L’opportunité de Mark Carney

C’est avec une grande surprise que nous avons appris l’embauche de l’actuel gouverneur de la Banque du Canada, par la Bank of England. Même Jim Flaherty avait l’air d’être renversé à la conférence de presse qui suivait l’approbation du Parlement anglais de cette nomination quelque peu insoupçonnée. Il a cependant su rattraper la balle au bond en rappelant que cette nomination ne pouvait être que le signe de la solidité et du brio du gouvernement conservateur depuis son élection en 2006. Il va sans dire que la compétence de Mark Carney est au-delà de tout soupçon. Toutefois, il ne faut pas lui attribuer tous les mérites de la capacité du Canada à s’être tiré mieux que les autres pays de la crise mondiale. En premier lieu, il faut se rappeler les solides bases sur lesquelles il a pu s’appuyer, mais aussi saisir l’opportunité qui lui est maintenant offerte d’avoir un impact majeur sur le système financier mondial et ainsi repousser le plus loin possible la prochaine crise de grande envergure

La relative santé de l’économie canadienne ne s’est pas gagnée avec la seule élection du Parti conservateur en 2006. La mise en place de normes de capitalisation et de gestion des avoirs est de plus longue date que l’élection du parti au pouvoir actuellement. La rigueur économique qui a été imposée, non sans le coût, par le Parti libéral dès son élection au début des années 1990, sous le règne de Jean Chrétien, n’est pas étrangère à la condition actuelle. De fortes coupes dans la fonction publique et dans les différents programmes ont permis au gouvernement fédéral de liquider une partie de son déficit, pour ensuite être capable d’accumuler les surplus. Autant il est possible de vanter les mérites de cette gestion austère, le centre gravitationnel du problème se situe maintenant ailleurs, nommément dans les provinces. Le fédéral a tout simplement pelleté son déficit dans la cour des provinces en coupant les transferts à celle-ci, malgré l’augmentation des coûts en santé et en éducation, mais ceci est une autre histoire. Ce qui est à retenir, pour les marchés principalement, c’est que le Canada a été capable de faire les choix qui étaient nécessaires, au moment où ils se devaient d’être faits.

(Outre cette bonne réputation qui a été acquise lors des deux dernières décennies, il ne faut pas non plus oublier de remercier les pays émergents pour l’explosion du prix des matières premières des dernières dix années. L’explosion de la valeur des ressources que détient le Canada est en corrélation directe avec l’effet dopant que l’on a pu percevoir ces dernières années. La croissance canadienne reste fragile, comme l’a rappelé Jim Flaherty dans sa mise à jour économique d’il y a moins de deux semaines, repoussant ainsi l’atteinte de l’équilibre budgétaire d’une année supplémentaire, mais se faisant gronder par son patron il a affirmé que tout serait sous contrôle pour la date prévue devant des gens d’affaires à Toronto. En plus de permettre une croissance artificielle, bénéficiant à une minorité de riches chefs d’entreprises, tout en défigurant l’environnement d’un océan à l’autre, cette hausse de la valeur des matières premières a aussi comme conséquence de nuire au reste des industries manufacturières canadiennes qui n’ont pas été capables d’ajuster leur productivité à la vitesse à laquelle le prix des ressources augmentait, créant ce qui est connu sous la dénomination de mal hollandais.)

Il était un peu rapide pour le ministre des Finances Flaherty d’attribuer également la bonne santé de l’économie canadienne au Parti conservateur. Lors de l’éclatement de la crise et des élections qui ont suivi à l’automne 2008, le gouvernement avait promis tout au long de la campagne électorale que le Canada entrerait au grand jamais en récession. Dès le lendemain des élections, le ciel venait subitement de s’obscurcir : la récession était à nos portes. Le gouvernement Harper n’envisageait toujours pas des mesures de relance économique, outre celle de couper le financement public aux partis politiques fédéraux. C’est à ce moment que le gouvernement de coalition de communo-séparatistes, alliés à l’infâme Parti libéral du Canada, a failli prendre le pouvoir. Sans cette impulsion et l’utilisation peu légitime de la prorogation, le gouvernement Harper n’aurait surement pas adopté les mesures quasi keynésiennes qui s’imposaient au Canada, pour lui permettre de ne pas sombrer trop profondément dans la crise.

C’est à corps défendant que le Parti conservateur a consenti à ce qui a été l’une des sources du maintien de la santé financière canadienne. De plus, il ne faut pas oublier que les conservateurs n’ont jamais été capables de produire des surplus budgétaires dans les 50 dernières années, à l’exception de l’année d’entrée au pouvoir de Stephen Harper en 2006. Donc, pour la rigueur budgétaire et la santé de l’État, nous repasserons (http://www.cbc.ca/news/interactives/canada-deficit/).

Mais bref, outre les talents certains de Mark Carney, il est vrai que c’est une perte pour le Canada. Comme il est possible de le constater, ce n’est clairement pas le parti au pouvoir qui est dans la meilleure optique pour s’assurer de maintenir le gouvernail de l’économie canadienne dans la bonne direction pour le reste de la tempête qui se dessine encore devant nous. Cependant, ce changement d’employeur pourrait s’avérer être une bonne nouvelle pour les finances mondiales. La Bank of England reste l’une des banques centrales les plus puissantes du monde. Les décisions qui y sont prises ne sont surpassées que par les décisions de la Fed américaine. Londres (ou la City) reste l’une des plaques tournantes de la finance mondiale, tout particulièrement pour la zone euro. Prenant compte de ce fait, Mark Carney a l’opportunité d’insuffler un vent de fraîcheur à cette place de marché qui a été trop longtemps guidé par un laxisme qui n’a de commune mesure que la rapacité des traders qui y travaillent.

C’est aussi un coup de bol incroyable que pour la nomination de Mark Carney, qui était aussi président du comité de stabilité financière du G20, que le Parlement anglais a ajouté la réforme des règles financières et de leur contrôle au mandat du Gouverneur de la BoE. Armé de ces nouveaux pouvoirs, Mark Carney aura la possibilité d’en faire plus que n’importe quel de ses prédécesseurs. Il ne semble pas utopique, pour le moment à tout le moins, de croire qu’il pourra amener un peu de cette rigueur et de cet encadrement des marchés financiers et des banques, pour lesquels il a fortement milité au Canada. L’économie anglaise ne pourra que mieux s’en porter, ainsi que l’UE.

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1 commentaire
  1. Sara-Maude a dit :

    Des petites flèches tout en douceur à l’endroit du PCC, et ce, à l’aide d’un esprit plus que critique.
    Félicitations, belle analyse et bonne synthèse.

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