La gratuité sur Internet et la « plus-value »

Le débat sur la gratuité sur Internet ou sur l’aberration des droits d’auteurs me semble être un détournement du vrai débat qui devrait préoccuper notre société. Je m’explique. La chronique de Christian Rioux dans Le Devoir de vendredi (http://www.ledevoir.com/societe/science-et-technologie/342287/le-farouest) dénonçait le fait que l’Internet était devenu une forme de nouveau Farouest. Un endroit où c’est la loi du plus fort. Avec la nouvelle culture de la gratuité qui est née avec la révolution numérique, il « [s’]opère un étonnant renversement de l’échelle des valeurs. Tout devrait y être gratuit alors même que, partout ailleurs, il n’y a pratiquement plus rien de gratuit, pas même les services de l’État. » Avec les contestations récentes contre les différents projets de loi pour privatiser et censurer l’Internet, on comprend que c’est même rendu blasphématoire que de promouvoir le contraire. Il va de soi que la censure ne sera jamais acceptable et que toute législation en son sens se doit d’être vertement dénoncée.

Il en va d’une manière différente pour ce qui est du droit d’auteur. Il me semble complètement irrationnel de demander à une personne qui vit de ses revenus de droits d’auteur de les abandonner tout simplement. Ce serait comme demander à n’importe quel employé de venir travailler gratuitement à longueur d’année… Déjà qu’il est rare de voir un artiste capable de vivre de son art, ce n’est pas en le dépouillant du peu d’argent qu’il fait que nous allons stimuler la croissance culturelle, surtout d’un petit marché francophone comme celui du Québec. Chaque production consommée se doit d’être payée. Sinon, nous tombons alors dans un des dilemmes centraux de l’action collective : la problématique du passager clandestin (tel que théorisé par H.L.A. Hart). Dans l’exemple classique, tout un chacun veut prendre le métro, mais personne ne voudrait payer le billet. Celui qui, en effet, réussit à utiliser le métro sans payer son droit maximise son utilité. Il devient ainsi un passager clandestin. Quelques personnes qui agissent de la sorte ne deviennent pas problématiques. C’est lorsqu’une partie importante de la population veut en tirer profit que tout s’écroule. Si tout le monde prend le métro, mais que personne ne le paie, il fera faillite. Il est aisé de transférer cet exemple à celui de la consommation sur Internet. Si personne ne paie la musique, les livres ou bien les films qui sont consommés sur Internet, éventuellement il n’en aura plus. Bien sûr, j’entends déjà l’argument qu’il n’y a qu’une petite partie des revenus qui va aller dans les faits dans les poches de la personne qui a réellement créé l’œuvre. Ce point m’amène donc à ce qui est le problème généralisé aujourd’hui, et qui ne fait qu’empirer : la répartition injuste de la « plus-value ».

Comme le démontre ce petit graphique d’inspiration suisse, et comme le dénonçait tout les mouvements Occupy cet automne, la plus grande partie de la richesse mondiale repose entre quelques paires de mains. La moitié de la population mondiale détient moins de 4 200 $ par personne, tandis que le 1% le plus riche détient au minimum 588 000 $ (cet écart s’est probablement agrandi depuis les 2 dernières années)

(Rapidement pour ceux qui ne sont pas trop ferré dans la théorie marxiste : (d’une façon très simplifiée), il y a les propriétaires des moyens de production et le prolétariat qui, ne possédant rien, vend sa force de travail. Afin de faire du profit, le propriétaire des moyens de production, une fois toutes les dépenses prises en considération, doit payer moins cher ses employés que la valeur des produits qu’ils produisent (un travailleur gagnant 10 $/h produisant pour 20 $/h de produits). La différence entre le salaire et la valeur du produit fini, une fois les dépenses prises en considération, s’appelle la plus-value. Ce que la théorie marxiste dénonce, c’est l’accaparement démesuré (et injustifié) de cette plus-value par le propriétaire des moyens de production.)

S’il y avait une répartition plus juste de la plus-value entre les détenteurs de capitaux et ceux qui vendent leur force de travail, il serait possible d’appliquer tous les principes proposés par les libéraux. Il serait possible de laisser le marché faire son œuvre dans la société civile. Imaginons que le salaire moyen au Canada ne serait plus de 40 000 $, mais plutôt de 60 000 ou de 70 000 $. Les frais de scolarité pourraient être augmentés sans problèmes, nous pourrions payer la cotisation santé, etc. Une meilleure répartition de la plus-value, ainsi qu’un marché qui ferait place à une réelle concurrence et qui ne laisserait pas place à une influence indue d’un acteur du marché (comme une compagnie en position de monopole par exemple) donnerait aussi leur juste part de droits d’auteur à ceux qui font des productions artistiques (les producteurs et distributeurs partageant plus équitablement leurs revenus avec l’artiste). Une répartition plus juste de la plus-value aurait le même impact d’un impôt agressif, mais il serait redistribué à la source, incitant encore plus les gens à travailler.

Tout cela n’est que spéculation, mais le principe est là tout de même. Il y a des solutions, systémique, il manque seulement l’information et l’ambition de la population pour les réaliser. Uni, rien ne peut nous arrêter. De plus, il serait même possible de payer ce que nous consommons sur Internet avec tous ces moyens de plus que nous aurions…

Pour paraphraser Marx : le travail c’est l’aliénation.

Avec une meilleure distribution de la plus-value, ce ne serait plus le cas.

Citons Proudhon même : « La propriété c’est le vol »

Pour l’illégitimité de la propriété des moyens de production, paraphrasons Rousseau : le premier qui décida, à l’état de nature, de mettre une clôture autour d’un arbre et de dire : ceci est à moi. Cette personne venait d’inventer l’inégalité parmi les hommes.

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