Israël et le massacre consenti

« J’ai compris qu’il ne suffisait pas de dénoncer l’injustice, il fallait donner sa vie pour la combattre. » — Albert Camus dans Les Justes

« La société politique contemporaine : une machine à désespérer les hommes. » — Albert Camus dans Chroniques

Une des certitudes qu’il nous est possible d’avoir avec Israël, c’est qu’en période préélectorale, il y aura toujours un faucon qui sera prêt à détourner l’attention de la misère de sa population pour la retourner vers l’ennemi vital qu’est la présence de musulmans sur le territoire israélien. Ce qui est surtout à déplorer, c’est que par-dessus cette toile de fond il reste encore et toujours une forme de tabou international, encore plus au Canada, en ce qui a trait à la critique de l’État hébreu. Depuis la création de l’État d’Israël, sur fond de fin de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoa, il y a eu une institutionnalisation de la victimisation du projet sioniste.

Alors que les alliés créaient un État artificiel autour d’une ville sainte en chassant et en expropriant les populations locales majoritairement musulmanes, les États-Unis devenaient de plus en plus les ardents défenseurs du projet et allaient se préparer à défendre Israël envers et contre tous, et ce, peu importe les coûts.

La création d’Israël semblait faire un peu plus l’unanimité au sortir de la guerre, pour faire suite à ce sentiment de culpabilité d’en avoir exterminé plus de six millions, c’est rendu de moins en moins le cas. Il reste seulement une pognée d’irréductibles qui sont prêts à se mettre à genoux devant l’État hébreu; les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Canada. Notre bon ministre des Affaires étrangères à d’ailleurs reçu l’année dernière un prix israélien pour souligner l’appui indéfectible du Canada à Israël. Il y a peu de raisons d’être fier. Il y a encore moins de raisons de l’être quand nous prenons en considération le fait qu’il est maintenant complètement impossible de critiquer Israël sans être automatiquement taxé d’antisémitisme. Il y a une interdiction morale absolue de empêchant de critiquer le projet sioniste. Ce fait est une plaie pour les êtres bien-penseurs de ce monde. La simple volonté de remettre en question un aspect ou un autre de la politique israélienne devient automatiquement assimilable à une volonté antisémite. Il semblerait que maintenant le mot sioniste (la volonté de créer un État juif en la Terre sainte, afin que tous ceux qui veulent venir y habiter le puissent) est un synonyme du sémitisme (à caractère juif). Pour moi, il n’y a aucune contradiction à être opposé au projet sioniste, tout en n’étant pas antisémite. L’un n’égal pas l’autre. Vouloir en faire des synonymes est une sursimplification de la réalité qui sert les intérêts d’un État impérialiste et violent. En faisant l’adéquation de ces deux concepts, l’État d’Israël réussi à culpabiliser tout ceux qui osent lever la voix contre ses politiques d’apartheid et de nettoyage ethnique. C’est cette construction sociale d’un tabou à l’échelle internationale qu’il faut détruire afin de pouvoir avoir une discussion d’égal à égal. Nul ne doit et ne peut être à l’abri de la critique.

Alors qu’Israël a été fondé à la suite de la boucherie institutionnalisée la plus meurtrière de l’histoire (en nombre absolu et par la sophistication de l’extermination ainsi que par la volonté d’éliminer une population entière basée sur des critères raciaux), il est étonnant de voir le peuple qui s’est vu le plus touché par celle-ci reproduire la même chose envers une autre population, et ce, sur des critères assez semblables. Terminée l’époque où l’on entendait dire le classique « Plus jamais ». Il ne faut pas se leurrer, les conditions dans lesquelles le gouvernement israélien force 1,7 million de Palestiniens à vivre depuis l’élection du Hamas, sont intolérables et elles sont assimilables à de la torture à grande échelle.

Pendant ce temps, les pays dits démocratiques restent plus ou moins muets et continuent à défendre le droit d’Israël à se défendre. La logique d’escalade dans laquelle est figé l’État hébreu est sans commune mesure. Cela dit, je ne vais pas tomber dans le même piège d’aveuglement dans lequel les défenseurs du projet sioniste tombent beaucoup trop souvent. Il y a des fautes des deux côtés, tant du côté israélien que du côté palestinien. Nous ne pouvons pas retourner en arrière et changer les erreurs du passé, il est cependant possible d’envisager un avenir plus radieux, avec deux États ne vivant pas nécessairement en pleine harmonie, mais en cohabitation à tout le moins.

Il est primordial de prendre la situation en main et de permettre une résolution du conflit d’une manière autre que par la bouche des canons. L’éclatement d’un conflit violent n’est gagnant pour personne. Tout le monde y perd. Malgré ce qui s’est produit dans le passé, il faut avancer. Israël ne peut plus se cacher derrière un passé biaisé et obscur pour justifier sa politique d’apartheid et de crime contre l’humanité. Elle ne peut pas continuer à tuer des Palestiniens, jusqu’au moment où il n’est restera plus un. Israël ne peut pas continuer à tuer 10 Palestiniens pour chaque Israélien tué.

Alors que Bashar Al-Assad, massacre sa population à coup de dizaine de milliers, même si l’occident rechigne à intervenir directement, il y a tout de même un sentiment d’indignation international — pour ce que cela vaut. Tandis que lorsque Muammar Gaddafi menaçait de faire la même chose, l’occident s’est retourné très rapidement et à envoyer l’artillerie lourde et les frappes stratégiques sans aucune retenue pour mettre fin le plus rapidement possible à ce risque de nettoyage ethnique et politique. Lorsque nous en arrivons à la cause des Palestiniens, rien. (Ce n’est bien entendu par le seul cas de la sorte, que nous pensions au Darfour, au Rwanda, au Tibet, etc.)

Autant il est possible de blâmer les membres du Hamas pour leurs tirs de rockets, il est surtout important de dénoncer le carnage auquel se prépare à mettre en place le gouvernement israélien pour des motifs électoraux, et ce, avec l’assentiment de la Grande-Bretagne, des États-Unis et du Canada. Ce qu’il y a d’encore plus scandaleux que le massacre de pauvres innocents, c’est qu’aucun pays occidental ne se fait le porte-parole d’une solution alternative aux missiles qui sont lancés à presque toutes les minutes par les F-16 israéliens. Ces pays qui se disent démocratiques et qui prônent la paix et la coexistence pacifique ont les mains tachées du sang des 47 Palestiniens morts en date d’aujourd’hui (et des dizaines de milliers d’autres au cours des dernières années). À rester les bras croisés, à acquiescer aux bonnes volontés d’Israël et par son inaction : l’occident se rend coupable de crime contre l’humanité.

La construction d’un État, peu importe sa nature, ne peut pas et ne doit pas se faire au détriment d’un autre et de sa population. Il faut agir avant qu’il soit trop tard.

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2 commentaires
  1. Bakouchaïev a dit :

    «Alors qu’Israël a été fondé à la suite de la boucherie institutionnalisée la plus meurtrière de l’histoire (en nombre absolu et par la sophistication de l’extermination ainsi que par la volonté d’éliminer une population entière basée sur des critères raciaux), il est étonnant de voir le peuple qui s’est vu le plus touché par celle-ci reproduire la même chose envers une autre population, et ce, sur des critères assez semblables.» Avez-vous déjà fait des recherches sur la création de l’État d’Israël? Les sionistes, avant d’appuyer ce projet, ont soutenu et financé Hitler. Justement, pour en arriver au tabou que vous mentionnez et pour pousser leur projet d’État israélien plus à fond. Je pense aux Rothschilds, notamment. Les sionistes n’ont jamais eu à coeur les intérêts des Juifs qu’ils manipulent depuis le début. Ces gens là veulent la guerre, car ils en tirent profit. La même force qui était derrière les nazis se trouvent derrière cet État. Pour ce qui est des États-Unis, une recherche sur l’opération «Paperclip» peut être intéressante. Nous ne pouvons pas vivre dans le passé, mais nous devons le comprendre pour avancer.

    • Tout à fait d’accord avec la manipulation du projet pour promouvoir des intérêts capitalistes et impérialistes. Il y a une étonnante corrélation entre ceux qui soutiennent un côté ou l’autre, et leur position sur l’axe idéologique droite/gauche.
      Lorsque je disais que l’on ne peut pas vivre dans le passé, c’est surtout dans le sens que l’on ne peut pas rester cloisonné dans ces perspectives de façon indéfinie, il faut avancer éventuellement. Bien entendu que la compréhension du passé est un axe important de la compréhension du présent.
      Merci pour votre bon commentaire et vos suggestions, j’en prends bonne note.

      Simon

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