La poursuite de la grève

Après plus de 130 jours de grève, le mouvement étudiant est toujours en jeu. Le 22 juin, malgré le début de l’été, il y avait tout de même 100 000 personnes à Montréal pour manifester leur soutien à la cause étudiante. Ce n’est pas les 200 000 et plus des 3 derniers mois, mais c’est un nombre rarement surpassé au Québec, et ce, par aucune autre cause. Chaque jour qui passe, chaque manifestation marchée, est un moment qui s’ajoute à l’histoire qui est en train de s’écrire. Cependant, les troupes commencent à manquer et à s’épuiser. Avec l’arrivée de l’été, les étudiants se voient forcés de déserter le pavé pour aller travailler. La période estivale est le moment de l’année ou une grande partie des étudiants font leur salaire pour l’année qui va suivre. Plusieurs occuperont plus d’un emploi pour accumuler un pécule suffisant pour les neuf mois qui suivront. L’argument de la juste part est souvent repris par le gouvernement ou par les tenants d’un discours plus individualiste ou de droite. Qu’en est-il réellement? Que devrait être la juste part d’un étudiant à temps plein. Devrait-il payer un montant absolu de son éducation, ou devrait-il en payer un pourcentage donné?

Depuis l’émergence des mouvements néoconservateurs aux États-Unis, et depuis que ces mouvements prirent racine dans presque tous les pays occidentaux, les gouvernements de droite ont utilisé une rhétorique perverse et fallacieuse pour enfoncer dans la gorge de la classe moyenne et pauvre des hausses de tarifs. L’exemple récent le plus patent est celui de la taxe santé au Québec. Chaque citoyen devra verser un montant de 200 $ afin d’aider à financer les services de santé. Pris de la sorte, on va nous dire que c’est une taxe qui est juste. Tout le monde paie 200 $, c’est égal et équivalent pour tout un chacun. Cependant, il ne faut pas être un économiste pour comprendre que rien n’est moins vrai. Ce montant pour une famille à revenu modeste ayant deux enfants est une part beaucoup plus importante de leur budget, que de celui d’une famille occupant le centile supérieur. Après avoir fait des cadeaux fiscaux de 700 millions aux hauts salaires et aux entreprises en 2003, après avoir éliminé la taxe sur le capital en 2011, après avoir donné le pétrole d’Anticosti à des entreprises privées, etc. Le gouvernement Charest est devenu le champion par excellence de cette tactique visant à réduire les revenus de l’État, dans le seul but d’être dans « l’obligation » de couper les services à la population, faute d’argent plus tard.

Je ne ferai pas le décompte de toutes les bourdes du PLQ, mais le site www.liberaux.net en fait une énumération étoffée et exemplaire. Le gouvernement s’est vu à court de ressources financières. Devant le tabou injustifié de la hausse des taux d’imposition toutes catégories confondues, le gouvernement s’est tourné vers l’augmentation des tarifs, qui, eux, ne sont pas en pourcentage de la capacité de payer, mais plutôt en montants absolus (taxe santé, permis de conduire, prix de l’électricité, taxe de vente). La seconde option utilisée à outrance lorsque le gouvernement manque de ressources, c’est la coupure des services. Ces coupures sont souvent appuyées par la rhétorique du bon père de famille. Celui-ci lorsque les choses vont mal ira couper dans les dépenses. Cet exemple, en plus d’être sexiste, est d’une simplification aberrante. Une gestion saine impliquerait qu’en temps de croissance, de l’argent soit mis de côté pour les jours plus sombres, et qu’en cas de besoin l’accès au crédit soit pris au sérieux (surtout qu’un État à une capacité d’emprunt à taux d’intérêt souvent sous l’inflation).

Tout ce petit détour nous permet d’aborder la question de la juste part d’une façon plus éclairée. Le gouvernement ne peut pas nier qu’il n’a pas orchestré le remplacement de l’impôt par des tarifs, et que même l’impôt s’est vu charcuté en ayant maintenant que 3 paliers d’imposition, ayant pour cause évidente de favoriser ceux qui gagnent des salaires plus élevés. Tandis que les entreprises au Québec sont les moins taxées du G8, on peut légitimement se questionner sur qui sert réellement ce gouvernement. Si le gouvernement voulait réellement que chacun fasse sa juste part, pourquoi 17 % par étudiant? Pourquoi ne pas moduler les frais en fonction du revenu du foyer familial? Un 1778 $ de plus dans 7 ans ne vaudra pas la même chose pour chaque étudiant ou famille l’aidant à subvenir à son éducation. D’autant plus que cette hausse est sexiste, les femmes gagnant en moyenne seulement 71 % du salaire des hommes. Il leur faudra encore plus de temps pour venir à bout de rembourser cette hausse, en plus des frais de scolarité préexistants. Si 50 % des étudiants reçoivent de l’aide financière selon le gouvernement Charest, plus ou moins seulement 20 % ont accès à des bourses. Les 30 % restant terminent leur éducation (quand ils ne l’abandonnent tout simplement pas) avec un boulet, accusant un retard de plusieurs années avant de pouvoir acquérir un foyer et atteindre leurs objectifs de vie. Ce fardeau sera encore plus long pour les femmes. À qui profite ce système? Aux banques qui encaissent des intérêts sur des prêts garantis à 100 % par le gouvernement. Zéro risque, tout le profit.

Au-delà de toutes ces considérations chiffrées, de tous les réarrangements monétaires possibles, la vraie question à se poser est : mais qu’elle est le but premier d’un étudiant? Est-ce de payer ses frais de scolarité, ou bien de réussir ses études? La juste part de l’étudiant c’est de s’investir à 100 % dans ses études. C’est d’avoir un stress financier nul. C’est bien documenté, un étudiant qui travaille plus de 12 heures par semaine nuit à son éducation. La hausse à terme représentera un effort de 4 heures supplémentaires de travail par semaine, toute l’année. L’étudiant ne pourra clairement plus faire sa juste part de son éducation, car au-delà de simplement réussir ses cours, pourquoi ne pas bien les réussir?

Certains argueront qu’il ne suffit que de se priver de 2 bières par semaine pour compenser la hausse. Est-ce nécessaire de vivre dans l’humiliation pendant notre période aux études? Regardant l’opulence dans laquelle marre un certain nombre d’individus, pourquoi pendant la période étudiante, alors que cette personne n’a pas encore eu la chance de démontrer sa capacité à réussir et à servir la société, pourquoi la plonger dans un statut très peu enviable? Qui est vraiment l’enfant gâté du Québec? Ceux qui demandent à pouvoir s’éduquer à un prix décent, permettant de vivre décemment ou bien les minières qui paient seulement 16 % du profit engendré par l’exploitation. Préférons-nous comme société la gratuité scolaire, ou la gratuité d’exploiter nos ressources naturelles?

Le conflit dure depuis déjà trop longtemps. Il est maintenant de régler cette crise en élection. C’est un choix de société qui est devant nous, allons voir ce qu’elle en pense. Sinon, à l’automne ce sera la grève sociale qui sera nécessaire pour faire plier le gouvernement. Toutes les tranches de la société seront appelées à venir en renfort à ceux qui tiennent à bout de bras cette revendication sociale depuis déjà trop longtemps.

Cette revendication est pour nous tous, Québécois. Parce qu’un peuple uni jamais ne sera vaincu. Parce qu’un peuple instruit jamais ne pliera l’échine. Reprenons ce qui nous appartient, apprenons à nous en servir. Cessons de se comparer à ce qui se fait de moins bien, mais plutôt à ce qui se fait de mieux. Cassons ce cynisme, comme nous avons cassé de nombreuses cuillères et casseroles ce printemps. Sortons massivement aux élections, sortons ces libéraux complaisants des sièges de notre Assemblée nationale. Ce sont nos représentants et non pas nos dirigeants. Le pouvoir au peuple!

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