Les armes à feu et le Québec

20121202E329VY_460Il est toujours aussi étonnant de voir Justin Trudeau se mettre les deux pieds dans la bouche à la fois. Sa plus récente déclaration a eu la chance de faire plusieurs fois le tour des Internets. Presque tous ont eu l’opportunité d’entendre sa sagesse et son analyse de la culture canadienne. Selon lui, les armes à feu sont une partie intégrante de la culture canadienne. Il en est même venu à dire que le registre des armes à feu a été une erreur libérale. Bref, la boucle est bouclée. Son opération séduction envers les prairies, particulièrement l’Alberta est un peu futile, après avoir dit qu’il était temps que le Canada cesse d’être dirigé par les Albertains, il honore maintenant une de leurs valeurs. Il va de soi que ce n’est pas uniquement en Alberta que nous trouvons des gens qui étaient opposés au registre des armes à feu. Souvent pour des motifs dépassant l’entendement, comme l’intrusion de la vie privée causée par l’enregistrement obligatoire.

Une arme n’est pas un droit, c’est un privilège qui est rattaché à son lot de responsabilités. Si les gens ne déchirent pas leur chemise lorsque vient le temps d’enregistrer leur voiture, il est difficile de cerner le problème avec l’enregistrement d’un produit qui est spécifiquement conçu pour tuer. Le registre des armes à feu n’a pas pour but d’empêcher la possession des armes. Le simple citoyen qui n’a rien à se reprocher n’a rien à craindre. Son existence vise seulement à faire la recension de celles-ci, et de servir d’outil pour les forces policières à travers le pays.

195144Outre ces considérations qui sont maintenant désuètes, considérant que le registre a déjà été aboli et que les données ont déjà été détruites afin d’éviter sa reconstitution — exception faite pour le Québec — c’est le clivage important qui existe entre la perception que la majorité des Québécois ont des armes à feu et de leur contrôle, et celle qui existe dans le reste du Canada. La déclaration de Justin Trudeau entre en contradiction avec la vision exprimée dans la province dont il est le député. Le travail premier d’un député est de représenter les intérêts de sa circonscription. On comprend cependant que Justin Trudeau travaille dans le but de devenir premier ministre du Canada, ce qui a des implications différentes.

mtl-polytechnique-cp-1204Compte tenu du 23e anniversaire de la commémoration du massacre de la Polytechnique par Marc Lépine, l’aspirant premier ministre aurait pu se garder une petite gêne dans ses déclarations. J’aimerais bien savoir ce que pense l’entourage des femmes qui ont été tuées ce jour-là pense réellement de la notion d’armes à feu comme partie prenante de la culture canadienne. Au-delà d’un nombre d’homicides, cette action d’un homme désaxé, c’était un meurtre à haute teneur politique. Dans sa lettre expliquant son action, il mentionne clairement que les féministes prennent maintenant trop de place, et qu’il va les envoyer rencontrer leur créateur. Ayant été refusé à la Polytechnique, Marc Lépine en avait réellement contre les femmes qui occupent maintenant, aussi, des postes qui étaient historiquement occupés par des hommes.

Son arme avait été légalement achetée, un registre des armes à feu n’aurait probablement pas sauvé ces femmes. La réaction à ce fait ne doit pas être, comme les conservateurs l’avancent, de détruire le registre le considérant comme inutile, mais d’ajouter des évaluations et des restrictions. Alors que des armes peuvent être achetées légalement, il n’y aurait pas de mal à mieux gérer le nombre de munitions qu’un individu peut posséder ou acheter sur une période donnée. Il est également possible de remettre en considération le nombre de munitions que peut contenir un chargeur d’une arme. Par exemple, si une arme a un chargeur de seulement 8 balles, il lui sera beaucoup plus complexe de tuer en grand nombre, que si celui-ci peut en contenir 30 ou même 50. Bref, il y a toujours moyen d’améliorer le système.

imageDans la même lignée, il s’avère important — comme le fait Antoine Robitaille dans sa chronique de ce matin dans Le Devoir — de souligner la levée du tabou par madame Marois concernant sa tentative d’assassinat le soir des élections le 4 septembre dernier. Un homme qui se présente armé jusqu’aux dents, avec l’intention claire d’assassiner la première ministre nouvellement élue, car elle est séparatiste et francophone, même s’il portait une robe de chambre, c’est un attentat politique. Le fait que l’homme soit déséquilibré psychologiquement — ce qui reste encore à prouver légalement—, son action est politique et elle l’était également dans son raisonnement personnel. Il s’était rendu au Métropolis avec l’objectif de tuer madame Marois. Lorsqu’il fut arrêté, il cria maintenant des paroles qui sont tristement rendues célèbres : « It’s payback time! Les Anglais se réveillent ». Il est grand temps de sortir du déni et de cesser de tourner uniquement ce débat social vers une personne. Il faut prendre ses responsabilités, et attaquer le problème de front.

En conclusion, Justin Trudeau devrait sortir de sa dénégation et reconnaître que le Québec forme une culture et même une nation distincte. Le fait qu’un trait est socialement construit dans le reste du Canada ne veut pas dire qu’il est construit de la même façon ou pour les mêmes raisons au Québec. Il est temps que se développe une forme de sensibilité aux particularités du Québec. Une victoire du PLC ne pourra pas passer à côté d’une reconquête du Québec. Donc, à moins que le Parti libéral du Canada ne veuille rester éternellement, ou jusqu’à décomposition, dans l’opposition, il serait temps de montrer un peu de respect.

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