Les mensonges des libéraux (par Simon Lépine-Delorme)

Un texte sur *Les mensonges des libéraux* par mon copain Simon Lépine-Delorme

Le gouvernement Charest refuse de négocier avec les étudiants parce qu’il affirme que le débat social sur les droits de scolarité a été fait. En plus d’être bornée, arrogante et méprisante envers des centaines de milliers, voire des millions de Québécois, cette prise de position est un mensonge flagrant concernant les finances publiques du Québec. En effet, le gouvernement pose le débat dans les termes suivants : les coffres de l’État sont vides, il n’y a donc aucun moyen de financer les universités convenablement sans, soit augmenter les droits, soit augmenter les impôts, soit augmenter la dette. Or, quiconque s’intéresse à la question se rend compte que cela est faux.

Nous avons 47G$ à investir dans le Nord, mais pas 300M$ (soit 0,64% de cette somme) à mettre dans les universités? Risible. Les universités n’arrivent pas à resserrer leurs budgets actuels pour générer une marge de 300 M$, soit 6,7% d’un budget total supérieur à 4,5G$, alors que leurs dirigeants se paient de généreux bonus et que leur gouvernance est remise en question? Ridicule. Quand on veut remplir un panier percé, on commence par réparer le trou. Et je ne parle pas du gaspillage et de la corruption dans les infrastructures publiques (l’Îlot Voyageur, ça sonne une cloche?), etc.

La vérité, c’est qu’il est tout à fait possible de renflouer les coffres de nos universités sans demander un sou de plus aux contribuables québécois, à même le budget actuel. L’argent est déjà là. C’est un choix de société, une question de priorités. Les Québécois veulent que l’éducation soit une priorité pour l’État. Ils veulent une université de qualité et accessible, clé de voûte du développement économique, social et culturel du Québec. Bien avant de vouloir des routes dans le Nord qui bénéficieront surtout aux minières, de grasses subventions aux entreprises, un régime de redevances « compétitif » ou des pavillons de l’Université de Sherbrooke à Longueuil, alors que l’UQAM est à trois stations de métro de là. Et ça, Jean Charest le sait. Si son gouvernement doit mentir ainsi pour justifier sa décision, c’est parce qu’il sait qu’il perdrait le véritable débat de société, celui sur la valeur individuelle et collective de l’éducation et le rôle redistributif de l’État. La politique des libéraux n’est pas budgétaire, elle est idéologique, comme en fait foi la propagande de la « juste part » ou de la « révolution culturelle » du ministre Bachand.

C’est la méthode Harper appliquée à l’éducation : On agit unilatéralement et on justifie a posteriori, le plus souvent en induisant la population en erreur. Ce choc tarifaire de 75%, qui représente une petite fortune pour l’étudiant moyen, ne réglera en rien la question de fond, soit les coupures en éducation des gouvernements fédéral et provincial. Et empirera l’endettement des étudiants de la classe moyenne, véritable boulet pour l’économie, surtout dans le contexte du défi démographique et de la dette publique. C’est une mauvaise politique, créée pour répondre à un faux problème. Que le gouvernement revoie sa copie, fasse le ménage dans ses priorités et celles des universités, évalue les autres options disponibles pour renflouer ces dernières (indexation des droits, impôt post-universitaire, remboursement proportionnel au revenu, contingentement, frais modulés selon la discipline, contributions obligatoires des entreprises, etc.) et réforme véritablement l’aide financière, puis on verra s’il est encore nécessaire de faire payer plus ceux qui ont le moins de moyens.

La majorité des étudiants veulent bien faire leur part, mais ils veulent aussi sentir que l’État valorise l’éducation et que leurs établissements sont convenablement gérés. Le refus actuel du gouvernement de discuter de plusieurs griefs légitimes des étudiants démontre la faiblesse de ses arguments. Si le gouvernement se montre ouvert à l’innovation et à la négociation, les étudiants (y compris leurs leaders) le seront aussi et nous pourrons mettre cette crise derrière nous. L’éducation accessible pour tous, surtout la classe moyenne, a permis au Québec de sortir de la médiocrité il y a 50 ans. Soyons fiers de cet accomplissement et valorisons-le.

Simon Lépine-Delorme
Étudiant à la maîtrise en science politique
Université de Montréal

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