Courte réflexion sur le féminisme

À une dizaine de jours de la journée internationale de la femme du 8 mars, il est d’une considérable importance de réitérer le besoin d’être féministe aujourd’hui. Il y a de nombreux gains qui ont été effectués depuis le début du XXe siècle. Cependant, l’égalité est encore loin et semble parfois hors d’atteinte. Alors que jusque dans les années 1970 des gains ont été chaudement gagnés, depuis cette période c’est la disette. Un long élan d’aplanissement d’une société misogyne a éventuellement laissé place à une société où les différences basées sur le sexe sont un peu moins présentes, mais existe encore et toujours. Malgré tous les gains obtenus, et ici je traite de la question dans une perspective malheureusement occidento-centrée, il y a encore fort à faire. Quand la condition de la femme s’améliore ici, elle est stagnante ou elle dégringole dans les lieux où les religions et la pauvreté ont encore une emprise cruelle. De par ce fait, il demeure primordial de briser le mouvement rampant de remarginalisation de la femme et de son rôle dans la société.

La place des femmes dans la religion

Il n’est pas rare de constater une forte covariance entre le droit des femmes et l’absence de la pratique religieuse. Alors que certains avanceront que ce n’est pas la religion en tant que telle qui impose la soumission de la femme et son statut marginal comparativement à l’homme, et bien c’est le cas dans les Saintes Écritures. Le Christianisme et le Protestantisme, mais aussi une part de la culture musulmane, acceptent le précepte du péché originel tel que contenu chez Saint Paul ou Saint Augustin. Eve, cette personne subversive qui a convaincu Adam de croquer la pomme de l’arbre de la connaissance et d’acquérir l’orgueil est la souche et est à l’origine de tous les maux de l’humanité. Une seule consigne donnée par Dieu, brisée. Sa colère a toutefois été miséricordieuse, alors que nous ne brulons pas tous en enfer, nous sommes sur Terre pour souffrir et gagner notre paradis; il faut le remercier pour sa magnanimité. Par notre simple existence, nous sommes coupables de ce premier péché et nous devons nous en repentir.

Dans l’Islam, le rôle de la femme n’est pas particulièrement plus glorieux. Alors qu’il n’y a pas une prescription sociale directe dans le Coran, il y en a une qui concerne les relations de couple. En 4:34, la femme pieuse est dévouée et elle obéit à son mari, car Allah a donné une excellence supérieure à l’un d’eux. L’homme et la femme sont semblables, mais ne sont pas identiques. Ils ont les mêmes devoirs envers Allah, mais c’est l’homme qui occupe la place dominante dans le couple. Cette prescription est déjà empreinte d’une misogynie, il ne suffit que donner un rôle exclusivement masculin à l’interprétation de ces écritures pour que la Charia dérape.

Dans la religion juive, les femmes sont aussi subordonnées aux hommes dans les unions domestiques. Lorsque Yahvé a formé le pacte avec les Israélites au sommet du mont Sinaï, il y avait des hommes et des femmes, mais ce sont les hommes qui ont conclu le pacte et se sont engagés à ce que les membres de leurs ménages le respectent aussi.

Alors que plusieurs des obligations des femmes découlent plutôt de pratiques socialement et culturellement construites, il en reste qu’il n’est pas fait mention d’une notion d’égalité entre l’homme et la femme, mais que les deux ont des rôles et des devoirs différenciés compte tenu de leurs différences naturelles. Bref, ce n’est pas dans la religion que le féminisme a pris racine. Lorsqu’elle n’a pas encouragé leur réclusion dans des rôles purement privés, elle aura été un frein à leur émancipation. Que l’application d’une différenciation des sexes soit le résultat de radicaux religieusement zélés, cette différence est ancrée si fortement, que ce n’est pas demain la veille d’un réveil ecclésiastique.

La place sociale des femmes

Il y a encore une stigmatisation de la femme et de son rôle dans la société. À travail égal, les femmes ne reçoivent pas le même salaire que les hommes. Les taux varient en fonction des pays et des professions, mais il est loin d’être marginal. Le salaire n’est pas tout, en plus de ne pas être le même dans l’absolu, il ne prend même pas en considération les obligations biologiques de la réalité féminine. Il suffit de penser aux besoins particuliers qu’entraînent la maternité, mais aussi toute la sécurité d’emploi qui est souvent remise en question lors de celle-ci. Et là, nous n’abordons pas la discrimination ouverte qui est faite sur ce seul critère et les retards de carrière qui peuvent se poser comme un obstacle ou bien des arrérages presque irrattrapables en terme de conditions, de salaire et d’épargnes, etc.

Alors que le salaire moyen des femmes est souvent plus faible que celui des hommes, les mesures régressives qui se mettent en place de plus en plus durement depuis les années 1970 se font sentir plus fortement chez elles. Les femmes occupent encore un nombre infinitésimal de places dans les sphères du pouvoir économique, mais aussi politique. La parité des candidats aux élections n’est relevée par aucun grand parti, tandis que les circonscriptions sures sont les plus souvent offertes à des hommes. De par leur plus grande force physique, mais aussi de par leur monopole des institutions et du discours politique, les hommes dominent les femmes et celles-ci sont encore trop souvent victime de violences, autant physique, économique, que psychologique.

Ce fait est intolérable et beaucoup trop souvent minimisé. Mais au-delà de la femme comme victime physique, il y a aussi la femme comme victime d’un système misogyne de l’image. L’hypersexualisation des jeunes filles, mais aussi des femmes, est tellement bien construite et articulée dans notre société de consommation qu’elle est maintenant reconnue comme un fait libéral (au sens politique du terme). Alors qu’un nombre grandissant d’acteurs dénonce ce fait, personne ne fait rien concrètement. Il va de soi que le désir de se sentir belle n’est pas discutable et est une condition de possibilité d’un épanouissement complet, mais les critères conduisant à cedit épanouissement ne doivent pas être construits autour de dogme misogyne pour le seul bon plaisir de ces messieurs. Une femme libérée ne portant pas la soutane ou le voile ne devrait pas avoir à se cacher derrière une variété gargantuesque de produits masquant et maquillant vendus à des prix d’or.

Les femmes dans le discours

La pénétration de la misogynie dans le discours de tous les jours est encore plus forte que n’importe quel autre point traité jusqu’à maintenant. En science politique, la politique est la version partisane, folle et sans profondeur de la politique. C’est le politique qui est noble, qui a le mérite de la réflexion et d’une volonté idéalisée. Il en est de même pour une quantité incroyable de termes. La tendance généralisée à omettre le féminin dans les textes officiels, comme si quelques caractères de plus allaient nuire au message, n’est pas à négligé non plus en cet ère informatisé. Les libéraux deviennent prisonniers de leur propre discours de tolérance où l’incommensurabilité des valeurs devient un impératif. Il est alors inconcevable d’opposer le droit des femmes à d’autres libertés, la liberté de religion vient rapidement en tête. Sans prôner un féminisme revanchard, ce qu’il faut à tout prix éviter, il y a place pour des mesures permettant l’épanouissement de la femme, mais de l’homme, également! La volonté de castration ne doit pas prendre le pas sur une réelle égalité de condition.

Entre temps, une discrimination positive, mais aussi une revisite de l’interprétation sociale de la place de la femme sont de mise. Il faut à tout prix lutter contre tout recul, aussi petit soit-il. Les attaques répétées du Parti conservateur de Stephen Harper contre le droit des femmes à l’avortement ne sont qu’une des tentatives les plus visibles d’une volonté de retour à un ordre ancien.

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