Trahison de l’histoire : les individualistes qui profitent et mangent la main des collectivistes

Il y a plusieurs choses à retenir de la mobilisation historique des étudiants. Plusieurs qui furent heureuses. Que ce soit les rapprochements entre différentes âmes qui ne se seraient pas nécessairement côtoyées de la sorte ou le sentiment de fierté devant la résistance à l’injustice, un sentiment qui n’a d’égale que l’effort qui y est consacré. Il y a cependant une constatation décevante à faire. Une constatation que nous pourrions appeler la trahison de l’Histoire.

Depuis plusieurs semaines, il n’est pas rare de voir des confrontations entre le rouge et le vert sur la question de l’importance du droit individuel et du droit démocratique. Les étudiants en grève vont justifier leur droit à piqueter les cours et ainsi à empêcher les gens qui désireraient assister à ceux-ci de le faire, par le droit d’association et la liberté d’expression politique qui sont des droits constitutionnellement protégés. Le camp des verts va utiliser l’argument juridique pour dire que la Charte protège aussi le droit des minorités. Permettant ainsi à une minorité de gens qui se sentent lésés par la décision démocratique de leur association étudiante de se présenter en cour pour obtenir une injonction qui va avoir pour effet de forcer le retour en classe.

Il ne faut pas se leurrer. Les injonctions, et ce, malgré ce que peuvent affirmer certains de leurs défenseurs, ne permet pas seulement le retour en classe de ceux qui l’ont demandé. Ces injonctions mettent les professeurs devant une situation intenable qu’ils ne devraient pas à avoir à gérer. Les étudiants qui décident de poursuivre la grève et qui ne se présentent pas à leurs cours qui ont repris, devront-ils être punis ou allons-nous instaurer des cours à deux vitesses. Ces deux solutions sont assez peu plaisantes pour des raisons qui leur sont propres. Le problème pris de la sorte ne devient plus de la simple défense du droit des minorités, mais bien un renversement complet et de la dénaturation d’une décision majoritaire. C’est encore un faible mot de dire que c’est une dictature de la minorité. Une dictature de la minorité c’est le gouvernement Charest qui peut agir impunément et « légitimement » alors qu’il a été élu avec seulement 24 % des voix effectives. Recadrer le débat sur des agents et des visées du « je-me-moi » est une insulte à la justice tout simplement. C’est une raison de plus pour laisser ce conflit-là où il se doit de rester : dans la sphère politique et non pas dans la sphère juridique.

Revenons au sujet de la trahison. Depuis le rapatriement de la Constitution canadienne de 1982 et de l’enchâssement d’une Charte des droits et libertés dans celle-ci, il y a une croissance phénoménale du biais individualisant et individualiste. Le rêve de Trudeau est en train de devenir une réalité malheureusement beaucoup trop tangible. Grâce à la prépondérance des droits individuels, on assiste à une destruction en bonne et due forme des droits collectifs. Que cette Charte ait été incluse dans le but d’empêcher la société québécoise de s’épanouir, peut-être, s’assurer d’enlever un rapport de force à une majorité à l’intérieur d’une autre majorité, certainement. Le droit à parler français, le droit à la liberté, le droit à la vie, etc. Ces droits ne sont plus garantis par l’appartenance à un groupe, quel qu’il soit, mais bien à titre individuel. Il devient impossible de s’assurer du bien-être commun, à l’exception de l’Article 1 qui permet de restreindre une série des droits énoncés dans le cadre d’une société juste et démocratique. De prime abord, ce détail peut sembler suffisant, mais dans la pratique on en constate rapidement les limites. Malgré le jeune âge de cette Charte, elle est vue comme allant presque de soi. Elle jouit d’un statut traditionnel-légal. La montée en parallèle du néo-libéralisme n’y est surement pas étrangère. Il est devenu presque éphémère et étrange d’invoquer des droits collectifs ou l’importance d’agir en dehors d’un cadre personnel. Chaque proposition, chaque décision gouvernementale sont maintenant passées au peigne de l’impact individuel. Payer des impôts pour aider les moins nantis, pas trop non. Obtenir la gratuité scolaire pour éliminer une barrière à l’accessibilité postsecondaire : surtout pas!

Ce qui est paradoxal, c’est que ces droits qui ont été écrits et qui sont maintenant garantis ne sont pas tombés du ciel. Ils n’ont pas été d’une inspiration divine acquise au sommet de la montagne Sinaï. Si la société a été en mesure de les mettre en place, c’est bel et bien grâce aux avancées faites par une collectivité de gens. Sans une collectivisation des droits et des efforts, sans un effort de révolte collectif qui transcendait le seul besoin individuel du moment présent, sans cette mouvance pour un monde commun meilleur; il n’aurait pas été étonnant que nous soyons encore dans un monde dominé par une élite restreinte et autoritaire. Maintenant que c’est gains ont été consumés, on assiste à un renversement de la situation. Les gens utilisent ces droits acquis pour les retourner contre leur nature afin d’en retirer un bénéfice personnel, le plus élevé possible. Comme si la lutte pour l’égalité et la justice était terminée.

Cette situation est éminemment frustrante pour ceux qui veulent encore faire des gains. Ce petit jeu devient encore plus frustrant pour ceux qui ont conscience que cette volonté d’individualiser les problématiques et les solutions n’est que simplement instrumentalisée par ceux qui sont déjà dans une position avantageuse. Par exemple, alors que la pauvreté guette encore une part importante de la société, que le pouvoir d’achat de la classe moyenne fond comme neige au soleil. On nous vend des solutions incitant au maintien du statu quo. On ne promet pas une baisse de la pauvreté par une redistribution de la richesse du haut vers le bas, mais on nous promet un rêve. Le rêve que si un jour on devient riche, nous n’aurons pas à payer une part qui serait indue en impôts ou différentes taxes. Tout ce que nous allons acquérir sera protégé par l’État. Cette logique serait rationnelle si tout le monde finissait par devenir très riche. Ce n’est malheureusement pas le cas. Pour la très grande majorité, ils ne verront jamais les avantages de ces politiques. Ce qui est important, c’est le « si jamais ».

Ce « hold-up » du pouvoir collectif se doit d’être dénoncé. Il se doit d’être combattu. Pour Camus, « La seule position philosophique tenable est la révolte ». Le pouvoir finit toujours par se gangréner, un bon remède administré par la rue ne fait pas de tort à l’occasion.

Ce n’est qu’un début, continuons le combat camarades!

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1 commentaire
  1. Canard assoiffé a dit :

    Il est vrai que les droits que l’on considère aujourd’hui comme acquis ont été sujets de luttes contre un establishment conservateur. Cependant, faut-il nécessairement recourir à la violence directe pour parvenir à ces fins? L’expérience de Gandhi montre que la désobéissance civile amène des avancées non négligeables en apportant de moindres désagréments, voire nuls à long terme, que le recours à la violence directe, suscitant des ressentiments se conservant après le conflit. Cette situation ne rapporte pas une paix sociale ante bellum, en ce sens que les gens s’étant opposés physiquement demeurent amers devant leurs anciens adversaires politiques, tout en étant en même temps, leurs concitoyens.

    En conclusion, le recours à la violence directe est fortement condamnable puisqu’un infime minorité du mouvement pro-grève, ayant recours à cette stratégie contre-productive, rend l’ensemble de la société insécure et divisée devant le conflit étudiant. Ce cocktail explosif, je l’avoue, alimenté par l’attitude du gouvernement, affectera certainement la société même après qu’une issue soit atteinte.

    Enfin, j’appuie ton appel à continuer le combat pour une solution équitable, mais il doit être mené pacifiquement et sans faire de mal à une population sympathique aux revendications étudiantes. Combattons plutôt contre ces élites politiques corrompues!

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