Le canada et sa fausse compétitivité

Depuis la dernière semaine, une série de différentes nouvelles ont plus ou moins fait la une, et il est bien important de faire le lien qui existe entre chacune d’elles. Toutes ces nouvelles, alors qu’elle ne semble pas avoir un lien de prime abord, sont implacablement liées.

–          D’ici 2100, les scientifiques de la revue Nature Climate Change prévoient une augmentation de la température planétaire de 5 degrés Celsius (http://www.radio-canada.ca/nouvelles/science/2012/12/03/001-rechauffement-estimation-2100.shtml)

–          La situation économique du Canada semble se détériorer, alors que le prix des matières premières — le pétrole notamment — dégringole (http://www.washingtonpost.com/blogs/wonkblog/wp/2012/12/03/is-the-nhl-lockout-strangling-canadas-economy/)

–          Le Canada serait rendu le huitième pays avec la fiscalité la plus avantageuse dans le monde, selon PricewaterhouseCoopers et la Banque mondiale (http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Economie/2012/12/03/004-pwc-fiscalite-classement.shtml)

Syncrude Aurora Oil Sands Mine, Canada.En premier lieu, le Canada devient chaque jour de plus en plus dépendant sur l’exportation de ses matières premières. Ce type d’exportation est celui qui est le plus sensible aux différentes variations dans le marché. La demande en ressource première, qu’elle provienne des États-Unis, ou bien des pays émergents, est directement liée à la situation économique et à la confiance en celle-ci. Pour faire simple, si les industriels croient que leurs différents produits pourront être liquidés à bon prix, ils en produiront plus, faisant ainsi augmenter le prix des matériaux nécessaires à leur production. S’ils ne voient pas la lumière au bout du tunnel, ils vont réduire leur production, faisant ainsi chuter la demande et les prix qui leur sont rattachés.

En second lieu, afin de tenter de contrer les différents effets que le marché pourrait avoir sur l’exportation de ses matières premières, le Canada, sous l’impulsion d’un gouvernement conservateur à la botte des pétrolières albertaines, s’est vu imposer une cure minceur extrême à son régime fiscal. Le taux global d’imposition des entreprises est maintenant de seulement 26,9 %, comparativement à une moyenne de 44,7 % pour tous les pays étudiés (185) par ladite firme. Ce taux d’imposition serait même considéré gênant pour une république de banane.

En troisième lieu, en développant une industrie d’extraction de ressources naturelles, sans réel contrôle environnemental, et en n’imposant pas suffisamment les entreprises pour couvrir les externalités négatives qui en découlent – particulièrement dans le cas du pétrole provenant des sables bitumineux – le gouvernement canadien participe activement à la destruction de l’environnement et à la dégradation du climat à l’échelle planétaire (et ceci c’est sans compter son retrait unilatéral du Protocole de Kyoto). Le simple fait que les industries qui font l’extraction des différents minerais ou du pétrole au Canada n’aient pas d’obligation environnementale, c’est une forme de subvention déguisée pour celles-ci. Un réel marché concurrentiel force les entreprises à couvrir la pleine valeur de leurs externalités négatives, ne laissant pas la société pallier à celles-ci. Donc, en plus de ne pas penser le développement économique canadien dans une perspective durable, le gouvernement conservateur inflige un fardeau supplémentaire à la société qui devra éventuellement être payé.

Donc, de fil en aiguille, ces trois nouvelles ont des incidences et des sources qui leur sont très semblables. Le Canada tente d’être compétitif au niveau international avec une fiscalité digne d’un État sous-développé, ce faisant il stimule la croissance d’une industrie d’exportation des ressources premières, rendant ainsi le pays de plus en plus dépendant de l’humeur des marchés. Avec la tendance croissante de la privatisation du profit et de la socialisation des pertes, il n’est donc pas étonnant que le Canada ne soit pas en position de remplir ses obligations légales envers le processus de Kyoto, ouvrant ainsi la porte à un retrait par décision du Conseil des ministres. Ce retrait, tout en n’étant pas la seule cause qui mène inexorablement l’espèce humaine vers sa perte, n’est pas de bon augure pour des négociations futures sur la réduction des GES.

rechauffement-climatique-200x200Bref, le Canada a basé sa croissance des dernières années sur des bases assez peu solides. Une croissance basée uniquement sur l’extraction et non pas sur la transformation de différents produits ou ressources est soumise à beaucoup trop d’aléas qui sont hors du contrôle d’un gouvernement en ces ères de mondialisation. Chaque variation dans le marché signifie une hausse, ou bien une baisse, qui peut changer la vie de milliers de travailleurs. La croissance à laquelle nous avons assisté n’a pas du tout été basée sur l’innovation ou sur une augmentation de la productivité, mais uniquement sur le gonflement des prix de matières non renouvelables. Ce fait est très inquiétant pour l’avenir de la qualité des emplois qui seront disponibles dans le futur au Canada, mais aussi pour la situation environnementale qui nous attend dans les prochaines années. La compétitivité du Canada qui se base sur l’allocation d’avantages indus aux entreprises n’est qu’un mirage qu’il se faut de percer.

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