Marchandisation de l’éducation : toujours plus loin

C’est avec un désarroi certain que j’ai constaté que le mouvement de marchandisation de l’éducation allait encore plus loin qu’il m’y semblait déjà. En effet, le conseil de l’Université de Montréal, qui « exerce tous les droits de l’Université et tous les pouvoirs nécessaires à son administration et à son développement », a pour chancelière madame Louise Roy. Madame Roy a pour principale caractéristique d’être une fellow au CIRANO, tout en étant consultante et administratrice de société — dont Provigo, Banque Laurentienne, ING Canada, etc.. Pour faire court, l’autorité suprême responsable de donner et d’orienter l’Université de Montréal est chercheuse dans un think tank ouvertement de droite, tout en étant administratrice de société – à titre informatif, les sociétés ne sont pas toutes des enfants de chœur, elles sont là pour maximiser leur profit. C’est tout de même étonnant pour une femme qui a un Ph. D. en sociologie de l’Université du Wisconsin.

Ceux qui me connaissent le savent déjà, mais j’ai souvent dit que, le jour où une université, lors de ses rencontres de conseil ne discuteront plus des moyens qui permettent d’améliorer la qualité de la recherche, d’embaucher des professeurs de renom, de donner une orientation sociale ou constructive aux recherches — chercher au final comment contribuer le plus positivement à la société; le jour où ces conseils discuteront des moyens à prendre et des investissements à consentir afin d’élargir les parts de marché pour augmenter le recrutement d’étudiants — principalement internationaux, payant plus cher leurs frais de scolarité —; ce sera la fin de la mission universitaire de transmission du et de l’amour de la connaissance.

Quand une université n’a plus comme mandat de favoriser la recherche fondamentale; quand une université ne se donne plus le mandat d’éduquer ses étudiants et de leur donner ce désir fondamental d’en apprendre toujours plus; mais plutôt de former selon les besoins du marché et d’imprimer des diplômes formatés selon les bonnes volontés du plus haut contributeur à la caisse de l’université : c’est le début d’une nouvelle ère.

Quand une université choisit de geler l’embauche de professeurs et de favoriser l’embauche temporaire de chargés de cours, afin de pouvoir construire un nouveau pavillon hors de la ville; il est juste de se questionner sur les motivations de son conseil. Quand une proportion toujours plus croissante des budgets universitaires est dépensée dans l’investissement sportif; au lieu de la recherche, on peut aussi remettre en question la mission première d’une université. Est-ce son rayonnement académique et intellectuel, ou le nombre de coupes Vanier qui est important?

Bref, ce mouvement est beaucoup plus large que la simple marchandisation et aliénation de l’éducation. Il y a un mouvement général d’esthétisation, d’individualisation et de fluidification de la société qui est en cours. C’est une raison de plus pour être en grève en ce moment. Avant d’augmenter les frais de scolarité, le gouvernement aurait dû :

– Consulter la population sur cette question. Lors de la dernière élection, le gouvernement a promis une augmentation de 100 $ par année de 2007 à 2012; ce qui fut fait. Il n’a jamais eu le mandat ou la légitimité d’augmenter de 1625 $ en 5 ans.

– Faire le ménage de la machine préalablement à l’investissement d’argent supplémentaire. Vous avez une fuite ou un tuyau qui se vide directement dans l’égout; vous commencez par refaire la plomberie avant d’augmenter le débit de l’eau.

– Considérer des solutions alternatives et reconsidérer sa définition de « juste part » qui est en train de devenir le leitmotiv de Raymond Bachand. Pour un MBA de Harvard, j’aurais osé espérer qu’il sache faire la différence entre un nombre absolu et une proportion. Comme quoi la scolarité là-bas ne dépasse pas la notion de nombre naturel et n’aborde pas les fractions.

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2 commentaires
  1. Charles a dit :

    Pour le campus de Laval, il paraît que l’UdM obtient plus de financement par étudiant, c’est pour ça qu’ils l’ont construit

  2. Lawrence a dit :

    Faire le ménage de la machine préalablement à l’investissement d’argent supplémentaire. Vous avez une fuite ou un tuyau qui se vide directement dans l’égout; vous commencez par refaire la plomberie avant d’augmenter le débit de l’eau.

    Tout à fait d’accord.

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