Austérité, quand tu nous tiens!

Plus ça change et plus c’est pareil. On dirait bien que les autorités « démocratiquement élues » de 12 pays européens n’ont toujours pas compris la leçon des années Reagan/Thatcher.

Alors que l’Europe s’enfonce encore et toujours plus dans une crise qui ne semble pas vouloir s’essouffler, et ce, malgré toutes les mesures mises en place : 12 premiers ministres nous font maintenant une proposition aberrante. Alors qu’il s’avère de plus en plus clair que la crise actuelle est une conséquence de l’irresponsabilité gouvernementale et de la libéralisation à outrance et de la dérégularisation continue du marché, mais aussi de la corruption même de la notion de marché; monsieur Cameron, Monti et Rajoy proposent comme solution de libéraliser les marchés publics et le domaine de l’énergie. Bien entendu, lorsque le malade est affaibli, rien de mieux qu’une bonne vieille saignée.

Depuis les années 1980, tous les domaines qui ont été privatisés ont eu pour effet de délocaliser la production où c’était le plus rentable et de concentrer la richesse entre un nombre toujours plus réduit de mains. Maintenant qu’il reste encore un secteur où les salaires sont encore plus ou moins décents, où les conditions de travail sont humaines, il serait enfin temps de mettre fin à ces emplois dignes d’un régime communiste. Étant donné que les pays sont en crise, il est tout à fait logique de vouloir ouvrir ces marchés, ces emplois et ces contrats à la compagnie qui va vouloir maximiser son profit. Il a toujours été démontré que les intérêts des plus riches sont congruents avec les intérêts de la population. C’est un fait indéniable du néo-libéralisme, sinon pourquoi laisser autant de place au privé et au marché?

Le vrai problème est plus enfoui. L’ouverture des marchés n’est que la pointe de l’iceberg du système actuel. Prenons, par exemple, le cas de l’Europe. La priorité quasi-avouée du FMI n’est plus de permettre la croissance d’un pays en développement ou de servir de prêteur de dernier recours.

Son rôle est manifestement de protéger le système bancaire. L’argent qui sera prêté à la Grèce ne le sera pas pour stimuler l’éducation, les infrastructures, la croissance ou l’emploi. Il servira à rembourser les banques qui sont déjà en train de se faire une marge de profit incroyable en misant contre la Grèce afin de faire gonfler artificiellement les taux d’intérêt. Roberto Lavagna, économiste qui prit en charge la sortie du marasme de l’Argentine lors de sa crise économique de 2001-02 — qui était bien pire que la crise grecque — a été très clair lors d’une entrevue avec Libération. L’aide du FMI n’est pas la panacée. En échange d’une baisse des salaires, des pensions, de l’aide publique, etc. Le pays obtient de l’argent pour rembourser les créanciers. Alors que le pays croule sous les dettes, on l’endette encore plus pour lui permettre de rembourser des intérêts à des institutions multimilliardaires.

La déclaration des 12 est un peu plus claire : « La croissance stagne. Le chômage monte. Les citoyens et les entreprises sont confrontés aux conditions les plus dures depuis des années. ». C’est la preuve d’une mauvaise foi crasse de dire que les entreprises sont confrontées aux conditions les plus dures depuis des années. Après que les États aient mobilisé des centaines de milliards — oui oui — des centaines de milliards pour les sortir du pétrin dans lequel ils s’étaient embourbés, on leur a attribué des baisses d’impôts, de l’aide à l’investissement, on a rendu le marché du travail encore plus flexible. Pendant ce temps, les dirigeants s’octroient des primes records. La seule raison qui peut justifier ces primes, c’est leur capacité à avoir extorqué de l’argent de façon massive à l’État. Ce fut un investissement de temps très rentable. Le vrai marché aurait imposé que l’on laisse crever ces entreprises mal structurées. Il est cependant très difficile de sortir du carcan habituel de la privatisation des bénéfices et de la socialisation des pertes. Si ce n’est pas le cas typique, je ne sais pas ce que c’est.

Revenons-en au sujet principal, l’austérité en zone euro. L’austérité en période de crise, mesure complètement antikeynésienne (voir autre billet pour plus de détails De la rigueur superflue http://wp.me/p2b8Hm-1B), repose sur l’espoir qu’une petite fée va apparaître et créer de la croissance, alors que l’investissement est en baisse.

En période d’incertitude, on n’ira pas jusqu’à exiger que le privé investisse, mais qui le fera alors? L’État! Mais s’il réduit ses dépenses, qui le fera? Oops… Si on paie les entreprises – car il ne faut pas se cacher qu’une baisse d’impôt, c’est la perte d’argent pour les coffres de l’État, et cela a le même impact qu’une dépense récurrente — peut-être qu’elles s’y risqueront, vous diront les purs et durs de la finance anglo-saxonne.

Après tant de tentatives de faire respecter l’idéologie néolibérale : « Now the results are in — and they’re exactly what three generations’ worth of economic analysis and all the lessons of history should have told you would happen. The confidence fairy has failed to show up: none of the countries slashing spending have seen the predicted private-sector surge. Instead, the depressing effects of fiscal austerity have been reinforced by falling private spending. » (Krugman Pain Without Gain: http://nyti.ms/ySLtjy). Nous nous trouvons donc dans le pire scénario possible. Plus de dettes, moins de revenus et une baisse de la croissance. Continuons avec la proposition des 12 alors, pour être sûr d’enfoncer le dernier clou dans le cercueil de la dignité humaine. Cependant, il y a encore de l’espoir. Il est encore possible de mettre de côté l’ambition politique et la fierté. Il est encore temps de faire le nécessaire pour relever l’économie mondiale et cesser ce mouvement de capitaux vers les plus fortunés. Il est temps que la richesse serve l’humanité, et pas seulement une faible minorité.

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2 commentaires
  1. JF a dit :

    « Cependant, il y a encore de l’espoir. Il est encore possible de mettre de côté l’ambition politique et la fierté. Il est encore de temps de faire le nécessaire pour relever l’économie mondiale et cesser ce mouvement de capitaux vers les plus fortunés. Il est temps que la richesse serve l’humanité, et pas seulement une faible minorité. »

    Belle ouverture. Tu devrais écrire ton prochain article en commençant avec cette phrase.

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