Il devient de plus en plus évident que la France n’est pas capable de vivre avec son passé hérité de la Seconde Guerre mondiale. La tolérance devient une denrée de plus en plus rare et elle est maintenant une valeur à géométrie variable. Alors qu’il est absolument impossible de tenir des propos antisémites, ce qui est une bonne chose dans l’absolu, il est permis grâce à la liberté d’expression et d’association de tenir des manifestations à répétition contre le mariage entre conjoints de même sexe. L’homophobie et l’islamophobie font presque loi, tandis que l’antisémitisme semble être le péché ultime. Nous assistons à un problème de valeurs et de droits. Tous les types de discriminations et de propos haineux devraient être prohibés, pas seulement un type de propos trié sur le volet à cause d’une « bévue » historique.

Cette semaine, le parquet de Paris a ordonné la diffusion des noms des abonnés qui avaient participé à la vague antisémite sur Twitter avec les mots clics #unbonjuif et #unjuifmort en octobre dernier. À l’époque, Twitter avait suspendu les utilisateurs ayant émis des propos antisémites. Maintenant le parquet veut tenir ces personnes responsables de leurs propos et les trainer en justice. Évidemment, Twitter a refusé jusqu’à maintenant de remettre les identités de ces personnes aux autorités françaises, se disant protégé par le 1er amendement américain — portant sur la liberté d’expression et qui a une portée presque illimitée. L’intolérance à l’antisémitisme atteint son paroxysme en France, tandis qu’il est courant d’entendre dans l’espace public et de lire sur les réseaux sociaux des propos haineux envers les musulmans, les Roms ou les assistés sociaux. Ce type de propos est toléré, mais quand il est question des juifs ce n’est plus de la même filiation. Il y a littéralement une hiérarchisation des valeurs et des droits en France. Alors que tous sont censés être nés égaux en droits et en devoirs, il appert que les droits d’une certaine tranche de la population semblent plus commensurables que ceux du reste.

Alors que le parquet veut absolument amener en cour ceux ayant tenu des propos antisémites, la justice française n’a aucun problème à permettre des manifestations monstres clairement homophoniques contre le mariage entre conjoints de même sexe. Il serait étonnant de voir la justice tolérer des manifestations se voulant contre le mariage entre conjoints juifs. Ce type de manifestation serait automatiquement taxé de raciste, d’intolérable, d’attaque au sentiment républicain français. Cependant, quand ce sont les homosexuels, ce n’est pas problématique. Assez, c’est assez!

Dans les deux cas, l’intolérance sur quelque critère que ce soit ne peut pas avoir lieu et ne doit pas être tolérée. Les droits et les valeurs sont des objets qui sont par nature incommensurables. Il est grand temps qu’ils soient traités de la sorte et sur un pied d’égalité; non pas dans une hiérarchie arbitraire favorisant un groupe plutôt qu’un autre.

Il est sidérant de lire un nombre toujours grandissant de journalistes, de chroniqueurs et de penseurs qui croient que le débat qui fait rage en ce moment en France, sur l’adoption par le Parti socialiste d’une loi permettant le mariage entre conjoints de même sexe — ainsi que l’adoption d’enfants par ceux-ci — soit une chose enviable. Christian Rioux, correspondant à Paris pour Le Devoir, n’hésite pas à rappeler que c’est une bonne chose pour la société française d’avoir un débat à ce sujet, et que le Québec n’a pas eu cette chance « ce débat au Canada a d’abord été tranché par les tribunaux. Jugements devant lesquels les élus se sont, comme souvent, rapidement inclinés. Comme débat, on a vu mieux. » Il y a principalement deux aspects qu’il faut préciser pour comprendre pourquoi cette affirmation est déplacée et frustrante.

En premier lieu, pour ce qui est du Québec, il est faux de dire qu’il n’y a pas eu de débat. Le projet de loi 84 sur l’union civile entre partenaires de même sexe qui a été adopté en juin 2002, sous un gouvernement péquiste, a été précédé de deux commissions parlementaires sur une période de 6 mois où tous les intervenants, groupes de pression et individus ont pu faire venir entendre leurs doléances à ce sujet. Le projet de loi a même été adopté à l’unanimité en commission, mais également à l’Assemblée nationale. Les gens qui désiraient se faire entendre ont pu le faire, et les députés ont jugé bon de ne pas émettre de réserves en votant unanimement en faveur de ce projet de loi.

Il est vrai qu’au Canada ce fut autre chose. Après avoir voté une motion indiquant que le mariage se devait d’être entre un homme et une femme en 1999, le gouvernement libéral de Jean Chrétien s’est fait bousculé rapidement par des jugements des Cours supérieures et d’appel de l’Ontario, du Québec et de la Colombie-Britannique. En 2003, une étude en comité qui fut menée parallèlement à des consultations publiques à travers le pays en est rapidement venue à la conclusion que le gouvernement ne devrait pas faire appel à la Cour suprême du Canada sur la légalité et l’obligation des gouvernements de reconnaître ce type d’unions. Après une nouvelle motion demandant de reconsidérer le mariage comme étant uniquement entre un homme et une femme, qui fut rejetée de justesse avec de nombreux absents et de la dissension au sein du PLC (132-137), le gouvernement décida de déposer un projet de loi, mais demanda préalablement référence à la Cour suprême pour s’assurer de la constitutionnalité de celui-ci. Après une réponse positive, le projet de loi C-38 visant à inclure les conjoints de même sexe dans la définition du mariage — car malgré que ce soit les provinces qui célèbrent les mariages, c’est le fédéral au Canada qui le définit — reçu la sanction royale le 20 juillet 2005 et permit ainsi aux Canadiennes et Canadiens de même sexe de se marier n’importe où au Canada. Bref, le débat ne fut pas aussi large au Canada, mais on ne peut pas dire que le projet de loi fut adopté en vitesse et en cachette. Les acteurs ont eu largement le temps de se mobiliser et ont eu l’opportunité de faire entendre leur désaccord auprès de leurs députés respectifs, malgré qu’au final ce soit la Cour qui ait décidé de la légalité de cette question. C’est justement ce qui nous amène au second point.

En deuxième lieu, autant un débat social sur presque toutes les questions se veut une bonne chose, il y a quelques exceptions. Sur des questions d’égalités fondamentales, il n’y a aucune objection à avoir quant au fait que ce soit la Cour suprême qui tranche, et non pas des députés ou la population. Malgré que certains commentateurs dénoncent la notion de mariage comme devenant de plus en plus désuet, il appert que même si un seul couple de conjointes ou conjoints de même sexe désire s’unir de la sorte, personne n’a la légitimité de s’y opposer. La liberté d’orientation sexuelle et de ne pas être discriminé pour faire suite à celle-ci est un droit constitutionnellement protégé par la Charte. Il n’y a aucun débat à avoir sur cette question. Pourquoi devrait-il y avoir un débat sur un droit fondamental? Serait-il juste d’avoir un débat sur le droit de vote des femmes ou sur le droit d’unir des conjoints de race différente? Évidemment que non, ce serait de la discrimination éhontée. Il en est de même pour le droit d’unir des conjoints de mêmes sexes. La liberté d’orientation sexuelle est un droit aussi important que n’importe quel autre. Il est temps qu’une tranche de la population sorte de ses anciens stéréotypes hérités d’une conscience judéo-chrétienne et que les journalistes ou chroniqueurs évitent la complaisance devant ce qui n’a pas à avoir lieu.

Pour plusieurs, il était évident qu’éventuellement nous allions assister à la naissance d’une autre crise majeure au sein du monde de la finance et de l’économie mondiale. Alors que l’économie réelle (Main Street) devient de plus en plus dépendante, pour ne pas dire subjuguée à l’économie de Wall Street; en plus de l’interconnectivité croissante entre les différents États, ce n’était qu’une question de temps avant que les gouvernements de ce monde ne se voient confrontés à une série de décisions qui pourraient s’avérer difficiles à prendre. Le point qu’il est primordial de saisir dans cette situation, c’est la forme de dissonance à laquelle les gouvernements sont sujets. Il est important de faire le lien entre les faits économiques présents dans la réalité — à savoir l’échec de la mise en œuvre des politiques de rigueur budgétaire — et les actions que les gouvernements continuent à entreprendre.

Le déroulement de la crise

toBigToJailDès l’éclatement de la crise, les gouvernements tentèrent de la juguler en veillant au plus pressant. La crise débuta par une perte de confiance en un certain type d’actions (PCAA) issues de la titrisation. Les banques ont créé un nouveau produit financier qui était adossé à des créances hypothécaires d’une qualité douteuse, mais aussi à d’autres produits de confiance. Ces produits mis ensemble ont reçu une note de confiance AAA de la part des agences de notation de crédit, synonyme d’une confiance illimitée, mais avaient aussi un taux de rendement très élevé à court terme. Ces deux éléments ont eu pour conséquence qu’un certain nombre de banques, mais aussi d’autres acteurs économiques, en ont achetée une très grande quantité. À la suite de la faillite de Lehman Brothers, la confiance en ces produits a du jour au lendemain dégringolé à presque zéro. Cette perte de confiance a eu comme effet de faire perdre la confiance également entre les différentes banques. Chacune ne sachant pas à quel point sa compétitrice était exposée à ce type de titre, elles refusèrent de se prêter de l’argent entre elles. C’est à ce moment que les gouvernements se sont vus dans l’obligation d’intervenir afin de garantir les liquidités des banques qui étaient considérées comme étant Too big to fail, ce faisant empêchant une course aux banques massives qui auraient occasionné des faillites successives des banques qui n’étaient pas suffisamment capitalisées.

Donc, première étape lors de la crise : s’assurer que les banques ne font pas faillites, entrainant avec elles l’économie dans son entièreté. Il y eut un consensus à cette étape. C’est la deuxième étape de la crise, alors que la majorité des économies étaient en récession, qui a développé une problématique plus complexe. C’est à ce moment que les gouvernements et les oppositions, ainsi que les économistes, se sont disputés à savoir qu’elle serait la meilleure solution permettant une sortie de crise la plus rapide. Deux visions se sont affrontées. La première, keynésienne, qui implique un investissement massif dans l’économie de la part du gouvernement. Cette vision agit principalement sur l’aspect demande agrégée du marché. Les particuliers et les entreprises ayant plus d’argent à leur disposition vont dépenser plus et ces dépenses vont stimuler l’offre, ce qui devrait relancer une économie. La seconde vision est celle monétariste et elle implique d’abaisser les impôts et de garantir un climat de confiance des marchés et des entreprises envers l’économie. Cette confiance s’établit habituellement par la crédibilité que le gouvernement a dans sa capacité à gérer sa dette. Cette vision, contrairement à la précédente, met plutôt l’emphase sur la stimulation directe de l’offre. Si les entreprises ont suffisamment confiance, elles vont produire plus, créant des emplois, ce qui devrait mener à une relance de l’économie.

Comme il est maintenant connu, c’est principalement la seconde option qui a été retenue pour la gestion de la crise. C’est d’ailleurs cette option qui a été retenue par les États ayant une économie plus importante en Europe : soit l’Allemagne, l’Angleterre et la France. Ce faisant, c’est aussi le chemin que la Banque centrale européenne (BCE) a décidé d’emprunter. Sa gestion des taux d’intérêt reflète une vision principalement monétariste. La banque centrale et les gouvernements ont donc décidé de mettre en place ce type de remède à la crise. Ce remède, qui a commencé à être mis en application dès le déclenchement de la crise, aurait dû juguler la crise, ou bien relancer l’économie. Cependant, l’Union européenne (UE) n’est toujours pas sortie de son marasme économique, et ne semble pas près de s’en sortir. De plus, plusieurs pays sont encore sur le pied de la porte de l’UE, incapable de tenir le rythme qui leur est imposé. Nous en arrivons donc à une d’impasse : les instruments choisis pour enrayer la récession n’ont pas eu les effets escomptés. Devant ce fait, la BCE et le gouvernement allemand continuent à vouloir administrer le même remède au malade, espérant que cette fois-ci la surdose permettra cette guérison tant espérée.

Analyse de la crise

Le rejet de la réalité empirique par les gouvernements n’est que le premier symptôme d’un système néolibéral qui se met en place. C’est la confirmation que le système de marché est maintenant la panacée, que son système de véridiction a acquis le statut nécessaire pour imposer tout type de vision. Il n’est plus important que les transactions effectuées sur le marché soient représentatives d’une réalité, qu’elles correspondent à une similiéconomie réelle. Le marché comme appareil de véridiction n’émet plus seulement un prix sous le principe de la gestion de l’offre et de la demande, il construit une réalité qui est, grâce à sa provenance, vraie intrinsèquement et même indiscutable. Le marché comme instrument autoréférentiel par excellence. La création de ces vérisimilitudes sont maintenant la base de la vérité, et non plus la vérité concrète ou empirique. Un fait n’est plus vrai par sa capacité à se montrer comme tel, mais plutôt parce qu’il est universellement reconnu comme étant vrai. C’est ce principe qui est la racine même de la dissonance gouvernementale énoncée plus haut. Il n’est pas important que les remèdes imposés aux différents États européens soient les bons. Ce qui est primordial, c’est que presque tous les économistes s’entendent pour dire que c’est LA solution à privilégier.

C’est bel et bien ce qui est arrivé avec la tentative de mettre en place un programme de sortie de crise. Donc, malgré le fait que la solution qui était mise de l’avant par l’intelligentsia économique mondiale avait clairement démontré ses limites à de nombreuses reprises par le passée, ce fut tout de même la solution qui fut mise en application dès 2009. L’histoire et les faits empiriques qui se répétaient n’étaient pas des indicateurs suffisants. Le marché avait parlé. La véridiction transcendante du marché s’établissait comme un leitmotiv, pour une mise en place de politique qui malgré le fait qu’elles n’aient pas réussi le test de la réalité, allait tout de même être appliquée de nouveau. Cette fois-ci, le marché allait aller encore plus loin qu’aucune fois auparavant dans son intrusion du monde du politique.

Pour donner suite à l’évaluation de la gouvernance par les mécanismes de marché qui sont une des caractéristiques du néolibéralisme, comme quoi un bon gouvernement sera synonyme d’une économie qui se porte bien, les chefs d’État des pays étant les plus en mauvaise posture se sont vus expulser de leur poste. Ce fait n’est pas du tout anodin. Les chefs d’État de la Grèce et de l’Italie se sont fait remercier de leur poste pour incompétence économique, et se sont vus remplacer par des membres issus de la gestion du marché. Silvio Berlusconi s’est vu forcé de démissionner, pour être remplacé par Mario Monti ancien commissaire de l’Union européenne pour le marché intérieur, les services financiers et l’intégration financière; mais il était aussi avant la crise le conseiller principal pour l’Europe pour la firme Goldman Sachs. Tandis que du côté de la Grèce, George Papandreou s’est fait imposer le même sort pour être remplacé par Lucas Papademos. Celui-ci fut le vice-président de la BCE de 2002 à 2010, mais aussi Président de la Banque centrale grecque lors de l’entrée de celle-ci dans la zone de l’Euro.

314px-Trilateral_Commission_Logo.svgC’est ici qu’il devient possible de boucler la boucle. D’un côté, nous avons la Grèce qui est vue comme le cancre de la zone euro, mené par celui qui était au contrôle de la politique macroéconomique lors de son entrée dans la zone commune. De l’autre, le président de l’Italie et ancien commissaire aux marchés financiers qui servaient de conseiller financier à la firme qui a servi à maquiller les chiffres et la dette grecque pour lui permettre d’entrer dans la zone euro, malgré son incapacité évidente à respecter les termes du contrat. C’est un exemple patent de la domination du marché, non pas seulement sur le politique, mais aussi sur le gouvernement : sur sa gouvernementalité. Le marché, encore une fois, devient autoréférentiel et dénominateur du régime de vérité à mettre en place, mais va encore plus loin en prenant en charge lui-même la gouvernance des États.

Le marché devient alors réellement et concrètement plus qu’une référence, non plus comme instrument d’analyse et d’évaluation de la gouvernance, mais devient même le lieu de ladite gouvernance. C’est maintenant en son sein que les décisions politiques se prennent. C’est la logique de marché poussée à son extrême limite. L’État de droit démocratique, et toutes les considérations qui lui sont habituellement rattachées n’ont plus aucune importance. Malgré le fait que des premiers ministres aient été élus par la volonté populaire de leur pays respectif, cela n’a pas d’importance. C’est le marché qui s’établit comme instrument de vérité, et c’est à lui de dicter qui sera la meilleure personne pour diriger un État afin d’y voir évoluer une économie de marché en libre concurrence, mais qui verra ses décisions futures prises par les mécanismes que le marché s’impose et impose. Par la parole et les actions de l’Allemagne et de la BCE, le marché établit encore et toujours plus son influence au travers les différentes sphères de la politique. Le prix à payer : une démocratie populaire en moins.

La théorie du marché et de l’argent

0 RDepuis Keynes, une grande partie des économistes font preuve d’une forme avancée de schizophrénie. Les économistes comprennent maintenant que les modèles d’acteurs rationnels ne sont que des postulats qui se vérifient très rarement dans la réalité. Il en va de même pour la notion de prix, la définition effective du prix par le point d’équilibre entre l’offre et la demande n’est qu’une illusion. C’est une généralisation abusive qui est sujette à un nombre beaucoup trop complexe de variables, mais aussi d’irrationalité. Prenant acte de ce fait, les économistes ne font pas ce que la science recommanderait — alors que l’économie aime bien s’autodéfinir comme la science du domaine de recherche social. Lorsqu’un modèle ne correspond pas à la réalité, on rejette le modèle et on en conçoit un autre. Ce qu’ils vont faire, à la manière des schizophrènes, ils vont vivre dans une bulle complètement coupés du monde. Au lieu de travailler sur de nouveaux modèles, ils vont tenter de moduler la réalité autour des modèles qu’ils savent imparfaits. On impose alors une vérité créée de toutes pièces par des acteurs du marché et on tente d’y faire plier la réalité.

Depuis le milieu des années 1970, à l’époque de la fin de l’étalon or et lors du premier choc pétrolier, les gouvernements d’un peu partout dans le monde, sous l’impulsion des économistes monétaristes, ont enterré les politiques keynésiennes. À peine 30 ans après leur mise en place, trente années qui ont tout de même vu l’émergence de la plus grande classe moyenne aux États-Unis, mais aussi en Europe, ainsi que l’époque de la consommation de masse; le glas a sonné dès la première crise. Dès ce moment, il fut possible d’assister à un retournement de situation complet. Ce fut un retour aux politiques de gestion qui ont précédé la Récession de 1929 (Galbraith 1993). Malgré que ces politiques ont prouvé leur échec au début du siècle, jumelé avec la nouvelle interdépendance des États et la mondialisation mur à mur, ces politiques ont été ramenés comme sauveuse de l’économie mondiale. Après un retour éventuel retour à la normale, qui doit plus à la création d’une bulle spéculative et à une atteinte directe au pouvoir d’achat des familles de la classe moyenne, le monde a été frappé par des ralentissements plus ou moins sévères à tous les dix ans en moyenne (1980, 1993, 2001, 2008). Qu’est-ce qui ne fonctionne pas alors? Peu importe la direction qui est imposée aux États pour soutenir un marché qui prend toujours plus de place, la stabilité n’est jamais au rendez-vous. La croissance en est même absente pour la plus large partie de la population. Galbraith notait déjà ce fait dans The Culture of Contentment, où les mesures de redressement économique ont fait augmenter le taux de pauvreté de 28 % en dix ans aux États-Unis (Galbraith 1992). Serait-ce que le marché autoréférentiel n’est pas la solution que certains acteurs de la société semblent porter? Avant d’en arriver à cette conclusion, il sera intéressant de se pencher sur la nouvelle signification que semble prendre la notion même d’argent.

240px-Offre-demande-equilibre.svgDans la théorie classique économique, le prix est vu comme le point d’équilibre entre l’agrégation de l’offre et de la demande globale pour un dit produit. Il est cependant important de distinguer deux formes de prix : la valeur d’usage et la valeur d’échange. La différence est un peu plus simple et a été formulée par Aristote avant d’être reprise par Adam Smith. Prenons l’eau et les diamants par exemple. L’eau a une valeur d’échange assez faible — son prix est assez bas en rapport aux autres commodités en occident – mais sa valeur d’usage est très forte — l’eau comme étant essentiel à la vie. Tandis que pour le diamant, c’est exactement l’opposé. Il ne sert à pratiquement rien pour l’homme, mais il a une valeur d’échange énorme (Smith 2003, 35). Bref, voilà deux définitions possibles à donner à des biens. Le prix, où les principes de marché servent encore d’indicateur et de référence par excellence.

L’argent, lui, sert habituellement de principale ressource d’échange. Son utilisation découle d’un principe d’efficacité qui est intrinsèquement lié à la notion même du prix. Sans une monnaie d’échange, il ne sert à rien de fixer un « prix ». Originellement, ce fut l’or ou bien certaines formes de matières précieuses qui ont servi à monnayer les biens et à en faciliter l’échange. Il était possible de le tâter, mais cela avait son lot de risque. Voyager d’une ville à l’autre avec son chargement en or, c’est risqué pour la perte ou le vol. C’est pour régler cette problématique qu’apparurent les premières banques ou comptoir de change. Cette nouvelle institution aura un impact majeur sur la relation que les gens vont développer avec l’argent. Rapidement, les notes de changes (chèques) vont prendre une place de plus en plus importante, et ce, jusqu’à l’avènement de l’argent papier. Celui-ci va réellement traduire et produire la dématérialisation complète de l’argent. Cette forme de dématérialisation n’est pas nouvelle. Depuis longtemps, la monnaie papier a été transigée et a souvent été garantie par les autorités centrales, c’est l’institutionnalisation de la bourse et du crédit à la consommation qui vont avoir un effet plus important, en ce qui a trait à la dématérialisation du contact humain-argent.

Depuis la fin des trente glorieuses, mais aussi depuis la fin de l’étalon or en 1971, l’argent ne sera plus simplement un outil utilitaire servant à produire de l’échange, il deviendra une fin en soi. Il y eut une inversion du principe monétaire. Ce n’est plus une monnaie qui sert à « remplacer » l’or et à garantir son échange, mais c’est maintenant devenu un objet permettant de créer de la valeur, de la richesse, de l’or. C’est l’aboutissement de la logique de marché. Alors que les banques utilisent le Reserve Fractionnal Banking à outrance, il n’y a plus de limites à la progression de cette logique dans toutes les sphères de la société. Elle se limite plus au simple fonctionnement dudit marché, elle ne se limite non plus au contrôle gouvernemental : elle pénètre directement l’individu dans sa quête existentielle. La notion d’individu comme acteur ou en rapport avec le marché devient obsolète. Il devient modelé et guidé par le marché lui-même. Alors qu’il devient alors de plus en plus difficile de cerner si cette dématérialisation de la monnaie est une cause de l’étendue du marché, ou bien une conséquence; l’individu perd son libre arbitre. Bref, il devient mené par ses intérêts, et se voit également forcé de devenir son propre entrepreneur pour en arriver à la simple survie. Le gouvernement n’a plus à lui imposer ses politiques par des lois, des restrictions ou des punitions. Le marché, par son incitatif à la création de richesse, le fera d’une manière plus ou moins inconsciente dans l’individu.

Conclusion

Le monde a changé depuis que Foucault a donné son cours sur  La naissance de la biopolitique. Le marché n’a plus la mission d’antan de fixer un prix juste pour une dite marchandise, mais il agit à titre d’instrument thérapeutique. Il ne se veut plus comme élément qui va permettre de réglementer le système et d’éviter les crises, ironiquement c’est un retour au précontrat social : c’est la crise permanente et le chaos non réglementé. La structure n’est toujours pas hiérarchisée, elle repose plutôt sur des microcosmes de pouvoir où chaque individu se doit de devenir son propre instrument de création; tout cela avec en toile de fond un marché toujours plus tentaculaire. Il y a un lieu faste pour une étude plus approfondie de ces phénomènes qui pourront déboucher à une nouvelle compréhension sociale, et à la poursuite de la généalogie historique.

« Les sciences humaines d’aujourd’hui sont plus que du domaine du savoir : déjà des pratiques, déjà des institutions.  »

« L’homme est une invention dont l’archéologie de notre pensée montre aisément la date récente. Et peut-être la fin prochaine.  »

Michel Foucault, Les mots et les choses

Comme de la honte tu as été entamée.

À Ottawa mené par plus d’un arriéré,

Corruption là où le fleuve se rétrécit,

Ce n’était que le commencement du récit!

 

Solidarité. Ensemble les pieds par devant.

Jour après jour, accumulation de clameurs,

Nuit après nuit de frustration, de faux-fuyants;

La neige et le froid. Le soir et la noirceur…

 

Chaussures éculés, casseroles enfoncées,

D’esprit enflammé, d’une volonté pérenne

Fomenteur inspiré, trublion sans une cenne

Plus de cinquante, ils se verront enfermés.

 

Le temps vitement passé: juin, juillet et août

Après les enseignes, après les portes : dans la boîte.

Les angliches sortent de leur léthargie floue?

Diffusée direct, le monde resta « pantoite ».

 

Ensuivant les cent jours ou la fin d’un cycle,

Le bilan ne reste pas sans l’ombre d’une critique.

Au sud et à l’est c’est le bout de la falaise,

N’attendons pas que le ciel d’ici ne s’affaisse.

Nouvelle image  grand formatAvec l’approche du sommet sur l’éducation, le mouvement étudiant continue à faire ce qu’il fait de mieux : se déchirer. D’un côté, la FECQ et la FEUQ se préparent à donner toute la crédibilité possible au gouvernement, peut-être même trop. De l’autre côté, l’ASSÉ reste exceptionnellement sceptique de tout ce processus, probablement trop aussi. Alors que nous vivons dans un monde où le « juste-milieu » et où la modération est érigée en vertu universelle et comme un idéal à atteindre : il est temps de remettre les pendules à l’heure. Il est vrai que dans une société, afin de pouvoir tous vivre ensemble il nous faut faire des compromis. En se tenant à l’axe de discussion droite/gauche, il est cependant possible de constater un déplacement continu de la droite traditionnelle vers des positions qui sont de plus en plus à droite. Tandis, que la gauche modérée n’a presque pas changé de position dans l’absolu. On pourrait rapidement dire qu’au final cela ne change rien, mais ce n’est pas du tout le cas. Ce déplacement de plus en plus prononcé vers la droite a pour effet de forcer le point de consensus, lui aussi, de plus en plus vers la droite. Ce point m’amène dont vers mon propos principal, que l’ASSÉ, le mouvement Occupy et les gens ayant une orientation plus progressiste ont des leçons à apprendre du Tea Party.

asselogoLes mouvements radicaux, de droite comme de gauche, ont pour objectif de vouloir remodeler la société en fonction de leurs convictions profondes. La plupart d’entre eux ont perdu confiance dans la capacité du système politique à faire le travail pour lequel est là, souvent pour des raisons différentes. Il va de soi que la révolution peut sembler noble et qu’elle est primordiale pour corriger les injustices profondes qui existent dans le système actuel. Cependant, à moins d’être capable de mobiliser immédiatement le nombre de gens nécessaires, il est primordial d’envahir les urnes.

0330-tea-partyers_full_600C’est bel et bien ce principe que le Tea Party américain a mis en application. Depuis longtemps, ils avaient un certain lot de revendications, mais manifester vêtu d’un tricorne avec des poches de thé au bout, ça fait son temps. Après avoir pris le contrôle d’un nombre limité de circonscriptions, ils ont réussi à mobiliser une foule suffisante pour être capable de faire élire une frange suffisamment radicale au sein du parti républicain. Après avoir réussi cet exploit, ils ont accompli leur objectif, celui de tirer le parti républicain encore plus à droite. C’est exactement ce qu’il manque au parti démocrate. Je ne suis pas le seul à avancer cette idée, depuis longtemps Bill Maher le fait déjà (http://www.youtube.com/watch?v=M84Jk9-3O-I), et l’argument est assez simple et direct. Ça prend une gang de looney tunes pour tirer le parti démocrate vers la gauche (le tea party veut un gel des impôts sur les riches, les looney tunes devraient demander de taxer les riches à 100 %; de cette façon, Obama pourra dire qu’il ne peut pas plier dans les négociations à cause de cette bande de crazy motherfuckers). L’idée n’est pas folle, il n’y a pas de raison pour laquelle la gauche devrait se laisser intimider par la droite radicale sans répondre avec sa propre et juste radicalité.

Pour en revenir au Québec, malgré que notre système politique soit différent, ne permettant pas un bipartisme aussi clair et favorisant trop souvent le vote stratégique, il y a tout de même des pas à faire dans cette direction. L’existence de partis radicaux dans le débat public n’est pas un fait nuisible. Tout comme aux États-Unis, le débat se tient de plus en plus en des termes chers à la droite. La désinformation qui émane des médias complaisants à la cause et à la défense des intérêts des plus riches est une véritable plaie pour notre démocratie. L’axe droite/gauche se déplace de plus en plus vers la droite. Il faut bloquer ce mouvement. Il faut réorienter le débat public sur des termes plus progressistes, et au plus vite.

Les moyens de pression sont le bienvenu pour tenter de renverser la vapeur, mais ce n’est pas suffisant. Il faut investir tous les champs de bataille possible. Laisser la voie libre aux partis de droite ou de centre droit, c’est la pire erreur qu’il est possible de faire. Tous ceux qui ont la moindre conviction socialiste, démocrate, gauchiste, communiste, peu importe, doivent investir la sphère politique et participer aux institutions. Cette participation n’est pas exclusive et l’utilisation d’autres moyens de pression qui peuvent être jugés comme pertinent, ou même essentiel. Il y a plusieurs voies pour atteindre la victoire.

internet-catIl n’y rien de moins attendrissant que des photos de chats sur les Internets, particulièrement pour évacuer une partie du stress engendrée par nos vies hyperactives. Ces jolies petites créatures mettent un peu de joie dans nos journées. Il va sans dire que toute forme de cruauté envers ces petits êtres sans défense est une chose d’une grande tristesse. Il en va de même avec les reportages qui nous montrent les conditions de vie d’une grande partie des animaux qui atterriront éventuellement dans nos assiettes. Souvent, ces bêtes vivent dans des endroits excessivement peu hygiéniques; vivent, dorment et mangent dans un espace plus réduit qu’une cellule d’un prisonnier à Tijuana. Ces faits sont abjects et méritent d’être dénoncés par tous. Il y a cependant une double problématique qui me titille lorsque je vois des gens — remplis de bonne foi — m’aborder à la sortie du métro pour me faire signer des pétitions contre les usines à chiots ou bien contre les conditions de vie — pour ne pas dire de détention — des animaux servant à nous nourrir. Je vais aborder rapidement ces deux problématiques une à la suite de l’autre : la stratégie utilisée n’est pas la bonne et il est nécessaire de remettre en perspective la noblesse de cette lutte.

Un changement d’approche s’impose

En premier lieu, les groupes de protection des animaux sont relativement bien structurés et ne semblent pas peiner à trouver des nouveaux membres pour porter leurs revendications. La cause est noble, qui pourrait réellement être pour la maltraitance des animaux? Cependant, il s’avère que leur méthode pour tenter de stopper la propagation des usines à chiots et des mauvais traitements dans l’industrie agroalimentaire — uniquement le fait de nommer cela une industrie devrait nous mettre la puce à l’oreille sur les orientations et les motivations derrière l’exploitation de ces bêtes et de l’importance relative qui sera donnée au profit ou à la condition de vie — ne sont pas les bonnes. Leurs méthodes actuelles consistent principalement à dénoncer les producteurs, à produire d’interminables pétitions pour réglementer l’industrie, ou bien pour interdire la production à la chaîne de chiots. Ces méthodes s’orientent principalement sur ce qu’il serait opportun d’appeler une gestion de l’offre. Ces tentatives ont pour objectif principal de punir ou d’encadrer ceux qui directement négligent les conditions de vie des animaux. Il semble toutefois que ces méthodes qui sont utilisées depuis plusieurs décennies n’aient pas encore eu tout le succès que l’on aurait espéré.

Il semble donc qu’une approche différente serait de mise, cette approche ne doit plus se concentrer sur la gestion de la production, mais plutôt sur la gestion de la demande. Les gens qui achètent de ces usines à chiots sont rien de moins que des complices consentants. Ceux qui sont à la source de ces mauvais traitements sont grandement dans l’erreur, sinon le crime, mais la façon la plus efficace de contrer ceux-ci serait de s’assurer que la demande pour les animaux issus de ce type de production soit réduite à un point si bas, qu’il ne serait plus profitable pour ceux qui abusent du système de continuer à le faire. Le principe est un peu plus simple : si personne n’achète de chiots issus d’une usine à chiots, le producteur serait mal placé de continuer sa production ad vitam æternam. Il faudrait donc recentrer la stratégie sur des mesures qui visent cette fin, plutôt que celle en place actuellement.

usinechiot11Par exemple, ce genre de stratégie peut sembler plus difficile à mettre en place que la signature de pétitions, car elle implique une rééducation d’une partie importante de la population. Il faut faire passer l’information auprès de ces gens, il faut les engager sur une action plus importante que la simple signature d’une pétition sur le coin d’une rue à l’heure de pointe. Prendre conscience de la cruauté qui est infligée aux animaux n’est que la première étape. Il y a plus à faire ensuite, il faut présenter des alternatives crédibles : au lieu d’acheter son nouvel animal à l’animalerie du coin de la rue, aller directement chez l’éleveur peut s’avérer un choix intéressant, mais surtout l’adoption. Les cages de la SPCA et du Berger blanc débordent d’animaux qui ont été abandonnés.

Alors que le crime paie et il continuera de le faire, même en imposant des peines toujours plus sévères sur les propriétaires de ces usines à chiot, c’est vers les acheteurs de ces animaux qu’il faudrait donner du bâton. Il est choquant de voir le nombre de chiens et de chats qui se font abandonner lors de la période du déménagement ou quelques mois après les fêtes. Dans les deux cas, ce sont souvent des changements majeurs, ou pas, qui se produisent dans la vie des ménages et qui font qu’ils ne peuvent plus ou ne veulent plus garder la charge de leurs animaux de compagnie. Il faut être clair, il ne faut pas imposer des animaux à une famille qui n’en veut plus, mais ils doivent en assumer le coût advenant le cas. Ça ne peut pas être la société qui s’en charge, souvent bien mal. Un registre ou un permis pour animal s’impose, et en cas de décision de s’en débarrasser, un coût y serait rattaché. Ce fait serait un incitatif à considérer sérieusement l’achat d’un animal, non pas comme un bien de consommation comme un autre, mais comme une décision engageante. Les fonds accumulés de la sorte pourraient être utilisés à dédommager les gens acquérant un animal dans un refuge, ou bien servir à castrer les animaux errants, s’assurant ainsi que leur population n’augmente pas. Bref, ce n’était qu’un exemple pour les usines à animaux de compagnie, mais il y a un processus semblable et une éducation de la population qui s’imposent auprès de la population en ce qui concerne la provenance de nos steaks et de nos poitrines de poulet. Il y a encore beaucoup de travail à faire, mais il y a manifestement un changement de stratégie qui s’impose qui ne pourrait pas  nuire à la cause.

Vers une hiérarchisation de la vie?

Est-ce que la vie d’un animal est plus, ou moins, importante que celle d’un être humain? Hors de moi l’intention de vouloir créer une telle hiérarchisation. Je ne tiens pas à dénigrer les gens qui se sentent interpellés par cette cause et qui y travaillent pour faire leur petit bout de chemin afin que nous vivions tous dans un monde meilleur. Ce qui me le plus malséant, c’est l’indignation sélective dans une partie importante de la population. Il faut se rappeler l’indignation généralisée lorsqu’il y avait eu un reportage il y a un an ou deux sur le traitement réservé aux animaux se faisant euthanasier au Berger blanc. Le reportage et le traitement qui était infligé aux animaux était révulsant. C’est la réaction qui s’en est ensuivie qui me surprit le plus. Les gens sont rapidement montés aux barricades pour dénoncer ces atrocités, les gens étaient prêts à se mobiliser à aller faire la vie dure à ceux qui osaient lever la main sur un animal sans défense. Des citoyens prisonniers du sensationnalisme de notre société de spectacle se sont enfin sentis interpelés par une injustice flagrante. Il faut le féliciter.

imageCe n’est pas la réaction qui est mal en tant que tel : c’est le manque de réaction lorsque les gens croisent un itinérant dans la rue. La tolérance envers la pauvreté ici, mais aussi ailleurs, est stupéfiante. Une quantité non marginale de personnes snobent ces gens rejetés par notre société paradoxale individualiste, conformiste et surconsommatrice. Le sous-produit de notre société néolibérale en quête de toujours plus de profits, mais aussi de précarité. Les arguments de la « sans-défense » animale, du non-contrôle de leur destiné entre nos mains, sont souvent utilisées par les tenants d’une approche à la Peter Singer. Il en va de même pour une très grande majorité de gens qui vivent dans la rue. Des études ont souvent démontré que plus de 40 % de ceux-ci souffrent de maladies mentales sévères non traitées, que ce soit par manque de ressource ou bien d’un entourage prêt à les aider.

Alors qu’une grande partie de la population vivant dans la rue est atteinte de maladies mentales, un autre mal ronge cette population à risque : la dépendance à la drogue ou à l’alcool. Est-ce que les gens frappés par une telle dépendance sont réellement libres de leur choix. Doit-on les condamner à une vie de misère suite à un nombre de décisions plus ou moins heureuses? Heureusement pour ces gens, un récent jugement de la Cour suprême du Canada dans le cas des cliniques d’injections supervisées Insite a, outre l’obligation donnée au gouvernement conservateur de les maintenir ouvertes, eu comme effet de reconnaître légalement la dépendance à des drogues dures comme relevant d’une maladie physiologique ou psychologique, et non pas comme un choix purement personnel ou rationnel. Ce jugement est majeur, il établit enfin que ces gens sont éligibles à recevoir de l’aide sur la base de leurs droits fondamentaux à la vie et à la jouissance de celle-ci.

Cette décision est un trou à nul autre second dans l’argumentation de la droite qui croit que fondamentalement nous prenons tous des décisions et que notre position sociale est directement reliée à l’effort que nous allons mettre dans celles-ci. Qu’au final, la variable environnementale n’est pas du tout importante. Outre ce tissu de déchets idéologiques et mensongers, il est maintenant possible de remettre en perspective la capacité de ces gens à prendre des décisions éclairées, ou même à questionner leur capacité à réussir dans la vie. Ces gens dans le besoin ne sont pas plus habiletés à se défendre de notre société consommatrice de capitaux, que des animaux sans droits. Il ne faut pas se le nier, dès qu’une personne vit dans la rue, sans qu’il y ait légalement une seconde classe de citoyens, la société les traite comme si c’était le cas.

Conclusion

Il faut mettre fin à cette hiérarchisation de la population, briser les mythes entourant l’itinérance et du libre-arbitre humain, ici comme ailleurs. Il faut donner un peu de dignité à ces gens. Ignorer le problème, tout comme celui du mauvais traitement des animaux, n’est pas la solution. Il faut continuer à lutter pour le bien commun, mais il faut aussi s’ouvrir les yeux sur les maux qui nous entourent, et ne pas seulement attendre qu’un reportage-choc fasse son apparition à la télévision. Bien sur, être conscient et informé demande un effort. Changer ses habitudes de vie demande un effort, certains devront en faire un plus grand que d’autre, mais c’est la seule façon de changer durablement les choses. Signer une feuille de papier, ou mettre un crochet sur un bulletin de vote n’est pas toujours suffisant. Au besoin, il faut recourir à d’autres moyens. Que ce soit pour vos animaux, ou bien pour votre voisin qui dort sous la porte de l’entrée du métro. Continuer à s’indigner contre le mauvais traitement envers les animaux, mais pas seulement celui-ci.