De la rigueur économique superflue

Dans le plus récent chapitre de plus catholique que le pape, il nous est maintenant possible de trouver le gouvernement Harper. On ne parle pas seulement de son désir d’abolir le mariage entre personnes de même sexe ou d’abolir le libre-choix à l’avortement. On parle plutôt de sa droiture économique idéologique. On apprenait hier que les agences de notation Fitch et Moody recommandaient au Canada de ne pas mettre en place une rigueur économique trop drastique et que l’atteinte d’un budget équilibré n’avait pas à être devancée. Le Canada étant un des pays qui se tire « le plus meilleur » de la crise, il n’y a pas le feu. Le remède pourrait même tuer le malade, mettant une pression indue sur la consommation fragile du pays. « Vous n’avez pas à avaler une si grosse pilule si vous n’êtes pas malade », a résumé Shelly Shetty, analyste chez Fitch.

Il fut un temps où la rigueur économique pouvait être défendable d’un point de vue rationnel. Pas selon la classe keynésienne, mais selon celle qui croit que les baisses d’impôts se transforment automatiquement en investissement stimulant la croissance et l’emploi. L’idée selon laquelle l’austérité de croissance est possible se dément de jour en jour. Il suffit de regarder les chiffres de l’Angleterre ou bien de la Grèce pour voir que cette conception idéalisé et corrompue par l’idéologie ne fonctionne pas dans la réalité. Le réel problème, c’est que le keynésianisme a été enterré beaucoup trop vite après les Trentes Glorieuses. Il ne fut jamais appliqué comme il fut conceptualisé. Sa pensée fut systématiquement trahie. Un vrai keynésianisme implique un investissement massif en période de récession, afin de stimuler la consommation et la croissance. En période faste, il faut maintenir les taxes et les impôts au niveau habituel afin d’accumuler un pécule qui sera utilisé lors de la prochaine période plus difficile ou turbulente. Pour reprendre l’analogie du « bon père de famille » qui est si chère aux conservateurs : lorsque les paies sont bonnes, on fait des économies et lorsque la situation financière est moins bonne, on dépense celles-ci et on emprunte au besoin. Il suffira de rembourser lorsque la situation se sera redressée.

Le problème, c’est que la majorité des États ont mal appliqué cette politique dans le passé. Lorsque la situation était moins bonne, ils empruntaient pour boucler leur budget et stimuler la croissance (ayant ainsi une meilleure cote auprès de l’électorat); mais lorsque la situation se redressait, ils continuaient à dépenser sans lendemain (ayant ainsi une bonne cote auprès de l’électorat) en octroyant des baisses d’impôts ou des programmes sociaux généreux. Cela en lieu et place du remboursement de la dette accumulée lors de la période moins fructueuse. Après quelques cycles de la sorte, les gouvernements keynésiens se firent taxer d’incompétence et discréditèrent cette théorie qui se tient pourtant, lorsque bien appliquée.

Pour en revenir au gouvernement canadien. Il se trouve que grâce à une administration libérale décente durant les 20 dernières années et à une régulation plus forte qu’ailleurs du système bancaire, il a été possible de résister pas trop mal à la crise qui secoue le monde depuis 2008. Maintenant que le Canada a renoué avec une faible croissance et que les grandes sacro-saintes agences de notation nous ont donné leur approbation : il n’y a aucune excuse rationnelle pour exiger des Canadiens plus de mesures d’austérité et de sserrer la ceinture d’avantage. Sabrer les dépenses gouvernementales ne sera qu’une décision dictée par l’idéologique qui aura comme effet de mettre à mal différents programmes qui ont déjà dû subir de fortes compressions depuis les 3 dernières années. Nous vous en prions monsieur Harper, si vous ne voulez pas écouter la raison ou l’opposition : écoutez vos amis des agences de notation.

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