Doit-on tolérer l’intolérance?

Depuis un nombre grandissant d’années un projet grandit en moi. Depuis trop longtemps je suis déchiré : jusqu’à quel point la tolérance peut aller. Tout l’aspect social ne pose aucun problème. L’orientation sexuelle est un libre-choix, l’orientation politique se doit d’être fondamentalement respectée, et ce, peu importe le point de vue. Ce débat est généralement sain pour la société. La liberté de conscience et d’opinion, mais aussi la libre expression de ceux-ci, sont les jalons cardinaux de l’existence de notre société dite libérale — au sens social et non pas économique. Il y a cependant une expérience extrême qui est vécue lorsque deux droits sont en contradiction. Est-ce que la tolérance doit être de mise devant toutes les opinions? Y a-t-il une limite à la liberté d’expression? Ce sont deux questions qui excessivement difficile à réconcilier. La réconciliation devient plus problématique lorsque nous introduisons la variable religieuse. (Eh oui. Je vais m’aventurer sur cette question.) Dans notre société, est-il légitime de tolérer l’intolérable intolérance de la religion?

holly-land11Ce paradoxe est insaisissable, mais il est également couvert d’un puissant tabou. Alors que les grandes religions ont été les vectrices de l’intolérance à grande échelle durant toute l’histoire, le moindre son à leur encontre déclenche une levée de boucliers incommensurable. Ce texte se veut un plan pour une réflexion plus globale, mais aussi probablement plus longue, sur la question. Il n’y aura pas de solutions à la clef, probablement pas de proposition concrète; mais simplement une série de pistes qui permettra d’éclairer un nombre de lanternes. Il est temps de sortir de l’obscurantisme. Il est temps que ceux qui ne croient en aucune forme de divinité, qui se considère comme athée ou agnostique, sortent de leur placard. La répression dure depuis plusieurs millénaires et il est temps qu’elle prenne fin.

Existe-t-il?

Très peu de lignes seront perdues à la démonstration de l’inexistence de Dieu. Les preuves prouvant son existence sont si faibles qu’il ne faut pas bien longtemps lors d’un débat avec un fanatique religieux pour entendre la réplique que « C’est une question de foi ». methode-scientifiqueDepuis l’invention de la méthode scientifique, il n’y a plus de miracles et les trois grandes religions monothéistes étaient déjà établies. Il faut donc croire sur la base de la foi. Si la religion est une question de foi, alors pour quelle raison le fait de ne pas croire ne subit pas le même critère. Si la croyance s’établit sur une question de foi, pourquoi ne pas croire ne pourrait pas être de même? Un croyant parlant à un non-croyant n’hésitera pas à lui dire qu’il a tort, qu’il est sur le mauvais chemin, qu’il se doit d’être converti et de régler ce qui ne fonctionne pas avec lui. Pourquoi le non-croyant ne peut-il pas de bonne foi ne pas croire? Il est peut-être temps que la population athée en fasse de même avec ceux qui croient. Leur démontrer que ce sont eux qui sont sur la mauvaise voie. Finalement, sans être sartrien, la puissance de l’argument dans L’existentialisme est un humanisme reste entière. Si Dieu existe, il se doit d’être tout-puissant, c’est ce qui en fait un Dieu. Devant la misère humaine, soit il n’agit pas car il est cruel, soit il est impuissant. Dans les deux cas, il perd une de ses deux caractéristiques principales : sa puissance ou sa bonté.

Même les croyants que l’on pourrait classifier de « mous », des croyants non pratiquants, sont complices d’une institution qu’ils croient bonne, qui pourrait probablement avoir ses bons côtés, mais dont le prix moral et humain est trop élevé. Du coup, ce n’est pas parce qu’un nombre incroyable de gens ont la foi que cette foi est justifiée. L’histoire humaine est remplie d’évènements et de croyances qui se sont avérés être monstrueusement faux. Il fut un temps où chaque phénomène inexplicable se voyait attribuer un dieu — le dieu du soleil et le dieu de la mer pour expliquer le levé du soleil, mais aussi les marées —, mais l’humanité a éventuellement découvert qu’il y avait des explications rationnelles à ces phénomènes naturels. Les dieux n’avaient pas à être impliqués dans chaque action terrestre. Il fut un temps où l’humanité était convaincue que la Terre était le centre de l’univers. C’était faux également. Nous ne sommes pas une créature particulière voulue par un Dieu jaloux et voyeur, mais le résultat de 3.5 milliards d’années d’évolution.

Les dangers inhérents à la religion

La religion représente un danger immense. Alors que certains prôneront les effets positifs de la religion, comme l’instruction de bonnes valeurs, de l’amour, de la charité, etc. Il n’est pas nécessaire de les justifier par un Dieu quelconque. L’humanité étant dotée de rationalité, il est possible de justifier ces agissements sur la base simple d’un raisonnement éclairé. Il n’est pas nécessaire de craindre l’enfer pour ne pas tuer son prochain. Il est aisément possible de construire une argumentation humaine et rationnelle pour éviter de tomber dans un état où « l’homme est un loup pour l’homme ». La morale peut exister indépendamment de la religion. La religion a en fait un mépris de l’homme et de sa condition. Elle véhicule un discours férocement antihumaniste, antiintellectualiste et réducteur de l’humanité. Ce n’est pas le génie humain qui explique toutes les avancées, ce serait la main de Dieu. Par contre, toutes les erreurs sont de nature humaine. Il est temps que l’homme et la femme se réapproprient leurs vices et erreurs, mais également leurs victoires et leurs accomplissements.

dante.1267446136La propagation de la religion découle d’une exploitation ouverte et totale de deux faiblesses qui peuvent être présentes en l’être humain : la peur et l’ignorance. La religion, c’est permettre à des gens comme vous et moi, qui n’ont pas toutes les réponses, d’être convaincus qu’ils détiennent la vérité absolue sur la base de la foi uniquement. Le fait que la religion brandisse toujours l’arrivée de la fin des temps et le risque de périr en enfer n’est pas anodin. La technique du bâton et de la carotte est vieille comme le monde. Si vous suivez notre culte, vous vivrez dans la béatitude pour l’éternité au côté de Dieu. Advenant la situation inverse, vous périrez en enfer pour la même éternité.

 

Le doute comme porte de sortie

Il n’y a pas de fierté à vouloir répandre la bonne nouvelle. Cette complicité a un coût élevé. La seule position face à la question existentielle ultime est le doute. Nier la réalité, vivre dans un monde lyrique et imaginaire tel que prescrit par la religion relève de la dissonance cognitive la plus élevée. Elle représente également un danger sans commune mesure. Il est complètement insensé que des hommes d’État politique prennent des décisions qu’ils croient guidées par Dieu, ou bien qu’ils prennent des décisions dans le but d’accomplir la volonté divine. Combien de guerres ont été causées par des affrontements religieux? Combien de millions de gens en sont morts? Alors que ces religions prônent la paix et la tolérance, leurs mains baignent dans un sang noir et épais.

religion-politicsLes religieux les plus convaincus n’hésiteront pas à rappeler que ce n’est pas la religion qui commande ces actes, mais que c’est seulement une mauvaise interprétation ou bien une instrumentalisation à des fins politiques. Que ce fait soit avéré ou non, il reste que la religion dans cette optique est dangereuse. Les prises de décisions sur des comportements ou des intuitions irrationnels ne peuvent pas être justifiées d’aucune façon. La religion crée un trou existentiel, ou en exploite un déjà présent. Elle est l’essence même de la pensée dichotomique, elle empêche toute forme de nuance — un Dieu et un seul, pour ou contre lui, le bien ou le mal, etc.. La réalité sociale est beaucoup plus complexe. Une perspective religieuse ne peut que nuire à la compréhension du monde qui nous entoure.

Un débat qui ne finira jamais?

Bref, ce débat ne peut pas prendre place uniquement dans le cadre qui est imposé par les croyants. Ce n’est pas vrai que toutes les positions se valent. Nous ne pouvons pas donner la même valeur à des arguments lunatiques basés sur de la magie, que nous donnerions à des arguments basés sur des faits et la science. Cela ne veut pas dire que la science n’a pas la capacité de se tromper, loin de là. Mais c’est ce qui est si bon avec la science : tout n’est que théorie et que du doute. Une hypothèse le restera jusqu’à la démonstration de son contraire, et à ce moment-là, l’hypothèse sera ajustée. Le crédo religieux est fixé dans la logique tout à fait inverse. Une fois que la vérité a été énoncée, elle devient ancrée dans l’universel et ne peut pas être contredite, sous peine de griller dans les flammes éternelles.

La volonté de se faire rassurer sur la finalité de notre existence, sur ce moment d’indétermination extrême qu’est la mort, toutes ces pensées irrationnelles ne doivent pas prendre le dessus de notre raison. Le premier avantage d’un athée, c’est qu’il sera prêt à admettre — même si cela peut parfois être difficile — qu’il a tort. L’erreur est humaine et elle le sera toujours. La religion a peut-être été tolérée pendant trop longtemps. Les superstitions vont et viennent. La religion ne peut qu’être un frein à l’épanouissement humain. Sans vouloir en faire une chasse aux sorcières, il est nécessaire de réaffirmer la laïcité de l’État, la laïcité de notre société. Un message violent, intolérant et dichotomique ne peut pas s’imposer sous le couvert d’un sentiment d’ouverture. Un monde, aujourd’hui, libre de toute religion serait éminemment meilleur. Il faut cependant éviter de tomber dans le piège lyrique des croyants, et se mettre à croire aux miracles.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment ce contenu :