La gratuité scolaire

608669-pauline-marois-annonce-details-sommetAvec le retour du printemps, nous assistons également à un retour possible de la contestation. Le sommet sur l’éducation supérieure convoqué par le Parti québécois se prépare déjà à creuser sa propre tombe. Doté d’un grand optimisme, je laisse la chance au coureur, mais le doute profond persiste. L’ASSÉ pense ne pas participer au sommet, l’ancienne rectrice de McGill croit que les rectorats vont servir de monnaie d’échange, les partis d’opposition sont convaincus que cette mise en scène n’est qu’une farce. Pris individuellement, ces acteurs n’ont rien de très pertinent à avancer. Chacun vit dans sa bulle de dissonance cognitive. Cependant, quand on fait la somme de tous ces doutes plus ou moins bien formulés, le portrait d’ensemble commence à s’éclaircir.

Il y a apparence que seulement les péquistes les plus convaincus croient encore à la possibilité de voir du positif ressortir de ce sommet. Alors qu’en campagne électorale et pendant une grande partie de l’automne, le PQ promettait que toutes les options étaient sur la table, le ministre Duchesne a démenti ce fait il y a quelques semaines en mentionnant que la gratuité scolaire était impensable à ce moment-ci du débat. Un sommet sur l’éducation supérieure, où aucune décision ne sera exécutive, ne serait pas le bon endroit pour avoir un débat de société? Après avoir accusé le Parti libéral du Québec de n’avoir pas écouté les étudiants et la population durant toute l’année 2012, on vient à se demander qui écoute qui?

pauline-marois2Au congrès national du PQ, le temps fut court entre le moment où le comité national des jeunes proposa le gel dans une perspective de gratuité scolaire, et la fin de non-recevoir du ministre de l’éducation supérieure. Finalement, la proposition adoptée à la majorité en plénière est tellement vague qu’elle permet n’importe quelle interprétation. C’est bien ce dont madame Marois avait besoin. Après avoir cumulé les reculs plus rapidement que les avancés, une proposition si vague qu’elle permet maintenant à madame la Première ministre de dire que l’indexation, c’est aussi une forme de gel. Après une année à entendre le gouvernement précédent tenter de nous convaincre que la grève étudiante n’en était pas une, mais plutôt un boycott, le PQ utilise la même tactique pathétique. Sur le fond, madame Marois n’a pas tort. L’indexation reste un gel relatif, compte tenu du fait que la part des étudiantes et étudiants restera constante dans le temps. C’est cependant jouer sur les mots. Depuis le début du débat, le gel a toujours été entendu comme étant un gel absolu de la contribution étudiante.

Jacques ParizeauL’argument des finances publiques n’est qu’un moyen détourné d’éviter la question, comme le rappelle Jacques Parizeau dans une entrevue donnée au Devoir dans l’édition du 12 février (http://www.ledevoir.com/societe/education/370711/la-gratuite-est-realiste-dit-jacques-parizeau). Monsieur Parizeau n’est pas un deux de pique. Économiste diplômé de la prestigieuse London School of Economics (le premier Québécois de langue française), la portée de ses propos ne peut pas être écartée trop rapidement. Le choix d’imposer des frais de scolarité, de les majorer à l’indexation, de les geler, ou peu importe le scénario retenu, c’est un choix de société. Rappelant qu’au moment de la fondation du réseau des Universités du Québec (UQ), les frais de scolarité ont été gelés dans le but d’atteindre dans un futur plus ou moins éloigné la gratuité — ou presque gratuité — scolaire, les jeunes font un peu la même demande aujourd’hui.

C’est un choix que la génération précédente a pris. C’est un gain qui ne fut pas nécessairement facile, mais qui a permis l’émancipation de toute une génération qui tentait de rattraper le monde sur le plan intellectuel, et qui était en processus de se libérer de l’emprise malsaine de l’Église. Ce choix n’est pas à remettre en question. Je suis convaincu que ce fut le bon. De nos jours, alors que la compétitivité mondiale nous rentre dedans, l’éducation supérieure n’est plus une option. C’est une obligation. Alors que les délocalisations ont frappé la majorité des entreprises de production, ce sont les services et la recherche et le développement qui sont les voies de l’avenir pour les Québécois. Avec un diplôme de secondaire 5, bonne chance pour se trouver un emploi bien payé avec un fond de pension garanti, peu importe la volonté et l’effort qui y sera mis. Une éducation devient encore plus importante, autant du point de vue individuel, mais également du point de vue social. Une population éduquée, c’est un gain pour tous. Des emplois de meilleure qualité permettent de prélever plus en impôt, permettent également de stimuler la consommation agrégée. L’augmentation du niveau de vie permet aussi de réduire substantiellement les coûts de santé, mais aussi de différents filets sociaux.

Évitons les débats intergénérationnels et travaillons ensemble pour faire du Québec un endroit où il fait mieux vivre. Un endroit où chacun fait sa part. Pas seulement le contribuable et l’utilisateur, mais les entreprises, les banques et ceux ayant un très haut revenu ont leur part à faire. La richesse ne se gagne pas seule, la contribution de la société y ait pour quelque chose. C’est un tout qu’il faut lutter pour maintenir ensemble.

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1 commentaire
  1. Sara Maude a dit :

    J Parizeau qui a été le bras droit de René Levesque lors des procédures de nationalisation de l’électricité au Qc, dont la crédibilité de ce projet face aux grandes banques etasuniennes reposait principalement sur le rapport qu’il avait produit.
    Comment souhaite t on rivaliser avec les industries étrangères qui connaissent des croissances technologiques toujours plus grandes sans créer de l’expertise a l’interne? Les infrastructures sont disponibles, il ne suffit que d’un peu de volonté politique.

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