Court plaidoyer pour la liberté d’expression académique

Il n’est pas étranger à qui que ce soit que les universités ont souvent eu un statut un particulier, et ce, dans les différentes sociétés. Ces institutions laissent la majorité du temps une grande latitude à leurs professeurs et à leurs étudiants, en en faisant ainsi un endroit où il fait bon partager des opinions et des recherches. À de nombreuses reprises, il y a eu émergence de mouvements sociaux qui ont pris naissance à l’intérieur de ces institutions. Mouvements qui allaient souvent dans le sens contraire de ce que l’État proposait ou imposait. Cette liberté intellectuelle et de recherche est essentielle à la poursuite de la mission première d’une université, qui est de produire, mais aussi et surtout de diffuser le savoir. L’université s’est toujours voulue et se doit d’être libre de toute forme de parti pris politique. Les discussions et les recherches qui sont menées en son sein se doivent également d’être protégées à tout prix. Afin d’éviter autant l’ingérence politique que privée, son financement et sa gestion se doivent d’être indépendante.

Par ses injonctions forçant les étudiants à ne pas tenir de piquets de grève, par l’intimidation constante subite par les différents membres du personnel, mais aussi par les étudiants; le gouvernement et l’administration de l’université contreviennent à cette liberté politique et intellectuelle. Cette ingérence dans les affaires internes de l’université est inacceptable et elle se doit d’être dénoncée haut et fort. Par le fait même, l’administration et le rectorat de l’Université de Montréal contreviennent au préambule de la Charte de l’Université régissant son fonctionnement : « Attendu que l’université reconnaît à ses membres les libertés de conscience, d’enseignement et de recherche inhérentes à une institution universitaire de caractère public, et qu’elle désire faire participer à son administration ses professeurs, ses étudiants et ses diplômés ».

En plaçant une injonction provisoire de façon unilatérale, en niant la liberté académique des professeurs de décider si oui ou non les conditions académiques nécessaires sont réunies pour la tenue de cours; l’université brime la liberté de conscience de ses membres d’une façon grave et irréparable. Pour cette raison, le recteur Guy Breton n’a d’autre choix que d’offrir sa démission dans les plus brefs délais.

Il m’aura toujours apparu comme étant irréaliste de croire qu’un jour des cours allaient se donner avec la présence de « goon » et d’agents de sécurité privé dans les murs d’une université. Sot ai-je surement été de croire que l’université pouvait jouir d’une forme d’immunité et de lieu d’asile. Après seulement une journée, nous avons la preuve que la privatisation de la violence légitime de l’État se décline en des résultats assez peu souhaitables. Voici donc pour conclure une lettre adressé au Doyen de la faculté de l’aménagement, par le directeur de l’Institut d’Urbanisme.

Les conséquences de l’Injonction : texte écrit par Franck Scherrer
Directeur de l’Institut d’Urbanisme (via tout Facebook)

Objet : Re: Gestes d’intimidation
… …
Bonjour,

Je suis allé ce lundi matin 9h superviser la reprise des cours en urbanisme selon l’injonction obtenue par l’université de Montréal.

2 cours devait se tenir au niveau 0 du pavillon de la faculté de l’aménagement: URB 6224 en maîtrise d’urbanisme et URB 2414 au baccalauréat. J’ai constaté qu’un étudiant s’est présenté au cours URB 6224 pour finalement s’abstenir. Aucun étudiant ne s’est présenté au cours URB 2414. Les 2 enseignants concernés ont constaté à juste titre que les conditions pédagogiques n’étaient pas réunies pour que le cours ait lieu. Quelques étudiants grévistes étaient présents, mais n’ont posé, à mon avis, aucun geste pouvant être interprété comme contrevenant à l’injonction.

En revanche, un constable de l’Université de Montréal, après avoir pris des photos de la situation dans le couloir, est venu clairement intimider les enseignants, en leur enjoignant de façon directe d’aller enseigner dans les salles de cours, ce à plusieurs reprises. Cette intimidation répétée a eu lieu alors que j’étais présent, et que j’attestais en tant que directeur de l’institut d’urbanisme que les conditions étaient bien telles que décrites par les enseignants. Mon avis a été sciemment ignoré par ce constable, à plusieurs reprises.

Je considère que ce constable, qu’il répond ou non à des consignes explicites, a eu un comportement violant la liberté académique des professeurs. Je tiens à louer le sang froid des enseignants comme des étudiants dans ces circonstances. Je finirais en disant qu’à titre personnel, j’ai été témoin de bien des conflits étudiants dans ma carrière universitaire en France, et que je n’avais jamais vu un représentant chargé de la sécurité, qui plus est employé par l’université, intimider le personnel enseignant.

Je suis à la disposition du Doyen pour toute information supplémentaire.

Cordialement

Franck Scherrer
Directeur de l’Institut d’Urbanisme
Faculté de l’Aménagement
Université de Montréal

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1 commentaire
  1. Il tuo post sul blog offre la stessa presentare come un altro autore dell’articolo, ma ho come il tuo gran lunga migliore.

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