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Politique

Le Parti Conservateur veut maintenant mettre son nez dans l’Histoire nationale canadienne. Outre le fait que le gouvernement fédéral n’a aucune compétence constitutionnelle dans ce domaine, c’est aussi la concrétisation par un comité d’une volonté rampante conservatrice de redéfinir le Canada par tous les moyens possibles. Exit la Charte, l’héritage libéral sur la scène internationale; il faut remplacer tout cela par du bleu.  Il ne suffit qu’à penser à l’utilisation dudit bleu plutôt que du rouge, traditionnellement associé au PLC, sur les sites internet gouvernementaux pour des raisons « d’efficacité » selon Joe Oliver, et non pas pour des raisons partisanes.

Ce n’est évidemment pas la première tentative du gouvernement Harper de réorienter le Canada vers ses propres fins. Il est pertinent de se rappeler du feu Musée des civilisations du Canada qui a été renommé dans la foulée des célébrations du 150e anniversaire de la Confédération (sic) canadienne. Il portera maintenant le nom de Musée canadien de l’histoire. James Moore, ministre du Patrimoine et des Langues officielles, en faisait l’annonce au mois d’octobre 2012. L’idée semble anodine de prime abord, mais il faut voir cet évènement comme s’inscrivant dans une lignée beaucoup plus large de manipulation et de construction d’un discours de vérité et de l’institutionnalisation de la subjugation des sciences à la volonté politique d’un gouvernement qui n’hésite pas à mêler idéologie et « objectivité scientifique » quand cela lui chante. Alors que Michel Foucault disait déjà dans Les mots et les choses que : « Les sciences humaines d’aujourd’hui sont plus que du domaine du savoir : déjà des pratiques, déjà des institutions. », l’utilisation de l’histoire afin de parfaire un discours politique n’a rien d’étonnant. Tous les moyens seraient-ils bons pour arriver à faire croire à la population que le Canada a toujours été un pays comme les Conservateurs sont en train de le définir, plutôt que l’usurpation libérale des 50 dernières années?

Après de nombreuses frasques impliquant la mise à l’abandon de toute information « scientifique » (que ce soit la destruction de la collection des données pour le recensement long, de la médisance et de l’écartement des groupes écologistes des évaluations environnementales nationales — comme concrétisé dans le projet C-38 du printemps 2012 — le rouleau compresseur accélère son mouvement), le gouvernement s’attaque maintenant à la portée de l’histoire. La volonté de s’ingérer dans l’Histoire nationale canadienne, tout comme le changement de nom du musée des civilisations, cachent un travail de sape qui passe presque inaperçu dans la population. Malgré le jugement de la Cour suprême du Canada de 1998, le débat n’est pas clos tant qu’à savoir qui a fondé le Canada. Est-ce l’union de deux peuples fondateurs (ou même trois), l’un francophone et l’autre anglophone? Ou est-ce l’union de quatre colonies? Étant donné que la Cour considère que ce fut l’union de la volonté de quatre colonies, cela a comme effet de priver le Québec d’un véto constitutionnel sur toutes les décisions qui sont prises dans la fédération. Sa voix se perd alors dans le brouhaha du reste du Canada.

Changer le nom du musée cimente cette décision dans le discours gouvernemental officiel. L’histoire du Canada ne devrait plus passer par l’étude de l’histoire d’un certain nombre de civilisations — francophones, anglophones et amérindiennes —, mais seulement de celle du Canada. Il est donc présenté comme un peuple uni, n’ayant pas de différences communautaires ou culturelles. Les particularités des peuples québécois et amérindiens se perdent alors dans un tout assimilable : guerrier, conservateur, monarchiste, etc. Le gouvernement fait ainsi tout son possible pour niveler les différences et les faire disparaître de notre mémoire collective. On assiste à la construction en temps réel d’un nouveau discours explicatif de ce qu’est la nation canadienne, qu’il veut maintenant enseigner aux générations futures. C’est socialiser les jeunes le plus tôt possible dans un monde simplifié, sous le couvert de l’objectivité de la science.

On se rappellera l’insistance qui a été mise à la promotion de la « glorieuse guerre » de 1812. C’était d’un ridicule grotesque. Ce moment fondateur devrait remplacer celui de la guerre de Sept ans et de la bataille des plaines d’Abraham à Québec? C’est une excellente tentative de vouloir noyer le poisson québécois dans le reste de la « fraternité canadienne ». Le retour d’une volonté monarchisante et d’un lien particulier avec une dictatrice de droit divin et de naissance refait son apparition dans les politiques gouvernementales et découle d’une même pensée anachronique.

Cet écran de fumée n’est rien d’autre que ce qu’il est : de la fumée. Il est intenable d’accepter, encore une fois, que le gouvernement Harper fasse tout en son pouvoir pour écraser le poids de la science, sinon pour la déformer et la mettre à son service. Il est impératif d’avoir des instruments objectifs qui nous permettent de mieux comprendre le monde qui nous entoure. Cela vaut autant pour la science climatique que pour l’interprétation de l’histoire. Ces instruments doivent rester à l’abri des manigances politiques et d’intérêts idéologiques.

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thatcher-12La dame de fer s’est éteinte le lundi 8 avril 2013. Comme il est coutume lors du décès d’une personnalité politique, des individus des deux côtés de l’axe politique se sont pliés aux traditionnels hommages. Toutefois, certains groupes se sont abstenus de vanter l’héritage de Margaret Thatcher, tandis que d’autres ont tout simplement applaudi sa disparition. Ensuivant le décès d’une personne aussi polarisante, ce fait n’est pas surprenant. Par contre, ce qui est étonnant, c’est de voir des féministes se lever contre ceux qui ne pleurent pas la disparition de la première et seule première ministre de la Grande-Bretagne. Il faut comprendre que l’atteinte du poste suprême politique par une femme n’est pas automatiquement synonyme d’un avancement des droits de celles-ci. Il y a deux éléments qui soutiennent cet état de fait : l’abolition de la notion de société au profit de celle de la famille et la destruction des acquis sociaux.

La famille comme noyau

Au-delà de sa gouvernance d’une main de fer du gouvernement anglais durant les années 1980, on se souviendra de Thatcher pour sa célèbre affirmation : « There is no such thing as society ». La portée de cette phrase n’est pas à confondre. Madame Thatcher n’était pas contre la société en tant que telle, mais plutôt contre la structure que celle-ci prenait. À la suite de la révolution hédoniste des années 1960, Thatcher souhaitait un retour à un ordre social et à des obligations sociales qui sont assez congruents avec la notion conservatrice de la tradition. Thatcher espérait un renforcement des liens qui unissent les gens proches entre eux, nommément ceux de la famille. Elle était opposée à l’idée que l’individu était une construction de la société dans laquelle il grandissait. Elle donnait crédit à la notion organique de la société où chaque famille est une des constituantes de cette société. Si les individus pouvaient adopter une conduite plus responsable en dépendant moins de l’État, la société dans son entièreté s’en tirerait mieux.

De prime abord, cette conception ontologique de la société n’est pas problématique, ça se corse lorsque son passage d’une société donnant une libre chance de réussite à toutes et à tous est substitué par une entité familiale typiquement patriarcale, avec l’homme au travail et la femme s’occupant des enfants à la maison. Cette substitution d’une conception de l’homme ou de la femme comme une conséquence environnementale de la société à une conception qui accepte la volonté personnelle comme seul moteur de la réussite ou de l’échec; a comme incidence principale de mener à une acceptation du statu quo. La révolution des années 60 que Thatcher avait si en exergue fut une période qui vit le dépassement des limites traditionnelles imposées aux femmes à l’intérieur d’un cadre familial toujours mené par un homme. Exit la société qui permet l’épanouissement du plus grand nombre, retour à une forme structurelle limitative. Quoiqu’il reste encore beaucoup à faire, c’était tout de même un pas dans la bonne direction. Madame Thatcher souhaitait un retour à l’ordre.

La dame de fer

Margaret Thatcher est principalement aimée, ou bien détestée, pour la lutte endiablée et sans concessions qu’elle a menée aux travailleurs et au mouvement syndical. À une époque où le mouvement conservateur se cherchait une âme pour répondre à l’hégémonie que le néolibéralisme commençait à imposer, sa réponse fut dans la lutte aux acquis sociaux. Les syndicats étaient considérés comme trop puissants et risquaient de mener l’Angleterre à un régime socialiste, qui en retour mènerait à la soviétisation de l’île. Pour contrer cette paranoïa, elle passa les acquis sociaux dans le tordeur : elle dérégula les marchés financiers, privatisa les monopoles d’État et mena une lutte sans merci aux syndicats. Elle percevait cette emprise socialisante comme la cause principale du déclin de la Grande-Bretagne.

Il va sans dire que les mouvements ouvriers et les emplois dans la fonction publique ne sont pas étrangers à l’atteinte d’objectifs féministes. Originellement, les propriétaires d’entreprises n’hésitaient pas à payer les femmes largement moins pour un travail équivalent aux hommes. La syndicalisation des travailleuses leur permit de lutter ensemble contre cette injustice, mais elle permit également d’obtenir des gains dans les conditions de travail — comme des congés de maternité — ou bien une tentative de limiter au maximum la discrimination à l’embauche. Au-delà des syndicats, les emplois de la fonction publique sont des moyens simples et efficaces de s’assurer que ces mesures sont en place. Raser ces instruments, quoi qu’imparfaits, ne peut qu’être une atteinte à une volonté de donner aux femmes leur juste place dans la société, en les privant des instruments nécessaires.

L’héritage

Sa façon de mener son parti, mais aussi son attitude sans compromis lui a valu son surnom de dame de fer. Alors que la faible présence de femmes en politique est un problème représentatif, mais aussi de justice, ce n’est pas n’importe quelle femme qui fera l’affaire. Il ne faut aduler Margaret Thatcher pour le simple fait que c’était une femme à la tête d’un État, mais plutôt juger sa contribution à l’aide d’une lunette permettant de cerner sa contribution. Objectivement, cette contribution n’est pas à l’avantage net d’un progrès pour le mouvement féministe, non plus du socialisme. Le thatchérisme a mené à une dégradation des conditions de vie de la classe moyenne, mais aussi à la quasi-extinction de celle-ci. Étant donné que les plus hauts postes sont déjà occupés majoritairement par des hommes, ceci a comme conséquence de jeter un nombre monstrueux de femmes dans la pauvreté et dans le cercle vicieux de celui-ci. Qu’il en déplaise à Thatcher, la société qui nous entoure est un déterminant de notre épanouissement.

2972363568_32db2708fc_zThatcher avait des caractéristiques plus proches d’une leader autoritaire, antidémocratique et antisociale que de quoi que ce soit d’autre. Ses politiques ont contribué au maintien au pouvoir d’une élite principalement masculine. Qu’elle ait été une femme, ou bien un homme, son idéologie et son application sont à dénoncer vertement. Pleurer la mort d’un humain, certes. Pleurer une grande femme, pas du tout.

En science politique, il n’est pas rare d’étudier le principe des portes tournantes. Les leaders du domaine économique vont souvent changer de poste pour évoluer dans le domaine politique, et vice-versa.

Voici un graphique intéressant qui veut interpréter ce principe, ainsi que les effets qu’ont les monopoles et la concentration du pouvoir économique, politique et de la communication entre quelques mains. C’est à bien y penser…

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608669-pauline-marois-annonce-details-sommetAvec le retour du printemps, nous assistons également à un retour possible de la contestation. Le sommet sur l’éducation supérieure convoqué par le Parti québécois se prépare déjà à creuser sa propre tombe. Doté d’un grand optimisme, je laisse la chance au coureur, mais le doute profond persiste. L’ASSÉ pense ne pas participer au sommet, l’ancienne rectrice de McGill croit que les rectorats vont servir de monnaie d’échange, les partis d’opposition sont convaincus que cette mise en scène n’est qu’une farce. Pris individuellement, ces acteurs n’ont rien de très pertinent à avancer. Chacun vit dans sa bulle de dissonance cognitive. Cependant, quand on fait la somme de tous ces doutes plus ou moins bien formulés, le portrait d’ensemble commence à s’éclaircir.

Il y a apparence que seulement les péquistes les plus convaincus croient encore à la possibilité de voir du positif ressortir de ce sommet. Alors qu’en campagne électorale et pendant une grande partie de l’automne, le PQ promettait que toutes les options étaient sur la table, le ministre Duchesne a démenti ce fait il y a quelques semaines en mentionnant que la gratuité scolaire était impensable à ce moment-ci du débat. Un sommet sur l’éducation supérieure, où aucune décision ne sera exécutive, ne serait pas le bon endroit pour avoir un débat de société? Après avoir accusé le Parti libéral du Québec de n’avoir pas écouté les étudiants et la population durant toute l’année 2012, on vient à se demander qui écoute qui?

pauline-marois2Au congrès national du PQ, le temps fut court entre le moment où le comité national des jeunes proposa le gel dans une perspective de gratuité scolaire, et la fin de non-recevoir du ministre de l’éducation supérieure. Finalement, la proposition adoptée à la majorité en plénière est tellement vague qu’elle permet n’importe quelle interprétation. C’est bien ce dont madame Marois avait besoin. Après avoir cumulé les reculs plus rapidement que les avancés, une proposition si vague qu’elle permet maintenant à madame la Première ministre de dire que l’indexation, c’est aussi une forme de gel. Après une année à entendre le gouvernement précédent tenter de nous convaincre que la grève étudiante n’en était pas une, mais plutôt un boycott, le PQ utilise la même tactique pathétique. Sur le fond, madame Marois n’a pas tort. L’indexation reste un gel relatif, compte tenu du fait que la part des étudiantes et étudiants restera constante dans le temps. C’est cependant jouer sur les mots. Depuis le début du débat, le gel a toujours été entendu comme étant un gel absolu de la contribution étudiante.

Jacques ParizeauL’argument des finances publiques n’est qu’un moyen détourné d’éviter la question, comme le rappelle Jacques Parizeau dans une entrevue donnée au Devoir dans l’édition du 12 février (http://www.ledevoir.com/societe/education/370711/la-gratuite-est-realiste-dit-jacques-parizeau). Monsieur Parizeau n’est pas un deux de pique. Économiste diplômé de la prestigieuse London School of Economics (le premier Québécois de langue française), la portée de ses propos ne peut pas être écartée trop rapidement. Le choix d’imposer des frais de scolarité, de les majorer à l’indexation, de les geler, ou peu importe le scénario retenu, c’est un choix de société. Rappelant qu’au moment de la fondation du réseau des Universités du Québec (UQ), les frais de scolarité ont été gelés dans le but d’atteindre dans un futur plus ou moins éloigné la gratuité — ou presque gratuité — scolaire, les jeunes font un peu la même demande aujourd’hui.

C’est un choix que la génération précédente a pris. C’est un gain qui ne fut pas nécessairement facile, mais qui a permis l’émancipation de toute une génération qui tentait de rattraper le monde sur le plan intellectuel, et qui était en processus de se libérer de l’emprise malsaine de l’Église. Ce choix n’est pas à remettre en question. Je suis convaincu que ce fut le bon. De nos jours, alors que la compétitivité mondiale nous rentre dedans, l’éducation supérieure n’est plus une option. C’est une obligation. Alors que les délocalisations ont frappé la majorité des entreprises de production, ce sont les services et la recherche et le développement qui sont les voies de l’avenir pour les Québécois. Avec un diplôme de secondaire 5, bonne chance pour se trouver un emploi bien payé avec un fond de pension garanti, peu importe la volonté et l’effort qui y sera mis. Une éducation devient encore plus importante, autant du point de vue individuel, mais également du point de vue social. Une population éduquée, c’est un gain pour tous. Des emplois de meilleure qualité permettent de prélever plus en impôt, permettent également de stimuler la consommation agrégée. L’augmentation du niveau de vie permet aussi de réduire substantiellement les coûts de santé, mais aussi de différents filets sociaux.

Évitons les débats intergénérationnels et travaillons ensemble pour faire du Québec un endroit où il fait mieux vivre. Un endroit où chacun fait sa part. Pas seulement le contribuable et l’utilisateur, mais les entreprises, les banques et ceux ayant un très haut revenu ont leur part à faire. La richesse ne se gagne pas seule, la contribution de la société y ait pour quelque chose. C’est un tout qu’il faut lutter pour maintenir ensemble.

Nouvelle image  grand formatAvec l’approche du sommet sur l’éducation, le mouvement étudiant continue à faire ce qu’il fait de mieux : se déchirer. D’un côté, la FECQ et la FEUQ se préparent à donner toute la crédibilité possible au gouvernement, peut-être même trop. De l’autre côté, l’ASSÉ reste exceptionnellement sceptique de tout ce processus, probablement trop aussi. Alors que nous vivons dans un monde où le « juste-milieu » et où la modération est érigée en vertu universelle et comme un idéal à atteindre : il est temps de remettre les pendules à l’heure. Il est vrai que dans une société, afin de pouvoir tous vivre ensemble il nous faut faire des compromis. En se tenant à l’axe de discussion droite/gauche, il est cependant possible de constater un déplacement continu de la droite traditionnelle vers des positions qui sont de plus en plus à droite. Tandis, que la gauche modérée n’a presque pas changé de position dans l’absolu. On pourrait rapidement dire qu’au final cela ne change rien, mais ce n’est pas du tout le cas. Ce déplacement de plus en plus prononcé vers la droite a pour effet de forcer le point de consensus, lui aussi, de plus en plus vers la droite. Ce point m’amène dont vers mon propos principal, que l’ASSÉ, le mouvement Occupy et les gens ayant une orientation plus progressiste ont des leçons à apprendre du Tea Party.

asselogoLes mouvements radicaux, de droite comme de gauche, ont pour objectif de vouloir remodeler la société en fonction de leurs convictions profondes. La plupart d’entre eux ont perdu confiance dans la capacité du système politique à faire le travail pour lequel est là, souvent pour des raisons différentes. Il va de soi que la révolution peut sembler noble et qu’elle est primordiale pour corriger les injustices profondes qui existent dans le système actuel. Cependant, à moins d’être capable de mobiliser immédiatement le nombre de gens nécessaires, il est primordial d’envahir les urnes.

0330-tea-partyers_full_600C’est bel et bien ce principe que le Tea Party américain a mis en application. Depuis longtemps, ils avaient un certain lot de revendications, mais manifester vêtu d’un tricorne avec des poches de thé au bout, ça fait son temps. Après avoir pris le contrôle d’un nombre limité de circonscriptions, ils ont réussi à mobiliser une foule suffisante pour être capable de faire élire une frange suffisamment radicale au sein du parti républicain. Après avoir réussi cet exploit, ils ont accompli leur objectif, celui de tirer le parti républicain encore plus à droite. C’est exactement ce qu’il manque au parti démocrate. Je ne suis pas le seul à avancer cette idée, depuis longtemps Bill Maher le fait déjà (http://www.youtube.com/watch?v=M84Jk9-3O-I), et l’argument est assez simple et direct. Ça prend une gang de looney tunes pour tirer le parti démocrate vers la gauche (le tea party veut un gel des impôts sur les riches, les looney tunes devraient demander de taxer les riches à 100 %; de cette façon, Obama pourra dire qu’il ne peut pas plier dans les négociations à cause de cette bande de crazy motherfuckers). L’idée n’est pas folle, il n’y a pas de raison pour laquelle la gauche devrait se laisser intimider par la droite radicale sans répondre avec sa propre et juste radicalité.

Pour en revenir au Québec, malgré que notre système politique soit différent, ne permettant pas un bipartisme aussi clair et favorisant trop souvent le vote stratégique, il y a tout de même des pas à faire dans cette direction. L’existence de partis radicaux dans le débat public n’est pas un fait nuisible. Tout comme aux États-Unis, le débat se tient de plus en plus en des termes chers à la droite. La désinformation qui émane des médias complaisants à la cause et à la défense des intérêts des plus riches est une véritable plaie pour notre démocratie. L’axe droite/gauche se déplace de plus en plus vers la droite. Il faut bloquer ce mouvement. Il faut réorienter le débat public sur des termes plus progressistes, et au plus vite.

Les moyens de pression sont le bienvenu pour tenter de renverser la vapeur, mais ce n’est pas suffisant. Il faut investir tous les champs de bataille possible. Laisser la voie libre aux partis de droite ou de centre droit, c’est la pire erreur qu’il est possible de faire. Tous ceux qui ont la moindre conviction socialiste, démocrate, gauchiste, communiste, peu importe, doivent investir la sphère politique et participer aux institutions. Cette participation n’est pas exclusive et l’utilisation d’autres moyens de pression qui peuvent être jugés comme pertinent, ou même essentiel. Il y a plusieurs voies pour atteindre la victoire.

20121202E329VY_460Il est toujours aussi étonnant de voir Justin Trudeau se mettre les deux pieds dans la bouche à la fois. Sa plus récente déclaration a eu la chance de faire plusieurs fois le tour des Internets. Presque tous ont eu l’opportunité d’entendre sa sagesse et son analyse de la culture canadienne. Selon lui, les armes à feu sont une partie intégrante de la culture canadienne. Il en est même venu à dire que le registre des armes à feu a été une erreur libérale. Bref, la boucle est bouclée. Son opération séduction envers les prairies, particulièrement l’Alberta est un peu futile, après avoir dit qu’il était temps que le Canada cesse d’être dirigé par les Albertains, il honore maintenant une de leurs valeurs. Il va de soi que ce n’est pas uniquement en Alberta que nous trouvons des gens qui étaient opposés au registre des armes à feu. Souvent pour des motifs dépassant l’entendement, comme l’intrusion de la vie privée causée par l’enregistrement obligatoire.

Une arme n’est pas un droit, c’est un privilège qui est rattaché à son lot de responsabilités. Si les gens ne déchirent pas leur chemise lorsque vient le temps d’enregistrer leur voiture, il est difficile de cerner le problème avec l’enregistrement d’un produit qui est spécifiquement conçu pour tuer. Le registre des armes à feu n’a pas pour but d’empêcher la possession des armes. Le simple citoyen qui n’a rien à se reprocher n’a rien à craindre. Son existence vise seulement à faire la recension de celles-ci, et de servir d’outil pour les forces policières à travers le pays.

195144Outre ces considérations qui sont maintenant désuètes, considérant que le registre a déjà été aboli et que les données ont déjà été détruites afin d’éviter sa reconstitution — exception faite pour le Québec — c’est le clivage important qui existe entre la perception que la majorité des Québécois ont des armes à feu et de leur contrôle, et celle qui existe dans le reste du Canada. La déclaration de Justin Trudeau entre en contradiction avec la vision exprimée dans la province dont il est le député. Le travail premier d’un député est de représenter les intérêts de sa circonscription. On comprend cependant que Justin Trudeau travaille dans le but de devenir premier ministre du Canada, ce qui a des implications différentes.

mtl-polytechnique-cp-1204Compte tenu du 23e anniversaire de la commémoration du massacre de la Polytechnique par Marc Lépine, l’aspirant premier ministre aurait pu se garder une petite gêne dans ses déclarations. J’aimerais bien savoir ce que pense l’entourage des femmes qui ont été tuées ce jour-là pense réellement de la notion d’armes à feu comme partie prenante de la culture canadienne. Au-delà d’un nombre d’homicides, cette action d’un homme désaxé, c’était un meurtre à haute teneur politique. Dans sa lettre expliquant son action, il mentionne clairement que les féministes prennent maintenant trop de place, et qu’il va les envoyer rencontrer leur créateur. Ayant été refusé à la Polytechnique, Marc Lépine en avait réellement contre les femmes qui occupent maintenant, aussi, des postes qui étaient historiquement occupés par des hommes.

Son arme avait été légalement achetée, un registre des armes à feu n’aurait probablement pas sauvé ces femmes. La réaction à ce fait ne doit pas être, comme les conservateurs l’avancent, de détruire le registre le considérant comme inutile, mais d’ajouter des évaluations et des restrictions. Alors que des armes peuvent être achetées légalement, il n’y aurait pas de mal à mieux gérer le nombre de munitions qu’un individu peut posséder ou acheter sur une période donnée. Il est également possible de remettre en considération le nombre de munitions que peut contenir un chargeur d’une arme. Par exemple, si une arme a un chargeur de seulement 8 balles, il lui sera beaucoup plus complexe de tuer en grand nombre, que si celui-ci peut en contenir 30 ou même 50. Bref, il y a toujours moyen d’améliorer le système.

imageDans la même lignée, il s’avère important — comme le fait Antoine Robitaille dans sa chronique de ce matin dans Le Devoir — de souligner la levée du tabou par madame Marois concernant sa tentative d’assassinat le soir des élections le 4 septembre dernier. Un homme qui se présente armé jusqu’aux dents, avec l’intention claire d’assassiner la première ministre nouvellement élue, car elle est séparatiste et francophone, même s’il portait une robe de chambre, c’est un attentat politique. Le fait que l’homme soit déséquilibré psychologiquement — ce qui reste encore à prouver légalement—, son action est politique et elle l’était également dans son raisonnement personnel. Il s’était rendu au Métropolis avec l’objectif de tuer madame Marois. Lorsqu’il fut arrêté, il cria maintenant des paroles qui sont tristement rendues célèbres : « It’s payback time! Les Anglais se réveillent ». Il est grand temps de sortir du déni et de cesser de tourner uniquement ce débat social vers une personne. Il faut prendre ses responsabilités, et attaquer le problème de front.

En conclusion, Justin Trudeau devrait sortir de sa dénégation et reconnaître que le Québec forme une culture et même une nation distincte. Le fait qu’un trait est socialement construit dans le reste du Canada ne veut pas dire qu’il est construit de la même façon ou pour les mêmes raisons au Québec. Il est temps que se développe une forme de sensibilité aux particularités du Québec. Une victoire du PLC ne pourra pas passer à côté d’une reconquête du Québec. Donc, à moins que le Parti libéral du Canada ne veuille rester éternellement, ou jusqu’à décomposition, dans l’opposition, il serait temps de montrer un peu de respect.

Depuis la dernière semaine, une série de différentes nouvelles ont plus ou moins fait la une, et il est bien important de faire le lien qui existe entre chacune d’elles. Toutes ces nouvelles, alors qu’elle ne semble pas avoir un lien de prime abord, sont implacablement liées.

–          D’ici 2100, les scientifiques de la revue Nature Climate Change prévoient une augmentation de la température planétaire de 5 degrés Celsius (http://www.radio-canada.ca/nouvelles/science/2012/12/03/001-rechauffement-estimation-2100.shtml)

–          La situation économique du Canada semble se détériorer, alors que le prix des matières premières — le pétrole notamment — dégringole (http://www.washingtonpost.com/blogs/wonkblog/wp/2012/12/03/is-the-nhl-lockout-strangling-canadas-economy/)

–          Le Canada serait rendu le huitième pays avec la fiscalité la plus avantageuse dans le monde, selon PricewaterhouseCoopers et la Banque mondiale (http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Economie/2012/12/03/004-pwc-fiscalite-classement.shtml)

Syncrude Aurora Oil Sands Mine, Canada.En premier lieu, le Canada devient chaque jour de plus en plus dépendant sur l’exportation de ses matières premières. Ce type d’exportation est celui qui est le plus sensible aux différentes variations dans le marché. La demande en ressource première, qu’elle provienne des États-Unis, ou bien des pays émergents, est directement liée à la situation économique et à la confiance en celle-ci. Pour faire simple, si les industriels croient que leurs différents produits pourront être liquidés à bon prix, ils en produiront plus, faisant ainsi augmenter le prix des matériaux nécessaires à leur production. S’ils ne voient pas la lumière au bout du tunnel, ils vont réduire leur production, faisant ainsi chuter la demande et les prix qui leur sont rattachés.

En second lieu, afin de tenter de contrer les différents effets que le marché pourrait avoir sur l’exportation de ses matières premières, le Canada, sous l’impulsion d’un gouvernement conservateur à la botte des pétrolières albertaines, s’est vu imposer une cure minceur extrême à son régime fiscal. Le taux global d’imposition des entreprises est maintenant de seulement 26,9 %, comparativement à une moyenne de 44,7 % pour tous les pays étudiés (185) par ladite firme. Ce taux d’imposition serait même considéré gênant pour une république de banane.

En troisième lieu, en développant une industrie d’extraction de ressources naturelles, sans réel contrôle environnemental, et en n’imposant pas suffisamment les entreprises pour couvrir les externalités négatives qui en découlent – particulièrement dans le cas du pétrole provenant des sables bitumineux – le gouvernement canadien participe activement à la destruction de l’environnement et à la dégradation du climat à l’échelle planétaire (et ceci c’est sans compter son retrait unilatéral du Protocole de Kyoto). Le simple fait que les industries qui font l’extraction des différents minerais ou du pétrole au Canada n’aient pas d’obligation environnementale, c’est une forme de subvention déguisée pour celles-ci. Un réel marché concurrentiel force les entreprises à couvrir la pleine valeur de leurs externalités négatives, ne laissant pas la société pallier à celles-ci. Donc, en plus de ne pas penser le développement économique canadien dans une perspective durable, le gouvernement conservateur inflige un fardeau supplémentaire à la société qui devra éventuellement être payé.

Donc, de fil en aiguille, ces trois nouvelles ont des incidences et des sources qui leur sont très semblables. Le Canada tente d’être compétitif au niveau international avec une fiscalité digne d’un État sous-développé, ce faisant il stimule la croissance d’une industrie d’exportation des ressources premières, rendant ainsi le pays de plus en plus dépendant de l’humeur des marchés. Avec la tendance croissante de la privatisation du profit et de la socialisation des pertes, il n’est donc pas étonnant que le Canada ne soit pas en position de remplir ses obligations légales envers le processus de Kyoto, ouvrant ainsi la porte à un retrait par décision du Conseil des ministres. Ce retrait, tout en n’étant pas la seule cause qui mène inexorablement l’espèce humaine vers sa perte, n’est pas de bon augure pour des négociations futures sur la réduction des GES.

rechauffement-climatique-200x200Bref, le Canada a basé sa croissance des dernières années sur des bases assez peu solides. Une croissance basée uniquement sur l’extraction et non pas sur la transformation de différents produits ou ressources est soumise à beaucoup trop d’aléas qui sont hors du contrôle d’un gouvernement en ces ères de mondialisation. Chaque variation dans le marché signifie une hausse, ou bien une baisse, qui peut changer la vie de milliers de travailleurs. La croissance à laquelle nous avons assisté n’a pas du tout été basée sur l’innovation ou sur une augmentation de la productivité, mais uniquement sur le gonflement des prix de matières non renouvelables. Ce fait est très inquiétant pour l’avenir de la qualité des emplois qui seront disponibles dans le futur au Canada, mais aussi pour la situation environnementale qui nous attend dans les prochaines années. La compétitivité du Canada qui se base sur l’allocation d’avantages indus aux entreprises n’est qu’un mirage qu’il se faut de percer.