Boston, le Joker et l’horreur planifiée

C’est en réécoutant le merveilleux film The Dark Knight avec comme principal antagoniste le Joker, joué d’une façon impeccable par Heath Ledger, que je me suis rendu compte que ce personnage allait toucher un point précis de notre tolérance à géométrie variable de l’horreur.

ImagePour ceux qui n’ont pas encore vu le film, le Joker est ce personnage anarchiste maquillé, sans identité et sans motivation rationnelle qui décide de s’en prendre à la ville de Gotham pour lutter contre Batman – plutôt par plaisir que par obligation. Alors que la ville est déjà au prise avec une mafia et des gangs de rue assez violents et puissants, c’est avec des moyens assez simple qu’il réussit à semer le chaos – quelques armes à feu, des couteaux et de l’essence; rien de particulièrement difficile à obtenir aux États-Unis.

Alors que tout semble aller mal pour notre protagoniste masqué (Batman), le Joker réussit à rendre fou de rage le procureur général de la ville et à l’inciter à la violence et à l’anarchie (voici le lien pour la scène qui nous intéresse : https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=pfmkRi_tr9c#t=98s ). Rapidement, le Joker réussit à nous faire comprendre que l’humanité à une tendance à tolérer des atrocités, tant que celles-ci font parties « d’un plan ». Si un proxénète se fait abattre, ou si une explosion fait 53 morts en Irak, personne ne s’inquiète. Car, tout cela fait parti du plan plus général de notre existence. On peut bien s’en attrister, mais au jour le jour ce n’est pas cela qui va venir perturber notre existence. Tant que nous sommes encore capables d’établir une forme de contrôle de ce qui nous entoure, la vie peut continuer. Tant qu’il y a une possibilité de rationalisation des évènements, tant qu’il y a une forme linéarité, tout va bien. C’est au moment où quelque chose dévie de ce plan, du moment où un évènement sort de notre sphère de contrôle : c’est à ce moment précis que la panique s’établit et prend racine.

Boston

ImageL’attentat au marathon de Boston est un exemple très concret de cette conception. Un évènement arrivé subitement, sans prévenir. Trois morts, quelques blessés graves, pour un total d’environ 170 blessés. Cet attentat est injustifiable et est le symbole d’une atrocité qui ne doit pas être tolérée. Unanimement, la population s’est mise derrière Boston à la suite de cet évènement. Il en fut de même lors de la chasse à l’homme qui a débuté jeudi soir et qui s’est terminée vendredi. Les gens ont été captivés, la ville a été littéralement fermée, les gens ne pouvaient pas sortir de leur domicile et les autorités fouillaient les maisons une à une sans mandat de perquisition. Bref, cet évènement fut aussi violent qu’inattendu.

Sans tomber dans un relativisme absolu, il est possible de remettre cet épisode en perspective. Chaque jour aux États-Unis, il y a 85 morts causés par une arme à feu. Il y aurait environ 300 millions d’armes en circulation dans le pays. Pourtant, les gens ne sont pas inquiets outre-mesure. À l’occasion, une tuerie un peu plus grave que les autres attire l’attention (Colombine, CalTech, le ciména au Colorado, Newtown…), mais de façon générale les gens ne sont pas inquiets. L’absurde va même jusqu’à Madame Gifford (Représentante démocrate au Congrès) qui s’est fait sauvagement attaquée et tirée à la tête lors d’un rassemblement il y a 2 ans, mais qui se dit encore en faveur du maintien du Second amendement et qu’elle est encore une fière propriétaire d’armes à feu.

Ces 85 morts à tous les jours, c’est objectivement et numériquement plus grave que 3 morts lors d’une explosion? À quel point, un vol de dépanneur qui tourne mal où 2-3 personnes sont abattues est-il moins apeurant? Cela pourrait arriver au coin de la rue. Cependant, cette logique découle « d’un plan » et d’une habitude; d’une socialisation à cette violence qui s’imprègne dans notre société. Une petite bombe dans un marathon, une chasse à l’homme et tout le monde perd la tête.

Boston n’était pas farouchement différente de Gotham cette semaine. Des bombes dans des chaudrons à cuisson à pression avec de la poudre noire. Rien d’excessivement compliqué. Quelques armes à feu. Des hommes n’ayant apparemment pas un plan très développé. Qui braque un dépanneur et vole une voiture alors qu’il est l’une des personnes les plus recherchés de la ville? Des crimes qui ne sont pas anodins, mais qui ne sont pas si terribles comparativement à ce qui se passe à tous les jours. Les États-Uniens ont déployé près de 9 000 membres des forces de l’ordre pour tenter de traquer ces terroristes. Pendant ce temps, le Sénat américain rejetait le projet de loi le moins musclé jamais présenté dans le but de mieux contrôler les armes à feu aux États-Unis.

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