La fraude intellectuelle de Mathieu Bock-Côté

Mathieu Bock-Côté est un polémiste très actif au Québec depuis quelques années. Il jouit d’une tribune sans égal pour propager sa pensée. Il est chroniqueur au Journal de Montréal, au 24 h, à Échos Montréal, à Dumont, au 91.3FM au 98FM Saguenay et à CHOI FM. Quelles que soient la portée, la profondeur et l’orientation de ses réflexions, il en a largement le droit. Le problème se trouve plutôt à un autre niveau : il s’autoproclame sociologue et profite d’une autorité qu’il n’a pas.

Bock-Côté étudie réellement en sociologie à l’UQAM, où il est également chargé de cours. Cependant, il revendique à tort et hijack indument le titre de sociologue, alors qu’il n’a même pas encore reçu son doctorat et qu’il n’est toujours pas titularisé comme professeur. La qualité et la crédibilité d’une personne et de son autorité en sciences sociales découlent beaucoup de la reconnaissance par ses pairs. Les deux moyens possibles d’obtenir cette forme de reconnaissance tant convoitée résident dans ces deux critères que Mathieu Bock-Côté ne remplit pas. De plus, pour arborer réellement un titre « scientifique », il faut également faire preuve d’un esprit analytique et démontrer un certain recul de son objet de recherche. C’est une autre caractéristique que Bock-Côté ne remplit pas. Il a souvent et sévèrement été critiqué par les autres membres de la communauté scientifique en sociologie et en sciences sociales pour ses analyses beaucoup trop biaisées, partisanes et qui manquent de rigueur.

Ces trois points précis n’ont pas comme but de discréditer l’opinion de Bock-Côté, mais plutôt de la mettre en perspective et à niveau. Il a tort et il est dangereux qu’il se donne une crédibilité supérieure à celle qu’il a vraiment. Le titre de professeur d’université est accompagné d’une charge positive et d’une connotation convaincante dans l’espace public. Cette autorité se doit d’être méritée et justifiée. Il en va de la bonne conduite et de l’honnêteté de notre débat public. Trop souvent, les gens vont prendre les sciences sociales à la légère, mais que dirait-on d’une personne qui se fait passer pour un pharmacien, sans en être un? Est-ce que quelqu’un souhaiterait être jugé par un étudiant en droit par exemple? Il doit en aller de même pour l’autorité conférée et sanctionnée par un diplôme de troisième cycle universitaire, ou par la confiance suffisamment acquise de ses pairs dans son domaine de recherche, qui mène à la titularisation. Mathieu Bock-Côté n’est qu’un commentateur social, tout comme Richard Martineau ou tout autre chroniqueur d’un journal. Ses arguments doivent pouvoir exister et se défendre d’eux-mêmes, car il n’a pas la capacité d’intercéder et de transcender l’opinion publique par ses commentaires biaisés. Ce ne sont que des opinions et non pas des faits.

Aujourd’hui, sur son blogue sur le site du Journal de Montréal, Mathieu Bock-Côté répond au manifeste de la CLASSE qui a été dévoilé au public aujourd’hui. Après avoir mentionné qu’il se réserve du temps pour pouvoir le lire suffisamment et y revenir plus tard, il risque malgré tout quelques commentaires préliminaires. Il attaque de front l’une des déclarations du manifeste qui dit que la CLASSE est le peuple. Cette affirmation répond à la tentative du gouvernement libéral de Jean Charest de distinguer le mouvement étudiant du reste de la population. Depuis le début, le gouvernement a tenté de placer en opposition les étudiants et les honnêtes citoyens. Les étudiants étant la racine du mal, et les citoyens ceux dont le gouvernement se fait l’humble protecteur malgré lui. Cette affirmation de la CLASSE peut sembler radicale pour certains, mais il en est tout autrement. Les étudiants font également partie du peuple d’aujourd’hui, et ils formeront le peuple de demain. C’est en ce sens que le manifeste de la CLASSE porte des idéaux qui sont dans l’intérêt de tous ceux qui sont opprimés.

Un grand activiste prononça un jour ces sages paroles qu’il ne faut surtout pas oublier aujourd’hui dans notre ère des médias gratuits, corporatistes et à la solde des intérêts dirigeants : « If you aren’t careful, the newspapers will have you hating the people who are being oppressed and loving the people who are doing the oppressing. » – Malcolm X, Audubon Ballroom, December 13, 1964. C’est exactement ce à quoi nous avons assisté durant le conflit étudiant. Il a fallu une loi sauvage, crasse, vile, perfide et anticonstitutionnelle pour qu’une frange marquée de la population se rende compte que le gouvernement écrasait le mouvement étudiant de sa main armée étatique.

En outre, en plus de cette attaque de front, Mathieu Bock-Côté va jusqu’à ajouter : « Mais je dis maintenant : il ne faudra pas se laisser intimider par le gauchisme grandiloquent de la CLASSE. Mais bien montrer en quoi la vision qu’elle met de l’avant n’a rien à voir avec la démocratie, non plus qu’avec les exigences élémentaires de la liberté politique. ». J’aimerais bien en voir la démonstration. La CLASSE est l’une des organisations où l’investissement et la participation directe ont une place en or et où toutes les décisions sont prises démocratiquement. Cette démocratie du processus l’est telle, qu’elle fut critiquée durant le conflit, alors que l’on attendait des réponses rapides et des prises de position promptes de la part des porte-paroles, choses qu’ils ne firent jamais par respect pour cette organisation.

Il est malhonnête de venir dire que maintenant ils sont antidémocratiques, alors qu’ils furent critiqués pour leur aspect « trop » démocratique il y a deux mois de cela. Si Mathieu Bock-Côté ne considère pas le fonctionnement de la CLASSE comme étant démocratique, c’est peut-être parce que sa vision de la démocratie est pervertie. Si sa définition de la démocratie est celle qui implique d’aller voter une fois au 4-5 ans et qu’entre-temps le gouvernement a un chèque en blanc pour faire comme bon lui semble, que le seul pouvoir du peuple c’est de sanctionner ou de reconduire; c’est Bock-Côté qui a une vision réductrice de ce qu’est la démocratie. Le peuple ne se résume pas à un sondage dans La Presse ou le Journal de Montréal. Le peuple c’est nous, vous, lui, toi, moi; mais ce n’est certainement pas une élite corrompue qui dirige le Québec comme si c’était sa petite compagnie familiale.

Il y en aura pour dire que c’est difficile d’investir le temps nécessaire pour se tenir au courant de l’actualité, d’étudier les différentes positions, d’y réfléchir et d’en débattre avec ses proches par la suite. C’est dommage, mais la liberté est un bien toujours en mutation qu’il faut maintenir en vie. C’est un effort, oui, mais qui en vaut la peine. Du moment où on la tient pour acquise, c’est à ce moment qu’elle commence à glisser et à disparaître aux mains d’un groupe peu scrupuleux qui, lui, n’aura pas la paresse de ne pas faire ce qu’il faut pour atteindre ses buts sous le couvert d’une démocratie et d’une liberté vivant sous perfusion d’un monde de consommation.

Tout comme l’écrivait Albert Camus dans Les Justes « J’ai compris qu’il ne suffisait pas de dénoncer l’injustice, il fallait donner sa vie pour la combattre. »

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11 commentaires
  1. Lorsque Mathieu Bock-Côté parle, il ne s’accorde pas le statut de scientifique ou l’étiquette de vérité à ses paroles. C’est souvent les gens de la sphère publique qui se sentent écrasés devant la qualité de son français et ses talents d’orateur. D’ailleurs, même si tu n’es pas en accord avec sa vision, ses arguments sont franchement mieux formulés que ce que nous sommes habitués d’entendre dans les médias de masse.

    Il faut aussi souligner la rareté de ce qu’il est, un doctorant en sociologie à l’UQAM de droite, qui écrit dans le Journal de Montréal. Je comprends que ce n’est pas vraiment un argument, mais il me semble peu surprenant que celui-ci trouve plusieurs critiques au sein de son propre département.

    Au sujet de la CLASSE, ce qui est antidémocratique dans leurs actions n’est pas leurs opérations à l’interne. Aussi démocratique que leurs processus décisionnels puissent bien être, ils transgressent plusieurs lois dans les rues, ce qui a un impact tangible sur certaines personnes de la population, sous le prétexte que ce fut le résultat d’une décision démocratique. C’est bien, je n’ai sérieusement aucun problème avec les gens qui tiennent tête à la loi. Certaines lois méritent d’être brisées. Mais il faut faire la distinction entre des oranges et des pommes et assumer ses actions. Quelque chose que la CLASSE et le gouvernement Charest ont tous deux biens de la misère à accomplir. Finalement, on ne doit pas être surpris qu’un homme qui trouve sa niche dans un conservatisme de « droite » pseudo-intellectuel tienne ces propos.

    • Tout à fait d’accord, mais il ne se gêne pas et ne se dissocie pas de cette étiquette. C’est de la vanité peut-être?

      Mais j’avoue qu’un sociologue de l’UQAM de droite, il faudrait peut-être le mettre dans un musée, surtout qu’il s’exprime très bien.
      Cependant, je n’irais pas jusqu’à dire que le fait de transgresser des lois c’est antidémocratique. Si la démocratie c’est le pouvoir qui émane du peuple, lorsque le peuple prend la rue, c’est démocratique. Mais bon, on tombe dans un autre débat là.
      Merci comme toujours pour tes commentaires constructifs. J’ai hâte de voir si je vais avoir du « hate » de la droite.

      • Même en y repensant, il accepte cette étiquette d’autorité, il se réclamme lui-même de sociologue sur son blog du JdM et sur son compte Twitter.

      • Philippe a dit :

        Il est sociologue… Il a une maîtrise en sociologie. Quel titre correspondrait mieux à sa formation? Dentiste? Peintre? Berger? Chirurgien?
        J’ai une maîtrise en histoire, je me considère en effet comme un historien. Est-ce de la fraude..? Faudrait-il que quelqu’un m’autorise à porter ce titre, parce que mes diplômes ne sont pas suffisants? À moins qu’il existe un ordre des sociologues du Québec, et que cet ordre aurait fermé sa porte à Mathieu Bock-Côté?

  2. Pudeur intellectuelle a dit :

    Je dois avouez qu’un étudiant en socio à l’UQAM devrais être mis dans un musé. Moi personnellement, lorsque quelqu’un ment sur ce qu’il est (mensonge par omission) j’ai tendance à discréditer ce qu’il dit, surtout quand ce qu’il écrit se résume à de la masturbation intellectuelle basé sur des fantasme irréalistes.

  3. samuelbrien a dit :

    Le respect de la loi… M’semble que dans tous les systèmes d’organisation sociale hiérarchiques le respect de la loi est une valeur prédominante. Dans un système ou le pouvoir est au peuple, ce qui est antidémocratique ce n’est pas de voir une partie du peuple transgresser une loi, mais de voir des gens sensés être de simples représentants imposer des lois par la force.
    La démocratie 50+1 est souvent revendiquée pour imposer une façon de fonctionner en jouant des franges de la population les unes contre les autres. Une version cheap de la démocratie. C’est ce genre de démocratie « made in China » qui est rejetée au profit d’une démocratie plus directe, ouverte et participative.

  4. Felix Faucher a dit :

    Bonjour, j’ai apprécié lire cette note. Voici quelques réflexions que le billet m’a inspiré, ordonnés suivant quelques-uns des points soulévés dans le texte.

    Sociologue
    Le fait que MBC se déclare (faussement) sociologue avant d’avoir obtenu son Doctorat, alors que la plupart des sociologues que je connais se définissent comme tel après la maîtrise en sociologie, ce qu’il semble avoir obtenu.

    Professeur
    Le fait de ne pas être un professeur titularisé, que ceci le discrédite parce que de ce fait il n’a pas le respect de ses pairs. Il y a plusieurs occasions/situations dans la vie universitaire pour recevoir la reconnaissance de ses pairs : l’octroi des bourses dont le comité est formé par des professeurs, la candidature et élection pour des postes administratifs clés, les chaires de recherche, le fait d’être publié dans les revues académiques (j’aime mieux ce terme que scientifiques), etc.

    Le fait d’obtenir un poste permanent de professeur compte parmi ces occasions, mais d’autres critères/facteurs influencent également l’obtention d’un poste par un individu. Par exemple, le fait qu’un poste s’ouvre (ceci est déjà en soi un facteur non-négligeable) qui correspond avec les intérêts de recherche, de pratique, en un mot avec l’expertise (spécifique) du candidat. Il faut en outre (de façon informelle à ce que j’ai compris) que le candidat n’ait pas le même profil qu’un professeur déjà en poste. L’excellence du dossier académique, les publications et autres démonstrations de reconnaissance de la part des pairs me semble un pré-requis général que tous les candidats doivent posséder plutôt qu’une preuve de la reconnaissance de la communauté académique. Les circonstances entourant l’ouverture du poste, la correspondance d’un candidat et la circulation de l’information (et des influences, les professeurs aussi sont humains) me semblent plus déterminants.

    Scientisme
    Puis, il y a l’éternel débat au sujet de la scientificité des sciences sociales (les opinions, les faits, l’objectif, le subjectif, la distance…). Sur ce point j’aime bien la « mise en garde » (en quelque sorte) que nous donne Kuhn dans « La structure des révolutions scientifiques ». J’y reviendrai plus loin avec Guy Rocher.

    Rhétorique
    Finalement (pas que j’aie passé à travers tous les points soulevés, c’est seulement que j’arrive à la fin de ce que ce billet m’a inspiré), on entre dans une attaque de l’opinion exprimée. Discréditer ce qu’une personne est (et sous-etendre qu’elle n’est pas qualifiée pour se prononcer, donc que son discours est invalide) pour, par la suite, s’attaquer à ce qu’elle dit, me semble un jeu dangereux, ou, dans un vocabulaire moins incendiaire, un sophisme. Qu’une personne ait trop de couverture médiatique est une circonstance qu’on peut critiquer, mais disqualifier l’adversaire avant de prendre position contre son argumentaire, c’est comme déclarer une manifestation illégale avant qu’elle ait lieu : ça ressemble étrangement à un argument ad hominem. http://fr.wikipedia.org/wiki/Argumentum_ad_hominem

    Participation
    Becker, dans « Writing for Social Scientists », met l’emphase sur la participation au débat académique, activité nécessaire à la bonne santé de la recherche et à laquelle les étudiants qui aspirent à une vie intellectuelle riche doivent s’exercer au plus tôt. Cette note à laquelle je réagis est un exemple de participation, peu importe le niveau de scolarité atteint par l’auteur ; nous n’apprennons pas qu’à l’école, heureursement. En d’autres mots, nous n’en somme pas réduits au niveau atteint dans la hiérarchie d’une institution bureaucratique, où alors notre pensée plafonnerait au dernier cours suivi, ce qui est une vision plutôt réductrice de l’intellect humain.

    Liens radio-canauditifs
    Il y a eu une discussion intéressante en ce qui a trait au rôle des intellectuels et de leur participation en société à la première chaîne de la SRC, avec… MBC. http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2012/CBF/MediumLarge201204030908_1.asx

    Foglia et Falardeau (Pierre & Pierre) avaient eu une discussion intéressante à ce sujet aussi, à « L’autre
    midi à la table d’à côté », 30 mai 2005, au bas de la page…
    http://www.radio-canada.ca/radio/profondeur/9525.html

    Finalement, Guy Rocher, sociologue parmi d’autres, ne me semble pas fou du critère scientifique des sciences sociales lorsqu’il discute de la recherche fondamentale dans sa critique de l’instrumentalisation de l’éducation. Bien qu’il s’agisse de deux objets distincts, le scientisme est souvent invoqué par les tenants de l’instrumentalité. Voilà pour ma participation.
    http://www.radio-canada.ca/emissions/le_21e/2011-2012/archives.asp?date=2011-03-11

    -Félix Faucher

    • Je prends excellente note de vos commentaires et merci pour ceux-ci, ils me sont très instructifs et je les accepte avec humilité.

  5. Nicolas Ferland a dit :

    Salut les boys,
    vous pensez beaucoup vous hein, j’me trompe? Et si on aurait du plaisir en gang, en équipe, vous diriez quoi? On est tous à la recherche du plaisir. Et puis, si on se laissait aller gentiment, vous diriez quoi? Et puis j’aime beaucoup les bonnes entreprises comme St-Hubert qui traitent les gens tous de la même façon, sur un pied d’égalité, la même portion et succulente a souhait.

    Je travaille dans une compagnie superbe ou tous les employés sont bien traités et travaillent en concert ensemble, chacun selon ses habiletés, à son poste. Pour ma part je m’occupe d’un produit excellent, bien pensé et qui fonctionne a merveille, cela fait 100 ans il me semble qu’ils perfectionnent leur produit jusqu’à ce qu’ils obtiennent un matériel qui fonctionne bien, plaisant, esthétiquement beau, efficient. C’est une équipe neutre qui aident les autres et ne les laissent pas de coté, je suis fier de travailler pour eux et c’est très plaisant de faire ce job, je m’amuse et mon travail ressemble a un jeu, le temps passe vite en s’amusant.

    Qu’en pensez vous?

    L’idée qu’on est tous à la recherche du plaisir et que chacun a ses rêves me plait.
    Je suis neutre

    • Canard Enchaîné a dit :

      Hmmm je crois que je suis plutôt neutre par rapport à tes affirmations. Pire encore; celà me plaît!
      Bref, je suis neutre.

  6. Chris K a dit :

    Alors puisqu’il s’exprime bien on doit donner de la valeur à ses propos, qui, faut-il le dire, frôlent le ultranationalisme? Si on réduit ses paroles à la pure idéologie qu’il essaie de véhiculer, il n’y a pas un grand écart entre lui et les mouvements ultranationalistes en Europe. Il est obsédé avec le statut des Canadiens-français, avec l’identité, avec le souveraineté. Bref, pour lui, le Québec se résume à un combat contre une conquête qui a eu lieu en 1763 et qui, pour lui, existe toujours. Mais le Québec progresse énormément depuis quoique dans une réalité qui lui échappe – celle du pragmatisme, de l’invidualisme, du capitalisme globalisé. Et ces courants n’excluent pas le peuple québécois, quoiqu’il veuille en dire.

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