Grève et courage

Camarades,

Il n’a jamais été temps de plier l’échine et ce moment ne viendra jamais. Nous sommes dans la phase la plus critique de la grève. L’entrée dans la zone payante est une période difficile et éprouvante. C’est à ce moment que les gains sont les plus importants, mais c’est aussi à ce moment que les coûts peuvent être les plus élevés. Chaque jour qui passe depuis le retour du congé pascal pèse de plus en plus lourd sur le gouvernement. La possibilité de compléter la session dans les temps s’amenuise d’heure en heure. Au-delà du retard sur la scolarité des étudiants grévistes, c’est aussi un retard d’entrée sur le marché du travail d’une main d’œuvre vivement attendue. Ce retard a des coûts. Le PM peut bien le nier, ainsi que sa ministre de l’éducation; mais les faits sont tout de même là. Il y aura aussi un coût élevé dans les universités. Ces sessions rallongées amèneront un nombre important de renégociations de divers contrats d’enseignement, de correction, etc..

Le gouvernement est en train de briser le pseudo contrat social qui permettait à la société de vivre en paix. En échange de l’acceptation du capitalisme sauvage et de l’enrichissement tout aussi sauvage d’une minorité; il y avait un État-providence qui a été mis sur pied et qui avait comme rôle de pallier ces abus et qui permettait à ceux qui sont assez talentueux de gravir les échelons sociaux et de pouvoir eux aussi, à leur tour, s’enrichir. Ce n’est pas un système parfait, mais il était au mieux tolérable pour une pluralité de gens. Aujourd’hui, il ne reste plus que la première partie, et le gouvernement est en train de détruire la seconde. En semant la misère, que l’on se s’étonne pas de la radicalisation des mouvements sociaux et étudiants.

 

Légitimité

À de multiples reprises, le gouvernement Charest se fait un plaisir de rabattre les oreilles du mouvement étudiant en arguant que le mouvement est illégitime, antidémocratique et intimidateur. Il y a bien sûr rien de plus faux que toutes ces balivernes. Cette catégorisation se plaît à jouer sur les mots. On ne parle plus d’une grève, mais d’un « boycott ». On dit des étudiants qu’ils boycottent un service pour lequel ils ont payé. Comme si le fait de payer des frais de scolarité était un contrat d’échange. Ce phénomène est symptomatique de notre âge qui a une tendance lourde à vouloir tout marchandiser. Il serait impossible et même inconcevable de piqueter un cours, car cela contreviendrait à la liberté individuelle de ceux qui ont contracté l’université pour une dose hebdomadaire de savoir. Les gens qui sont emprisonnés dans cette logique semblent oublier que la mission première de l’université a toujours été, et sera toujours, on l’espère, de dispenser son savoir à l’échantillon le plus large possible de la société, et ce, gratuitement. Les frais de scolarité n’ont pour but que d’obtenir une reconnaissance de ladite formation. On paie pour avoir le droit d’assister aux examens, ainsi que pour avoir le diplôme qui vient à la fin. Il n’y a pas de prix sur le savoir. Tenter de vouloir en imposer un, c’est vouloir créer une situation de marché avec un droit fondamental, reconnu par toutes les chartes. La volonté de restreindre l’accès à l’université, c’est une tentative de créer un phénomène de rareté afin d’en augmenter la valeur. Dans la même veine, pourquoi ne pas aussi raréfier la santé. Les gens qui seront en santé seront beaucoup plus heureux s’ils voient que les gens autour d’eux sont encore plus malades…

Pour ce qui est de l’esprit antidémocratique du mouvement étudiant, c’est un affront inimaginable et insultant. Pour un gouvernement qui s’est fait élire avec seulement 24,3 % du vote populaire (42,5 % des votes et 57,7 % de taux de participation), c’est une insulte. Le gouvernement Charest est, depuis Duplessis, le gouvernement le moins bien placé pour critiquer l’éthique d’autres parties. Les assemblées étudiantes se sont tenues de façon hebdomadaire, avec un quorum qui était déjà mis en application pour toutes les autres décisions précédentes, lorsque les chartes prévoyaient un vote secret, ils ont été tenus. Les associations ont accepté les conditions procédurales en place et ont voté ensemble des mandats de grève allant de la simple reconduction d’une semaine, à la gratuité scolaire. Il en va de même pour les élections provinciales. Le système est loin d’être parfait, il aurait largement besoin d’être réformé. Entre temps, nous jouons avec les règles du jeu; que le gouvernement Charest face la même chose avec les décisions qui sont prises par les étudiants.

Autant la population étudiante a accepté le mandat que le gouvernement Charest a obtenu de la population lors de sa dernière élection en 2008 d’augmenter les frais de scolarité de 100 $ par année pendant 5 ans (2007 à 2012), ce qui fut accompli; autant il ne s’est jamais fait élire pour un mandat demandant l’imposition d’une hausse supplémentaire de 1 625 $. Le gouvernement n’a pas la légitimité nécessaire pour mettre en place cette mesure injuste. Charest traite de la question de la hausse des frais de scolarité comme en étant une simplement de gouvernance, mais c’est un choix de société. La moindre des choses serait que le gouvernement aille en élection pour faire approuver cette mesure. Comme en 1962, lorsque le gouvernement libéral de Jean Lesage a voulu nationaliser notre hydro-électricité, il a déclenché une élection et il est revenu avec un mandat renforcé. Si le gouvernement fait réellement ce qui est le mieux pour la population, si le gouvernement est vraiment représentatif du mouvement étudiant qui serait apparemment en train de s’épuiser et de se segmenter (30 à 50 000 personnes dans les rues le 14 avril), si le gouvernement a vraiment l’appui de la population : qu’il le démontre et qu’il fasse preuve pour une fois de la prestance qui est nécessaire à un premier ministre. C’est un débat de société, invitons la société à s’y joindre et de plein droit. Terminée l’époque où les décisions se prennent au chalet du domaine Sagard… Si les assemblées générales du mouvement étudiant sont illégitimes, l’Assemblée nationale l’est tout autant. Demandons la démission du premier ministre Charest et de son équipe et déclenchons des élections!

Judiciarisation

Le mouvement étudiant de 2012 a vu apparaître une menace à laquelle il n’avait jamais été confronté dans ses affrontements passés avec le gouvernement. Pour la première fois, le gouvernement ne daigne même pas reconnaitre les revendications du mouvement étudiant. Celui-ci n’est pas en grève, il boycotte! Ce jeu sur les mots ouvre toute grande la porte à la dérive juridique à laquelle nous assistons actuellement. Au-delà de la simple contestation individuelle provenant de certains individus, c’est rendu que même les administrations universitaires font de même. Ce qui est littéralement dégueulasse, c’est que des votes démocratiques ont été tenus. Advenant le fait que la grève ait été battue, les partisans antigrèves ont demandé que l’on respecte l’issue du vote. Cependant, lorsque les résultats n’ont pas été en leur faveur, c’en est tout autrement. Ils vont en Cour supérieure pour tenter de faire invalider ces résultats (Alma ou UL). Ces tentatives d’outrepasser les décisions collectives sont révélatrices du germe d’une graine néo-libérale à tendance individualisante qui a été plantée dans les années 1980 et qui commence à murir et à donner ses premiers fruits. Pour ce qui est des injonctions provenant de l’administration, c’est aussi pire. Ce non-respect flagrant de décisions prises par voie démocratique fait preuve d’un mépris accablant et attristant.

Ce conflit est politique et non pas judiciaire. Au-delà du fait que nous visons dans une société de droit, au-delà du fait que le droit est là pour protéger les minorités (ce qui est absurde c’est que les étudiants sont « minoritaires » dans la société et que ce serait eux qui devraient être protégés par ces traités juridiques) des décisions de la majorité via la Charte canadienne des droits et libertés; mais on ne va pas se cacher les faits : on l’a jamais signé ce contrat attestant de la traitrise d’une nation à une autre; de plus, le Québec était déjà doté d’une Charte depuis 1975 qui va beaucoup plus loin que sa version canadienne. Gardons cette lutte là où elle se doit de l’être : dans la sphère politique.

Debout

Cette semaine, ce sera la semaine la plus cruciale dans la crise opposant les étudiants et l’administration de l’Université de Montréal. Il faut montrer au recteur, Guy Breton, que nous nous laisserons pas faire. Que ce n’est pas lui qui va décider quand notre grève prendra fin. L’injonction qu’il a réussi à obtenir n’indique seulement que les piquets de grève ne peuvent se tenir. Le juge n’a jamais statué sur un retour forcé en classe. Cette action va à l’encontre des décisions prises légitimement par les étudiants. D’ailleurs, c’est un problème majeur de ces injonctions provisoires ne permettant pas au défendant de se faire entendre sur le fond de la cause avant au moins 10 à 20 jours. Cette injonction temporaire a pour but d’empêcher des torts irréparables à des étudiants qui manqueraient des cours, mais elle ne prend pas en considération les torts irréparables qu’elle cause au mouvement étudiant qui, dans une période de sa confrontation avec le gouvernement, se fait couper les jambes. 10 à 20 jours, c’est long dans un contexte de grève. Cette tactique déloyale et cette intransigeance ne se termineront pas impunies. La gestion de la crise à l’UdM est inacceptable et le recteur se devrait de remettre sa démission sur-le-champ, ouvrant la place à quelqu’un prêt à négocier et à concilier. Bref, cette semaine il faut montrer au recteur que les étudiants sont encore unis et debout et le forcer à annuler la rentrée en classe.

Ces derniers jours ont été sombres, la détermination fait place à la dépression à l’occasion. La fatigue commence à frapper ceux qui portent cette grève à bout de bras. Cependant, il y a encore de l’espoir camarades. Il est encore possible de mettre de côté l’ambition politique et la fierté. Il est encore temps de faire le nécessaire pour relever notre nation et cesser ce mouvement de capitaux vers les plus fortunés. Il est temps que la richesse serve l’humanité, et pas seulement une faible minorité. Il est temps que nous restions debout, encore, juste assez longtemps et plus longtemps que le gouvernement. Un peuple uni, jamais ne sera vaincu; instruit il grandira. Il temps de mettre fin à l’aplatventrisme d’un certain nombre de personnes. La bataille ne s’est jamais promise comme étant facile, elle ne fut pas présentée comme une chose certaine. Cela n’est pas une raison juste et suffisante pour ne pas tout donner ce que l’on a et miser sur notre victoire contre l’oppression libérale d’un gouvernement corrompu qui n’a pas le courage politique pour se lever debout et tenir tête au lobbyisme des grandes entreprises et des minières. Il est plus que temps que chacun face sa juste part, et là on parle à ceux qui se servent dans le plat des richesses collectives depuis beaucoup trop longtemps, à ceux qui paient un impôt scandaleusement bas, à ceux qui exploitent leurs concitoyens sans scrupule, se déresponsabilisant par le biais d’un système qui est déjà en place ou qui se cache derrière la violence légitime de l’État ou derrière un système de droit qui leur est disproportionnellement favorable. Si ce gouvernement est incapable de faire ceci, qu’il remette sa démission sur le champ. Si la ministre de l’Éducation a vraiment une conscience et une liberté d’action quelconque, qu’elle ouvre des négociations sans condition préalable sur le champ; ou bien qu’elle démissionne si elle est incapable de faire son travail. Qu’elle cesse de pelleter ses problèmes dans la Cour ou dans les administrations universitaires, coinçant par le fait même les professeurs entre deux feux!

Nous ne voulons plus d’un gouvernement qui favorise seulement la majorité des gens qui a les poches assez pleines pour assister à ses soirées-bénéfices, ou pour donner le maximum à son parti. Nous voulons d’un parti rétablissant une justice sociale, respectant les droits de tous et de chacun, pas seulement de ceux qui peuvent se payer les meilleurs avocats. Nous voulons d’un gouvernement à notre image.

Camarades, debout pour un printemps québécois, réapproprions-nous notre éducation et notre Québec!

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2 commentaires
  1. Xavier P-Laberge a dit :

    C’est un billet des plus inspirants mon cher Canard Déchaîné !
    Il est plus que nécessaire de raviver les troupes lorsque le doute ce met de la partie. C’est une semaine cruciale qui s’amorce et l’on a plus que jamais besoin d’être uni dans cette lutte !

  2. michel limoges a dit :

    Le traitement de la mascarade de notre démocratie d’occupation ne peut se faire à la pièce, certains s’occupent de la langue, d’autres des frais de scolarité, d’autres encore de l’économie, le traitement à la pièce de notre unicité, de notre besoin d’émancipation ne fait que retarder, voir rendre impossible notre émancipation réelle et totale, le joug est total, l’occupation présente et totale aussi, traiter un à un les problêmes découlant de cette occupation n’est qu’une dérive obtenue par le mirage démocratique imposé et cultivée par le régime lui-même pour diviser le vouloir de liberté de notre peuple.

    Depuis la conquête il n’existe que le joug, notre démocratie d’occupation n’est qu’une administration autorisé de ce joug, ceux qui s’englobent de ces petits pouvoirs octroyés ne sont que collabos, la dérive dans le quémandage populaire n’est que le fruit de l’abdiquation à la pleine autonomie, à la liberté fondamentale.

    Les élus d’une fausse démocratie, qui le sont sous le sceau de l’occupation, ne servent que le seul intérêt de cette occupation, ils administrent aux mieux la pérénité de ce joug imposé, Tous savent qu’une démocratie véritable est de sens, un pouvoir entier dont jouit un peuple pour sa réalisation saine, son émancipation, sa survivance balisé pour être optimale !

    Nous, conquis d’une conquête de jadis, avons des députés, des administrateurs élus, des représentants qui ne le sont que pour avoir été assermentés, des sujets d’une couronne parfaitement contre le peuple et ses aspirations saines de liberté !
    Qu’est-ce qu’une représentation politique sans plus de pouvoir que celui de la servitude, une politique d’allégeance à un conquérant de jadis, ne saurait produire jamais que le maintient d’une tutelle pesante et parfaitement perfectible pour cette seule couronne qui bénéficie de notre docilité et de la rentabilité de cette dévotion de nos élus.

    Quand même nos plus fringants souverainistes, n’ont que l’alliance pour solution, qu’est-ce que le citoyen sous le joug peut espérer comme indépendance, quel pouvoir est le sien si ce n’est que celui son lot, le quémandage dramatique de l’occupé !
    La contrainte à si bien su usée les forces vindicatives d’un peuple qui ne se souvient que du joug,
    Ne lui reste que le traitement à la pièce de ses maux d’occupés, bien trop conquis qu’il est pour s’autoriser et se permettre l’insurection comme solution !
    Alors il brandit le rouge, et tous brandissent le rouge, certains brandissent le noir, couleur seule de la médication utile à soigner ce mal étrange, ce mal d’occupé en manque de liberté !

    Espérer le bras de fer politique c’est le labeur des idéalistes d’hier ayant élevé le souverainisme au rang de salut !
    se défaire du joug, c’est le refuser d’abord !
    S’autoriser le jeu du parlementarisme à vu; d’un coté la résultante de la contestation vindicative se faire éradiquer par l’échafaud, et l’extrémité celle de l’acceptation silencieuse des règles dictées s’échouer souverainement dans le vol référendaire, espérer davantage via le sillage démocratique, c’est ce qu’espère le joug prospère d’une expérience de la contrainte bien plus grande et documentée que notre expérience maudite qu’est celle de l’occupation.

    Le pouvoir de l’insurrection populaire à su faire tomber des dynasties entières de régimes contraignants, des monarchies, des dictatures, le pouvoir de l’insurrection populaire n’a d’égal aucunes négociation, la liberté est acquise à l’homme, la négocier suppose qu’elle lui fût retirer, cette supposition seule impose l’insurrection, alors qu’attend un peuple sous le joug affirmé pour réaliser sa libération !
    Les règles dictées impose le débat comme thérapie sociale à l’acception de cette contrainte ! ils appellent ce débat parlementarisme, les élus qui s’y prêtent, s’y livrent, le font sous le sceau de l’acceptation des règles dictées, sous la promesse de servitude et de collaboration, puissent ils bien se faire brillants, intelligents, jamais le verbiale n’aura l’impact d’un seul coup de poing vindicatif !

    Nous sommes sous tutelle, dominer depuis jadis et on nous refuses de l’intérieur comme de l’extérieur l’idée même de liberté totale, d’indépendance véritable, la dépendance celle du conquérant s’est mutée en celle nôtre, la dépendance de l’occupée, dépendant devenu d’un régime imposé, d’une vision qui n’est pas la nôtre, nous sommes tels des junkies du parlementarismes, usants toujours davantage de cette drogue maudite, espérant l’illusion celle de la plénitude et de l’émancipation permanente résultant de l’injection volontaire de cette fausse impression de liberté, un peuple dépendant jusqu’à en crever de cette dépendance induite !
    s’en défaire est un labeur extrême, mais sans ce labeur, c’est la mort assurée !
    l’extinction certaine de notre unicité.

    Le joug seul aujourd’hui est dans ce besoin des balises imposées par l’occupant, l’armée entière de l’occupant ne pourrait endiguer jamais la marée populaire déferlant vers l’émancipation permanente, l’insurrection ne saurait jamais couter que la seule réalisation de notre indépendance !
    est-ce un prix si fort à payer pour un peuple dirigé malgré lui vers sa dilution fatale !

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