Les Conservateurs et l’histoire – Mise à jour

Le Parti Conservateur veut maintenant mettre son nez dans l’Histoire nationale canadienne. Outre le fait que le gouvernement fédéral n’a aucune compétence constitutionnelle dans ce domaine, c’est aussi la concrétisation par un comité d’une volonté rampante conservatrice de redéfinir le Canada par tous les moyens possibles. Exit la Charte, l’héritage libéral sur la scène internationale; il faut remplacer tout cela par du bleu.  Il ne suffit qu’à penser à l’utilisation dudit bleu plutôt que du rouge, traditionnellement associé au PLC, sur les sites internet gouvernementaux pour des raisons « d’efficacité » selon Joe Oliver, et non pas pour des raisons partisanes.

Ce n’est évidemment pas la première tentative du gouvernement Harper de réorienter le Canada vers ses propres fins. Il est pertinent de se rappeler du feu Musée des civilisations du Canada qui a été renommé dans la foulée des célébrations du 150e anniversaire de la Confédération (sic) canadienne. Il portera maintenant le nom de Musée canadien de l’histoire. James Moore, ministre du Patrimoine et des Langues officielles, en faisait l’annonce au mois d’octobre 2012. L’idée semble anodine de prime abord, mais il faut voir cet évènement comme s’inscrivant dans une lignée beaucoup plus large de manipulation et de construction d’un discours de vérité et de l’institutionnalisation de la subjugation des sciences à la volonté politique d’un gouvernement qui n’hésite pas à mêler idéologie et « objectivité scientifique » quand cela lui chante. Alors que Michel Foucault disait déjà dans Les mots et les choses que : « Les sciences humaines d’aujourd’hui sont plus que du domaine du savoir : déjà des pratiques, déjà des institutions. », l’utilisation de l’histoire afin de parfaire un discours politique n’a rien d’étonnant. Tous les moyens seraient-ils bons pour arriver à faire croire à la population que le Canada a toujours été un pays comme les Conservateurs sont en train de le définir, plutôt que l’usurpation libérale des 50 dernières années?

Après de nombreuses frasques impliquant la mise à l’abandon de toute information « scientifique » (que ce soit la destruction de la collection des données pour le recensement long, de la médisance et de l’écartement des groupes écologistes des évaluations environnementales nationales — comme concrétisé dans le projet C-38 du printemps 2012 — le rouleau compresseur accélère son mouvement), le gouvernement s’attaque maintenant à la portée de l’histoire. La volonté de s’ingérer dans l’Histoire nationale canadienne, tout comme le changement de nom du musée des civilisations, cachent un travail de sape qui passe presque inaperçu dans la population. Malgré le jugement de la Cour suprême du Canada de 1998, le débat n’est pas clos tant qu’à savoir qui a fondé le Canada. Est-ce l’union de deux peuples fondateurs (ou même trois), l’un francophone et l’autre anglophone? Ou est-ce l’union de quatre colonies? Étant donné que la Cour considère que ce fut l’union de la volonté de quatre colonies, cela a comme effet de priver le Québec d’un véto constitutionnel sur toutes les décisions qui sont prises dans la fédération. Sa voix se perd alors dans le brouhaha du reste du Canada.

Changer le nom du musée cimente cette décision dans le discours gouvernemental officiel. L’histoire du Canada ne devrait plus passer par l’étude de l’histoire d’un certain nombre de civilisations — francophones, anglophones et amérindiennes —, mais seulement de celle du Canada. Il est donc présenté comme un peuple uni, n’ayant pas de différences communautaires ou culturelles. Les particularités des peuples québécois et amérindiens se perdent alors dans un tout assimilable : guerrier, conservateur, monarchiste, etc. Le gouvernement fait ainsi tout son possible pour niveler les différences et les faire disparaître de notre mémoire collective. On assiste à la construction en temps réel d’un nouveau discours explicatif de ce qu’est la nation canadienne, qu’il veut maintenant enseigner aux générations futures. C’est socialiser les jeunes le plus tôt possible dans un monde simplifié, sous le couvert de l’objectivité de la science.

On se rappellera l’insistance qui a été mise à la promotion de la « glorieuse guerre » de 1812. C’était d’un ridicule grotesque. Ce moment fondateur devrait remplacer celui de la guerre de Sept ans et de la bataille des plaines d’Abraham à Québec? C’est une excellente tentative de vouloir noyer le poisson québécois dans le reste de la « fraternité canadienne ». Le retour d’une volonté monarchisante et d’un lien particulier avec une dictatrice de droit divin et de naissance refait son apparition dans les politiques gouvernementales et découle d’une même pensée anachronique.

Cet écran de fumée n’est rien d’autre que ce qu’il est : de la fumée. Il est intenable d’accepter, encore une fois, que le gouvernement Harper fasse tout en son pouvoir pour écraser le poids de la science, sinon pour la déformer et la mettre à son service. Il est impératif d’avoir des instruments objectifs qui nous permettent de mieux comprendre le monde qui nous entoure. Cela vaut autant pour la science climatique que pour l’interprétation de l’histoire. Ces instruments doivent rester à l’abri des manigances politiques et d’intérêts idéologiques.

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