’il ne faut pas bien longtemps lors d’un débat avec un fanatique religieux pour entendre la réplique que « C’est une question de foi ». methode-scientifiqueDepuis l’invention de la méthode scientifique, il n’y a plus de miracles et les trois grandes religions monothéistes étaient déjà établies. Il faut donc croire sur la base de la foi. Si la religion est une question de foi, alors pour quelle raison le fait de ne pas croire ne subit pas le même critère. Si la croyance s’établit sur une question de foi, pourquoi ne pas croire ne pourrait pas être de même? Un croyant parlant à un non-croyant n’hésitera pas à lui dire qu’il a tort, qu’il est sur le mauvais chemin, qu’il se doit d’être converti et de régler ce qui ne fonctionne pas avec lui. Pourquoi le non-croyant ne peut-il pas de bonne foi ne pas croire? Il est peut-être temps que la population athée en fasse de même avec ceux qui croient. Leur démontrer que ce sont eux qui sont sur la mauvaise voie. Finalement, sans être sartrien, la puissance de l’argument dans L’existentialisme est un humanisme reste entière. Si Dieu existe, il se doit d’être tout-puissant, c’est ce qui en fait un Dieu. Devant la misère humaine, soit il n’agit pas car il est cruel, soit il est impuissant. Dans les deux cas, il perd une de ses deux caractéristiques principales : sa puissance ou sa bonté.

Même les croyants que l’on pourrait classifier de « mous », des croyants non pratiquants, sont complices d’une institution qu’ils croient bonne, qui pourrait probablement avoir ses bons côtés, mais dont le prix moral et humain est trop élevé. Du coup, ce n’est pas parce qu’un nombre incroyable de gens ont la foi que cette foi est justifiée. L’histoire humaine est remplie d’évènements et de croyances qui se sont avérés être monstrueusement faux. Il fut un temps où chaque phénomène inexplicable se voyait attribuer un dieu — le dieu du soleil et le dieu de la mer pour expliquer le levé du soleil, mais aussi les marées —, mais l’humanité a éventuellement découvert qu’il y avait des explications rationnelles à ces phénomènes naturels. Les dieux n’avaient pas à être impliqués dans chaque action terrestre. Il fut un temps où l’humanité était convaincue que la Terre était le centre de l’univers. C’était faux également. Nous ne sommes pas une créature particulière voulue par un Dieu jaloux et voyeur, mais le résultat de 3.5 milliards d’années d’évolution.

Les dangers inhérents à la religion

La religion représente un danger immense. Alors que certains prôneront les effets positifs de la religion, comme l’instruction de bonnes valeurs, de l’amour, de la charité, etc. Il n’est pas nécessaire de les justifier par un Dieu quelconque. L’humanité étant dotée de rationalité, il est possible de justifier ces agissements sur la base simple d’un raisonnement éclairé. Il n’est pas nécessaire de craindre l’enfer pour ne pas tuer son prochain. Il est aisément possible de construire une argumentation humaine et rationnelle pour éviter de tomber dans un état où « l’homme est un loup pour l’homme ». La morale peut exister indépendamment de la religion. La religion a en fait un mépris de l’homme et de sa condition. Elle véhicule un discours férocement antihumaniste, antiintellectualiste et réducteur de l’humanité. Ce n’est pas le génie humain qui explique toutes les avancées, ce serait la main de Dieu. Par contre, toutes les erreurs sont de nature humaine. Il est temps que l’homme et la femme se réapproprient leurs vices et erreurs, mais également leurs victoires et leurs accomplissements.

dante.1267446136La propagation de la religion découle d’une exploitation ouverte et totale de deux faiblesses qui peuvent être présentes en l’être humain : la peur et l’ignorance. La religion, c’est permettre à des gens comme vous et moi, qui n’ont pas toutes les réponses, d’être convaincus qu’ils détiennent la vérité absolue sur la base de la foi uniquement. Le fait que la religion brandisse toujours l’arrivée de la fin des temps et le risque de périr en enfer n’est pas anodin. La technique du bâton et de la carotte est vieille comme le monde. Si vous suivez notre culte, vous vivrez dans la béatitude pour l’éternité au côté de Dieu. Advenant la situation inverse, vous périrez en enfer pour la même éternité.

 

Le doute comme porte de sortie

Il n’y a pas de fierté à vouloir répandre la bonne nouvelle. Cette complicité a un coût élevé. La seule position face à la question existentielle ultime est le doute. Nier la réalité, vivre dans un monde lyrique et imaginaire tel que prescrit par la religion relève de la dissonance cognitive la plus élevée. Elle représente également un danger sans commune mesure. Il est complètement insensé que des hommes d’État politique prennent des décisions qu’ils croient guidées par Dieu, ou bien qu’ils prennent des décisions dans le but d’accomplir la volonté divine. Combien de guerres ont été causées par des affrontements religieux? Combien de millions de gens en sont morts? Alors que ces religions prônent la paix et la tolérance, leurs mains baignent dans un sang noir et épais.

religion-politicsLes religieux les plus convaincus n’hésiteront pas à rappeler que ce n’est pas la religion qui commande ces actes, mais que c’est seulement une mauvaise interprétation ou bien une instrumentalisation à des fins politiques. Que ce fait soit avéré ou non, il reste que la religion dans cette optique est dangereuse. Les prises de décisions sur des comportements ou des intuitions irrationnels ne peuvent pas être justifiées d’aucune façon. La religion crée un trou existentiel, ou en exploite un déjà présent. Elle est l’essence même de la pensée dichotomique, elle empêche toute forme de nuance — un Dieu et un seul, pour ou contre lui, le bien ou le mal, etc.. La réalité sociale est beaucoup plus complexe. Une perspective religieuse ne peut que nuire à la compréhension du monde qui nous entoure.

Un débat qui ne finira jamais?

Bref, ce débat ne peut pas prendre place uniquement dans le cadre qui est imposé par les croyants. Ce n’est pas vrai que toutes les positions se valent. Nous ne pouvons pas donner la même valeur à des arguments lunatiques basés sur de la magie, que nous donnerions à des arguments basés sur des faits et la science. Cela ne veut pas dire que la science n’a pas la capacité de se tromper, loin de là. Mais c’est ce qui est si bon avec la science : tout n’est que théorie et que du doute. Une hypothèse le restera jusqu’à la démonstration de son contraire, et à ce moment-là, l’hypothèse sera ajustée. Le crédo religieux est fixé dans la logique tout à fait inverse. Une fois que la vérité a été énoncée, elle devient ancrée dans l’universel et ne peut pas être contredite, sous peine de griller dans les flammes éternelles.

La volonté de se faire rassurer sur la finalité de notre existence, sur ce moment d’indétermination extrême qu’est la mort, toutes ces pensées irrationnelles ne doivent pas prendre le dessus de notre raison. Le premier avantage d’un athée, c’est qu’il sera prêt à admettre — même si cela peut parfois être difficile — qu’il a tort. L’erreur est humaine et elle le sera toujours. La religion a peut-être été tolérée pendant trop longtemps. Les superstitions vont et viennent. La religion ne peut qu’être un frein à l’épanouissement humain. Sans vouloir en faire une chasse aux sorcières, il est nécessaire de réaffirmer la laïcité de l’État, la laïcité de notre société. Un message violent, intolérant et dichotomique ne peut pas s’imposer sous le couvert d’un sentiment d’ouverture. Un monde, aujourd’hui, libre de toute religion serait éminemment meilleur. Il faut cependant éviter de tomber dans le piège lyrique des croyants, et se mettre à croire aux miracles.

608669-pauline-marois-annonce-details-sommetAvec le retour du printemps, nous assistons également à un retour possible de la contestation. Le sommet sur l’éducation supérieure convoqué par le Parti québécois se prépare déjà à creuser sa propre tombe. Doté d’un grand optimisme, je laisse la chance au coureur, mais le doute profond persiste. L’ASSÉ pense ne pas participer au sommet, l’ancienne rectrice de McGill croit que les rectorats vont servir de monnaie d’échange, les partis d’opposition sont convaincus que cette mise en scène n’est qu’une farce. Pris individuellement, ces acteurs n’ont rien de très pertinent à avancer. Chacun vit dans sa bulle de dissonance cognitive. Cependant, quand on fait la somme de tous ces doutes plus ou moins bien formulés, le portrait d’ensemble commence à s’éclaircir.

Il y a apparence que seulement les péquistes les plus convaincus croient encore à la possibilité de voir du positif ressortir de ce sommet. Alors qu’en campagne électorale et pendant une grande partie de l’automne, le PQ promettait que toutes les options étaient sur la table, le ministre Duchesne a démenti ce fait il y a quelques semaines en mentionnant que la gratuité scolaire était impensable à ce moment-ci du débat. Un sommet sur l’éducation supérieure, où aucune décision ne sera exécutive, ne serait pas le bon endroit pour avoir un débat de société? Après avoir accusé le Parti libéral du Québec de n’avoir pas écouté les étudiants et la population durant toute l’année 2012, on vient à se demander qui écoute qui?

pauline-marois2Au congrès national du PQ, le temps fut court entre le moment où le comité national des jeunes proposa le gel dans une perspective de gratuité scolaire, et la fin de non-recevoir du ministre de l’éducation supérieure. Finalement, la proposition adoptée à la majorité en plénière est tellement vague qu’elle permet n’importe quelle interprétation. C’est bien ce dont madame Marois avait besoin. Après avoir cumulé les reculs plus rapidement que les avancés, une proposition si vague qu’elle permet maintenant à madame la Première ministre de dire que l’indexation, c’est aussi une forme de gel. Après une année à entendre le gouvernement précédent tenter de nous convaincre que la grève étudiante n’en était pas une, mais plutôt un boycott, le PQ utilise la même tactique pathétique. Sur le fond, madame Marois n’a pas tort. L’indexation reste un gel relatif, compte tenu du fait que la part des étudiantes et étudiants restera constante dans le temps. C’est cependant jouer sur les mots. Depuis le début du débat, le gel a toujours été entendu comme étant un gel absolu de la contribution étudiante.

Jacques ParizeauL’argument des finances publiques n’est qu’un moyen détourné d’éviter la question, comme le rappelle Jacques Parizeau dans une entrevue donnée au Devoir dans l’édition du 12 février (http://www.ledevoir.com/societe/education/370711/la-gratuite-est-realiste-dit-jacques-parizeau). Monsieur Parizeau n’est pas un deux de pique. Économiste diplômé de la prestigieuse London School of Economics (le premier Québécois de langue française), la portée de ses propos ne peut pas être écartée trop rapidement. Le choix d’imposer des frais de scolarité, de les majorer à l’indexation, de les geler, ou peu importe le scénario retenu, c’est un choix de société. Rappelant qu’au moment de la fondation du réseau des Universités du Québec (UQ), les frais de scolarité ont été gelés dans le but d’atteindre dans un futur plus ou moins éloigné la gratuité — ou presque gratuité — scolaire, les jeunes font un peu la même demande aujourd’hui.

C’est un choix que la génération précédente a pris. C’est un gain qui ne fut pas nécessairement facile, mais qui a permis l’émancipation de toute une génération qui tentait de rattraper le monde sur le plan intellectuel, et qui était en processus de se libérer de l’emprise malsaine de l’Église. Ce choix n’est pas à remettre en question. Je suis convaincu que ce fut le bon. De nos jours, alors que la compétitivité mondiale nous rentre dedans, l’éducation supérieure n’est plus une option. C’est une obligation. Alors que les délocalisations ont frappé la majorité des entreprises de production, ce sont les services et la recherche et le développement qui sont les voies de l’avenir pour les Québécois. Avec un diplôme de secondaire 5, bonne chance pour se trouver un emploi bien payé avec un fond de pension garanti, peu importe la volonté et l’effort qui y sera mis. Une éducation devient encore plus importante, autant du point de vue individuel, mais également du point de vue social. Une population éduquée, c’est un gain pour tous. Des emplois de meilleure qualité permettent de prélever plus en impôt, permettent également de stimuler la consommation agrégée. L’augmentation du niveau de vie permet aussi de réduire substantiellement les coûts de santé, mais aussi de différents filets sociaux.

Évitons les débats intergénérationnels et travaillons ensemble pour faire du Québec un endroit où il fait mieux vivre. Un endroit où chacun fait sa part. Pas seulement le contribuable et l’utilisateur, mais les entreprises, les banques et ceux ayant un très haut revenu ont leur part à faire. La richesse ne se gagne pas seule, la contribution de la société y ait pour quelque chose. C’est un tout qu’il faut lutter pour maintenir ensemble.

Il devient de plus en plus évident que la France n’est pas capable de vivre avec son passé hérité de la Seconde Guerre mondiale. La tolérance devient une denrée de plus en plus rare et elle est maintenant une valeur à géométrie variable. Alors qu’il est absolument impossible de tenir des propos antisémites, ce qui est une bonne chose dans l’absolu, il est permis grâce à la liberté d’expression et d’association de tenir des manifestations à répétition contre le mariage entre conjoints de même sexe. L’homophobie et l’islamophobie font presque loi, tandis que l’antisémitisme semble être le péché ultime. Nous assistons à un problème de valeurs et de droits. Tous les types de discriminations et de propos haineux devraient être prohibés, pas seulement un type de propos trié sur le volet à cause d’une « bévue » historique.

Cette semaine, le parquet de Paris a ordonné la diffusion des noms des abonnés qui avaient participé à la vague antisémite sur Twitter avec les mots clics #unbonjuif et #unjuifmort en octobre dernier. À l’époque, Twitter avait suspendu les utilisateurs ayant émis des propos antisémites. Maintenant le parquet veut tenir ces personnes responsables de leurs propos et les trainer en justice. Évidemment, Twitter a refusé jusqu’à maintenant de remettre les identités de ces personnes aux autorités françaises, se disant protégé par le 1er amendement américain — portant sur la liberté d’expression et qui a une portée presque illimitée. L’intolérance à l’antisémitisme atteint son paroxysme en France, tandis qu’il est courant d’entendre dans l’espace public et de lire sur les réseaux sociaux des propos haineux envers les musulmans, les Roms ou les assistés sociaux. Ce type de propos est toléré, mais quand il est question des juifs ce n’est plus de la même filiation. Il y a littéralement une hiérarchisation des valeurs et des droits en France. Alors que tous sont censés être nés égaux en droits et en devoirs, il appert que les droits d’une certaine tranche de la population semblent plus commensurables que ceux du reste.

Alors que le parquet veut absolument amener en cour ceux ayant tenu des propos antisémites, la justice française n’a aucun problème à permettre des manifestations monstres clairement homophoniques contre le mariage entre conjoints de même sexe. Il serait étonnant de voir la justice tolérer des manifestations se voulant contre le mariage entre conjoints juifs. Ce type de manifestation serait automatiquement taxé de raciste, d’intolérable, d’attaque au sentiment républicain français. Cependant, quand ce sont les homosexuels, ce n’est pas problématique. Assez, c’est assez!

Dans les deux cas, l’intolérance sur quelque critère que ce soit ne peut pas avoir lieu et ne doit pas être tolérée. Les droits et les valeurs sont des objets qui sont par nature incommensurables. Il est grand temps qu’ils soient traités de la sorte et sur un pied d’égalité; non pas dans une hiérarchie arbitraire favorisant un groupe plutôt qu’un autre.

Il est sidérant de lire un nombre toujours grandissant de journalistes, de chroniqueurs et de penseurs qui croient que le débat qui fait rage en ce moment en France, sur l’adoption par le Parti socialiste d’une loi permettant le mariage entre conjoints de même sexe — ainsi que l’adoption d’enfants par ceux-ci — soit une chose enviable. Christian Rioux, correspondant à Paris pour Le Devoir, n’hésite pas à rappeler que c’est une bonne chose pour la société française d’avoir un débat à ce sujet, et que le Québec n’a pas eu cette chance « ce débat au Canada a d’abord été tranché par les tribunaux. Jugements devant lesquels les élus se sont, comme souvent, rapidement inclinés. Comme débat, on a vu mieux. » Il y a principalement deux aspects qu’il faut préciser pour comprendre pourquoi cette affirmation est déplacée et frustrante.

En premier lieu, pour ce qui est du Québec, il est faux de dire qu’il n’y a pas eu de débat. Le projet de loi 84 sur l’union civile entre partenaires de même sexe qui a été adopté en juin 2002, sous un gouvernement péquiste, a été précédé de deux commissions parlementaires sur une période de 6 mois où tous les intervenants, groupes de pression et individus ont pu faire venir entendre leurs doléances à ce sujet. Le projet de loi a même été adopté à l’unanimité en commission, mais également à l’Assemblée nationale. Les gens qui désiraient se faire entendre ont pu le faire, et les députés ont jugé bon de ne pas émettre de réserves en votant unanimement en faveur de ce projet de loi.

Il est vrai qu’au Canada ce fut autre chose. Après avoir voté une motion indiquant que le mariage se devait d’être entre un homme et une femme en 1999, le gouvernement libéral de Jean Chrétien s’est fait bousculé rapidement par des jugements des Cours supérieures et d’appel de l’Ontario, du Québec et de la Colombie-Britannique. En 2003, une étude en comité qui fut menée parallèlement à des consultations publiques à travers le pays en est rapidement venue à la conclusion que le gouvernement ne devrait pas faire appel à la Cour suprême du Canada sur la légalité et l’obligation des gouvernements de reconnaître ce type d’unions. Après une nouvelle motion demandant de reconsidérer le mariage comme étant uniquement entre un homme et une femme, qui fut rejetée de justesse avec de nombreux absents et de la dissension au sein du PLC (132-137), le gouvernement décida de déposer un projet de loi, mais demanda préalablement référence à la Cour suprême pour s’assurer de la constitutionnalité de celui-ci. Après une réponse positive, le projet de loi C-38 visant à inclure les conjoints de même sexe dans la définition du mariage — car malgré que ce soit les provinces qui célèbrent les mariages, c’est le fédéral au Canada qui le définit — reçu la sanction royale le 20 juillet 2005 et permit ainsi aux Canadiennes et Canadiens de même sexe de se marier n’importe où au Canada. Bref, le débat ne fut pas aussi large au Canada, mais on ne peut pas dire que le projet de loi fut adopté en vitesse et en cachette. Les acteurs ont eu largement le temps de se mobiliser et ont eu l’opportunité de faire entendre leur désaccord auprès de leurs députés respectifs, malgré qu’au final ce soit la Cour qui ait décidé de la légalité de cette question. C’est justement ce qui nous amène au second point.

En deuxième lieu, autant un débat social sur presque toutes les questions se veut une bonne chose, il y a quelques exceptions. Sur des questions d’égalités fondamentales, il n’y a aucune objection à avoir quant au fait que ce soit la Cour suprême qui tranche, et non pas des députés ou la population. Malgré que certains commentateurs dénoncent la notion de mariage comme devenant de plus en plus désuet, il appert que même si un seul couple de conjointes ou conjoints de même sexe désire s’unir de la sorte, personne n’a la légitimité de s’y opposer. La liberté d’orientation sexuelle et de ne pas être discriminé pour faire suite à celle-ci est un droit constitutionnellement protégé par la Charte. Il n’y a aucun débat à avoir sur cette question. Pourquoi devrait-il y avoir un débat sur un droit fondamental? Serait-il juste d’avoir un débat sur le droit de vote des femmes ou sur le droit d’unir des conjoints de race différente? Évidemment que non, ce serait de la discrimination éhontée. Il en est de même pour le droit d’unir des conjoints de mêmes sexes. La liberté d’orientation sexuelle est un droit aussi important que n’importe quel autre. Il est temps qu’une tranche de la population sorte de ses anciens stéréotypes hérités d’une conscience judéo-chrétienne et que les journalistes ou chroniqueurs évitent la complaisance devant ce qui n’a pas à avoir lieu.

Pour plusieurs, il était évident qu’éventuellement nous allions assister à la naissance d’une autre crise majeure au sein du monde de la finance et de l’économie mondiale. Alors que l’économie réelle (Main Street) devient de plus en plus dépendante, pour ne pas dire subjuguée à l’économie de Wall Street; en plus de l’interconnectivité croissante entre les différents États, ce n’était qu’une question de temps avant que les gouvernements de ce monde ne se voient confrontés à une série de décisions qui pourraient s’avérer difficiles à prendre. Le point qu’il est primordial de saisir dans cette situation, c’est la forme de dissonance à laquelle les gouvernements sont sujets. Il est important de faire le lien entre les faits économiques présents dans la réalité — à savoir l’échec de la mise en œuvre des politiques de rigueur budgétaire — et les actions que les gouvernements continuent à entreprendre.

Le déroulement de la crise

toBigToJailDès l’éclatement de la crise, les gouvernements tentèrent de la juguler en veillant au plus pressant. La crise débuta par une perte de confiance en un certain type d’actions (PCAA) issues de la titrisation. Les banques ont créé un nouveau produit financier qui était adossé à des créances hypothécaires d’une qualité douteuse, mais aussi à d’autres produits de confiance. Ces produits mis ensemble ont reçu une note de confiance AAA de la part des agences de notation de crédit, synonyme d’une confiance illimitée, mais avaient aussi un taux de rendement très élevé à court terme. Ces deux éléments ont eu pour conséquence qu’un certain nombre de banques, mais aussi d’autres acteurs économiques, en ont achetée une très grande quantité. À la suite de la faillite de Lehman Brothers, la confiance en ces produits a du jour au lendemain dégringolé à presque zéro. Cette perte de confiance a eu comme effet de faire perdre la confiance également entre les différentes banques. Chacune ne sachant pas à quel point sa compétitrice était exposée à ce type de titre, elles refusèrent de se prêter de l’argent entre elles. C’est à ce moment que les gouvernements se sont vus dans l’obligation d’intervenir afin de garantir les liquidités des banques qui étaient considérées comme étant Too big to fail, ce faisant empêchant une course aux banques massives qui auraient occasionné des faillites successives des banques qui n’étaient pas suffisamment capitalisées.

Donc, première étape lors de la crise : s’assurer que les banques ne font pas faillites, entrainant avec elles l’économie dans son entièreté. Il y eut un consensus à cette étape. C’est la deuxième étape de la crise, alors que la majorité des économies étaient en récession, qui a développé une problématique plus complexe. C’est à ce moment que les gouvernements et les oppositions, ainsi que les économistes, se sont disputés à savoir qu’elle serait la meilleure solution permettant une sortie de crise la plus rapide. Deux visions se sont affrontées. La première, keynésienne, qui implique un investissement massif dans l’économie de la part du gouvernement. Cette vision agit principalement sur l’aspect demande agrégée du marché. Les particuliers et les entreprises ayant plus d’argent à leur disposition vont dépenser plus et ces dépenses vont stimuler l’offre, ce qui devrait relancer une économie. La seconde vision est celle monétariste et elle implique d’abaisser les impôts et de garantir un climat de confiance des marchés et des entreprises envers l’économie. Cette confiance s’établit habituellement par la crédibilité que le gouvernement a dans sa capacité à gérer sa dette. Cette vision, contrairement à la précédente, met plutôt l’emphase sur la stimulation directe de l’offre. Si les entreprises ont suffisamment confiance, elles vont produire plus, créant des emplois, ce qui devrait mener à une relance de l’économie.

Comme il est maintenant connu, c’est principalement la seconde option qui a été retenue pour la gestion de la crise. C’est d’ailleurs cette option qui a été retenue par les États ayant une économie plus importante en Europe : soit l’Allemagne, l’Angleterre et la France. Ce faisant, c’est aussi le chemin que la Banque centrale européenne (BCE) a décidé d’emprunter. Sa gestion des taux d’intérêt reflète une vision principalement monétariste. La banque centrale et les gouvernements ont donc décidé de mettre en place ce type de remède à la crise. Ce remède, qui a commencé à être mis en application dès le déclenchement de la crise, aurait dû juguler la crise, ou bien relancer l’économie. Cependant, l’Union européenne (UE) n’est toujours pas sortie de son marasme économique, et ne semble pas près de s’en sortir. De plus, plusieurs pays sont encore sur le pied de la porte de l’UE, incapable de tenir le rythme qui leur est imposé. Nous en arrivons donc à une d’impasse : les instruments choisis pour enrayer la récession n’ont pas eu les effets escomptés. Devant ce fait, la BCE et le gouvernement allemand continuent à vouloir administrer le même remède au malade, espérant que cette fois-ci la surdose permettra cette guérison tant espérée.

Analyse de la crise

Le rejet de la réalité empirique par les gouvernements n’est que le premier symptôme d’un système néolibéral qui se met en place. C’est la confirmation que le système de marché est maintenant la panacée, que son système de véridiction a acquis le statut nécessaire pour imposer tout type de vision. Il n’est plus important que les transactions effectuées sur le marché soient représentatives d’une réalité, qu’elles correspondent à une similiéconomie réelle. Le marché comme appareil de véridiction n’émet plus seulement un prix sous le principe de la gestion de l’offre et de la demande, il construit une réalité qui est, grâce à sa provenance, vraie intrinsèquement et même indiscutable. Le marché comme instrument autoréférentiel par excellence. La création de ces vérisimilitudes sont maintenant la base de la vérité, et non plus la vérité concrète ou empirique. Un fait n’est plus vrai par sa capacité à se montrer comme tel, mais plutôt parce qu’il est universellement reconnu comme étant vrai. C’est ce principe qui est la racine même de la dissonance gouvernementale énoncée plus haut. Il n’est pas important que les remèdes imposés aux différents États européens soient les bons. Ce qui est primordial, c’est que presque tous les économistes s’entendent pour dire que c’est LA solution à privilégier.

C’est bel et bien ce qui est arrivé avec la tentative de mettre en place un programme de sortie de crise. Donc, malgré le fait que la solution qui était mise de l’avant par l’intelligentsia économique mondiale avait clairement démontré ses limites à de nombreuses reprises par le passée, ce fut tout de même la solution qui fut mise en application dès 2009. L’histoire et les faits empiriques qui se répétaient n’étaient pas des indicateurs suffisants. Le marché avait parlé. La véridiction transcendante du marché s’établissait comme un leitmotiv, pour une mise en place de politique qui malgré le fait qu’elles n’aient pas réussi le test de la réalité, allait tout de même être appliquée de nouveau. Cette fois-ci, le marché allait aller encore plus loin qu’aucune fois auparavant dans son intrusion du monde du politique.

Pour donner suite à l’évaluation de la gouvernance par les mécanismes de marché qui sont une des caractéristiques du néolibéralisme, comme quoi un bon gouvernement sera synonyme d’une économie qui se porte bien, les chefs d’État des pays étant les plus en mauvaise posture se sont vus expulser de leur poste. Ce fait n’est pas du tout anodin. Les chefs d’État de la Grèce et de l’Italie se sont fait remercier de leur poste pour incompétence économique, et se sont vus remplacer par des membres issus de la gestion du marché. Silvio Berlusconi s’est vu forcé de démissionner, pour être remplacé par Mario Monti ancien commissaire de l’Union européenne pour le marché intérieur, les services financiers et l’intégration financière; mais il était aussi avant la crise le conseiller principal pour l’Europe pour la firme Goldman Sachs. Tandis que du côté de la Grèce, George Papandreou s’est fait imposer le même sort pour être remplacé par Lucas Papademos. Celui-ci fut le vice-président de la BCE de 2002 à 2010, mais aussi Président de la Banque centrale grecque lors de l’entrée de celle-ci dans la zone de l’Euro.

314px-Trilateral_Commission_Logo.svgC’est ici qu’il devient possible de boucler la boucle. D’un côté, nous avons la Grèce qui est vue comme le cancre de la zone euro, mené par celui qui était au contrôle de la politique macroéconomique lors de son entrée dans la zone commune. De l’autre, le président de l’Italie et ancien commissaire aux marchés financiers qui servaient de conseiller financier à la firme qui a servi à maquiller les chiffres et la dette grecque pour lui permettre d’entrer dans la zone euro, malgré son incapacité évidente à respecter les termes du contrat. C’est un exemple patent de la domination du marché, non pas seulement sur le politique, mais aussi sur le gouvernement : sur sa gouvernementalité. Le marché, encore une fois, devient autoréférentiel et dénominateur du régime de vérité à mettre en place, mais va encore plus loin en prenant en charge lui-même la gouvernance des États.

Le marché devient alors réellement et concrètement plus qu’une référence, non plus comme instrument d’analyse et d’évaluation de la gouvernance, mais devient même le lieu de ladite gouvernance. C’est maintenant en son sein que les décisions politiques se prennent. C’est la logique de marché poussée à son extrême limite. L’État de droit démocratique, et toutes les considérations qui lui sont habituellement rattachées n’ont plus aucune importance. Malgré le fait que des premiers ministres aient été élus par la volonté populaire de leur pays respectif, cela n’a pas d’importance. C’est le marché qui s’établit comme instrument de vérité, et c’est à lui de dicter qui sera la meilleure personne pour diriger un État afin d’y voir évoluer une économie de marché en libre concurrence, mais qui verra ses décisions futures prises par les mécanismes que le marché s’impose et impose. Par la parole et les actions de l’Allemagne et de la BCE, le marché établit encore et toujours plus son influence au travers les différentes sphères de la politique. Le prix à payer : une démocratie populaire en moins.

La théorie du marché et de l’argent

0 RDepuis Keynes, une grande partie des économistes font preuve d’une forme avancée de schizophrénie. Les économistes comprennent maintenant que les modèles d’acteurs rationnels ne sont que des postulats qui se vérifient très rarement dans la réalité. Il en va de même pour la notion de prix, la définition effective du prix par le point d’équilibre entre l’offre et la demande n’est qu’une illusion. C’est une généralisation abusive qui est sujette à un nombre beaucoup trop complexe de variables, mais aussi d’irrationalité. Prenant acte de ce fait, les économistes ne font pas ce que la science recommanderait — alors que l’économie aime bien s’autodéfinir comme la science du domaine de recherche social. Lorsqu’un modèle ne correspond pas à la réalité, on rejette le modèle et on en conçoit un autre. Ce qu’ils vont faire, à la manière des schizophrènes, ils vont vivre dans une bulle complètement coupés du monde. Au lieu de travailler sur de nouveaux modèles, ils vont tenter de moduler la réalité autour des modèles qu’ils savent imparfaits. On impose alors une vérité créée de toutes pièces par des acteurs du marché et on tente d’y faire plier la réalité.

Depuis le milieu des années 1970, à l’époque de la fin de l’étalon or et lors du premier choc pétrolier, les gouvernements d’un peu partout dans le monde, sous l’impulsion des économistes monétaristes, ont enterré les politiques keynésiennes. À peine 30 ans après leur mise en place, trente années qui ont tout de même vu l’émergence de la plus grande classe moyenne aux États-Unis, mais aussi en Europe, ainsi que l’époque de la consommation de masse; le glas a sonné dès la première crise. Dès ce moment, il fut possible d’assister à un retournement de situation complet. Ce fut un retour aux politiques de gestion qui ont précédé la Récession de 1929 (Galbraith 1993). Malgré que ces politiques ont prouvé leur échec au début du siècle, jumelé avec la nouvelle interdépendance des États et la mondialisation mur à mur, ces politiques ont été ramenés comme sauveuse de l’économie mondiale. Après un retour éventuel retour à la normale, qui doit plus à la création d’une bulle spéculative et à une atteinte directe au pouvoir d’achat des familles de la classe moyenne, le monde a été frappé par des ralentissements plus ou moins sévères à tous les dix ans en moyenne (1980, 1993, 2001, 2008). Qu’est-ce qui ne fonctionne pas alors? Peu importe la direction qui est imposée aux États pour soutenir un marché qui prend toujours plus de place, la stabilité n’est jamais au rendez-vous. La croissance en est même absente pour la plus large partie de la population. Galbraith notait déjà ce fait dans The Culture of Contentment, où les mesures de redressement économique ont fait augmenter le taux de pauvreté de 28 % en dix ans aux États-Unis (Galbraith 1992). Serait-ce que le marché autoréférentiel n’est pas la solution que certains acteurs de la société semblent porter? Avant d’en arriver à cette conclusion, il sera intéressant de se pencher sur la nouvelle signification que semble prendre la notion même d’argent.

240px-Offre-demande-equilibre.svgDans la théorie classique économique, le prix est vu comme le point d’équilibre entre l’agrégation de l’offre et de la demande globale pour un dit produit. Il est cependant important de distinguer deux formes de prix : la valeur d’usage et la valeur d’échange. La différence est un peu plus simple et a été formulée par Aristote avant d’être reprise par Adam Smith. Prenons l’eau et les diamants par exemple. L’eau a une valeur d’échange assez faible — son prix est assez bas en rapport aux autres commodités en occident – mais sa valeur d’usage est très forte — l’eau comme étant essentiel à la vie. Tandis que pour le diamant, c’est exactement l’opposé. Il ne sert à pratiquement rien pour l’homme, mais il a une valeur d’échange énorme (Smith 2003, 35). Bref, voilà deux définitions possibles à donner à des biens. Le prix, où les principes de marché servent encore d’indicateur et de référence par excellence.

L’argent, lui, sert habituellement de principale ressource d’échange. Son utilisation découle d’un principe d’efficacité qui est intrinsèquement lié à la notion même du prix. Sans une monnaie d’échange, il ne sert à rien de fixer un « prix ». Originellement, ce fut l’or ou bien certaines formes de matières précieuses qui ont servi à monnayer les biens et à en faciliter l’échange. Il était possible de le tâter, mais cela avait son lot de risque. Voyager d’une ville à l’autre avec son chargement en or, c’est risqué pour la perte ou le vol. C’est pour régler cette problématique qu’apparurent les premières banques ou comptoir de change. Cette nouvelle institution aura un impact majeur sur la relation que les gens vont développer avec l’argent. Rapidement, les notes de changes (chèques) vont prendre une place de plus en plus importante, et ce, jusqu’à l’avènement de l’argent papier. Celui-ci va réellement traduire et produire la dématérialisation complète de l’argent. Cette forme de dématérialisation n’est pas nouvelle. Depuis longtemps, la monnaie papier a été transigée et a souvent été garantie par les autorités centrales, c’est l’institutionnalisation de la bourse et du crédit à la consommation qui vont avoir un effet plus important, en ce qui a trait à la dématérialisation du contact humain-argent.

Depuis la fin des trente glorieuses, mais aussi depuis la fin de l’étalon or en 1971, l’argent ne sera plus simplement un outil utilitaire servant à produire de l’échange, il deviendra une fin en soi. Il y eut une inversion du principe monétaire. Ce n’est plus une monnaie qui sert à « remplacer » l’or et à garantir son échange, mais c’est maintenant devenu un objet permettant de créer de la valeur, de la richesse, de l’or. C’est l’aboutissement de la logique de marché. Alors que les banques utilisent le Reserve Fractionnal Banking à outrance, il n’y a plus de limites à la progression de cette logique dans toutes les sphères de la société. Elle se limite plus au simple fonctionnement dudit marché, elle ne se limite non plus au contrôle gouvernemental : elle pénètre directement l’individu dans sa quête existentielle. La notion d’individu comme acteur ou en rapport avec le marché devient obsolète. Il devient modelé et guidé par le marché lui-même. Alors qu’il devient alors de plus en plus difficile de cerner si cette dématérialisation de la monnaie est une cause de l’étendue du marché, ou bien une conséquence; l’individu perd son libre arbitre. Bref, il devient mené par ses intérêts, et se voit également forcé de devenir son propre entrepreneur pour en arriver à la simple survie. Le gouvernement n’a plus à lui imposer ses politiques par des lois, des restrictions ou des punitions. Le marché, par son incitatif à la création de richesse, le fera d’une manière plus ou moins inconsciente dans l’individu.

Conclusion

Le monde a changé depuis que Foucault a donné son cours sur  La naissance de la biopolitique. Le marché n’a plus la mission d’antan de fixer un prix juste pour une dite marchandise, mais il agit à titre d’instrument thérapeutique. Il ne se veut plus comme élément qui va permettre de réglementer le système et d’éviter les crises, ironiquement c’est un retour au précontrat social : c’est la crise permanente et le chaos non réglementé. La structure n’est toujours pas hiérarchisée, elle repose plutôt sur des microcosmes de pouvoir où chaque individu se doit de devenir son propre instrument de création; tout cela avec en toile de fond un marché toujours plus tentaculaire. Il y a un lieu faste pour une étude plus approfondie de ces phénomènes qui pourront déboucher à une nouvelle compréhension sociale, et à la poursuite de la généalogie historique.

« Les sciences humaines d’aujourd’hui sont plus que du domaine du savoir : déjà des pratiques, déjà des institutions.  »

« L’homme est une invention dont l’archéologie de notre pensée montre aisément la date récente. Et peut-être la fin prochaine.  »

Michel Foucault, Les mots et les choses

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